A l'occasion de la pause liée aux congés d'hiver, nous revenons sur des actualités et informations marquantes du début de cette année 2025. Aujourd'hui : Holosolis. Le dossier de méga-usine de fabrication de panneaux solaires de la société française à Hambach, à côté de Sarreguemines (Moselle), vient de franchir une nouvelle étape, celle de la signature de son permis de construire. Son challenge financier à venir, consistant à réunir les 851 millions d’euros nécessaires à sa mise en service en 2027, se double d’un défi écologique, celui d’abaisser les consommations d’eau prévues.


Article paru le 6 février 2025.
Le projet de gigafactory de panneaux solaires à Hambach, en Moselle, à une poignée de kilomètres de la frontière allemande, passera-t-il la vague du recul des investissements manufacturiers observée actuellement en Lorraine et plus généralement en France ? La signature simultanée du permis de construire et de l’autorisation environnementale, le 25 janvier dernier, constitue en tout cas une nouvelle étape en forme de réponse positive, pour le porteur le Français Holosolis, et un motif d'optimisme pour les milieux économiques et politiques régionaux.

La concrétisation près de Sarreguemines de l’objectif de réduire la dépendance de l'Europe à l’égard des cellules et autres composants photovoltaïques « made in China » pourrait générer 1.700 emplois directs dans le bassin d’emploi local. Mais la route est encore longue jusqu’à la mise en service, attendue mi-2027, de deux bâtiments représentant un total de 180.000 m², l’un destiné à la production des cellules, l’autre à celui des modules photovoltaïques.

Le défi financier n’est pas le moindre : il implique de réunir les 851 millions d’euros nécessaires au montage du dossier. Holosolis doit boucler une première levée de fonds de 20 millions d’euros dans les prochaines semaines. Cette enveloppe vise à financer la phase « d’avant-projet détaillé. »

Mais les plus importantes étapes restent encore à venir. Le projet prévoit de lever au total 213 millions d'euros en actions d’ici 2027 soit un quart de la somme totale, à compléter par de la dette à hauteur de 298 millions d’euros (35 %). Or Jan Jacob Boom-Wichers, le président d’Holosolis, estime que l’instabilité politique en France « exerce un impact sur les levées de fonds, les incertitudes étant perçues par les investisseurs comme des signaux négatifs. » Il déclare regretter également l’appétence actuelle des bailleurs de fonds pour le marché de l’intelligence artificielle (IA) au détriment des investissements dans les énergies renouvelables, « ce qui donne le sentiment qu'on joue avec l’avenir de la planète, car les besoins énergétiques de l’IA sont tels que ces technologies n’aideront pas à réduire le réchauffement climatique », assène-t-il.

 

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Toutefois, l’instauration en 2023 du règlement européen « industrie zéro émission nette » (NZIA) apparaît comme un signal positif aux yeux du dirigeant : le texte fixe, à compter de 2030, l’objectif de produire en Europe au moins 40 % des panneaux photovoltaïques installés sur le continent.

Sans procurer une garantie absolue, les soutiens publics apportés au dossier Holosolis font office d’atout supplémentaire. Environ 40 % du financement (340 millions d’euros) proviendra en effet de subventions parmi lesquelles le fonds européen pour l’innovation (Innovation Fund) et le crédit d’impôt au titre des investissements dans les industries vertes (C3IV). La région Grand Est vient d’ajouter, fin janvier, un million d’euros pour l’accompagnement du financement d’une ligne de production en complément des 3 millions apportés en février 2024 au bénéfice de la phase d’études préalables.

L’actionnaire principal d’Holosolis à hauteur de 34 % témoigne aussi d’un engagement européen dans le projet. Il s’agit d’InnoEnergy, un accélérateur de l’innovation dans l’énergie durable fondé en 2010 par l’Institut européen d’innovation et de technologie (EIT). Le capital se répartit par ailleurs entre l’investisseur immobilier Idec, les sociétés françaises Armor Group et TSE et le groupe industriel allemand Heraeus.

 

Eau de rinçage des cellules

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La future usine prévoit de produire une nouvelle génération de cellules en silicium. © Holosolis 


Clôturée le 12 novembre dernier, l’enquête publique a par ailleurs mis en lumière un important enjeu environnemental, celui de la consommation d’eau de la future usine. La fabrication de 5 gigawatts-crête (GWc) par an de modules photovoltaïques, soit l’équivalent de 8 % des importations chinoises, nécessitera 2,3 millions de m3 d’eau par an. « A chaque étape de production, les cellules ou wafers transitent par différents bains chimiques destinés à améliorer leur efficacité. Entre chaque bain, il est nécessaire de rincer la cellule », explique le président d’Holosolis. Or l’Autorité environnementale  a rappelé que le besoin en eau de l’usine de Hambach représentera plus de 50 % de la production actuelle de la Communauté d’agglomération de Sarreguemines Confluences (Casc), sur le territoire de laquelle elle s’installera. 

 

Cessions aquisitions

 

Pour couvrir ce besoin industriel, la collectivité va construire une nouvelle station d’eau potable d’ici fin 2027. L’infrastructure puisera la ressource dans la Sarre, un sous-affluent du Rhin, et la rejettera dans ce même cours d’eau. « Dans les faits, nous n’utiliserons que 10 % des volumes d’eau puisque nous allons en renvoyer 90 % dans la Sarre. Par ailleurs, nous sommes déjà parvenus à réduire de 12 % notre consommation en privilégiant des équipements allemands pour un surcoût de près de 20 millions d’euros. Et nous allons travailler sur d’autres pistes de sorte à couvrir les risques liés aux aléas climatiques », détaille Jan Jacob Boom-Wichers. En effet, l’Autorité environnementale regrette que la question des conflits d’usages autour de la ressource en eau dans un contexte de changement climatique ne soit pas évoquée dans l’évaluation environnementale du projet. 

 

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Jan Jacob Boom-Wichers, le président d’Holosolis, estime que l’instabilité politique en France « exerce un impact sur les levées de fonds, les incertitudes étant perçues par les investisseurs comme des signaux négatifs . » © Holosolis

 

Projets concurrents dans le Doubs et les Bouches-du-Rhône 

La compétition est lancée au niveau français et européen, avec deux autres projets de gigafactory en lice dans l’Hexagone. Le Chinois DAS Solar a racheté les locaux de l'ancienne usine Faurecia de Mandeure (Doubs) en novembre dernier avec l’objectif d’y produire de premières cellules dès cette année et d’atteindre, à terme, une capacité annuelle de 3GWc. De son côté, le Français Carbon planifie une usine de 5 GWc à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). A l’heure actuelle, la plus grande usine de production de modules photovoltaïques en Europe est exploitée par l' énergéticien italien Enel en Sicile. Début 2024, elle a obtenu un financement de 560 millions d’euros qui lui permettra de passer d’une capacité annuelle de 200 mégawatts-crête à 3 gigawatts-crête.

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