L’entreprise qui s’est fait connaître durant la crise sanitaire par ses tests de diagnostics rapides engage une stratégie de relocalisation de la production de ses diverses gammes médicales pharmaceutiques à son siège d’Illkirch-Graffenstaden à côté de Strasbourg. La commercialisation de ses thermomètres médicaux sans contact et de ses tensiomètres made in France démarre cette année. Biosynex a constitué un réseau local de sous-traitants dans ce but. Elle veut tester le marché français avant d’exporter en Europe et aux Etats-Unis à partir de 2026.


Spécialiste des tests antigéniques et PCR, le laboratoire alsacien Biosynex a connu un boom d'activité durant la période du Covid-19. traduit par une multiplication par dix de ses revenus entre 2019 et 2021. Plutôt que de verser des dividendes, le groupe, coté sur Euronext, a choisi d’investir. « 90 % de nos bénéfices ont été réinjectés dans la croissance interne et externe, ainsi que pour la relocalisation des productions. Nous avons la volonté de devenir un groupe industriel », affirme Oren Bitton, directeur général délégué. Larry Abensur, le fondateur et PDG, reste le principal actionnaire de Biosynex dont le chiffre d'affaires s'est établi à 103 millions d’euros en 2024, en progression de 9 % sur un an.

Après avoir relocalisé ses tests sérologiques de dépistage du Covid-19, l’entreprise basée à  Illkirch-Graffenstaden à côté de Strasbourg a décidé d'agir de même pour la production des thermomètres médicaux sans contact en septembre 2020. Présente dans ce domaine depuis décembre 2019, suite au rachat de la branche santé familiale de Visiomed, elle en faisait fabriquer les produits en Chine. Mais la crise sanitaire dans ce pays a entraîné des ruptures d’approvisionnement et une multiplication des prix par deux en trois ans.

Dans un tel contexte, Biosynex voulait retrouver la maîtrise de ses approvisionnements. Dès lors, elle a décidé de rapatrier une partie de la confection de ses thermomètres, auxquels s’ajouteront bientôt des tensiomètres de poignet. « Nous avons constitué un tissu local de sous-traitants capables de définir avec nous un cahier des charges nous permettant de concevoir les produits, de les assembler et de rester compétitifs. Cette phase préalable a demandé beaucoup de temps et d’investissements », raconte Oren Bitton.

 

Entre 3 et 5 millions d’euros d’investissement

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Les tensiomètres de Biosynex à mettre au poignet seront également produits en France désormais.


Obtenir le marquage CE nécessite de réaliser des études cliniques. « Il faut compter trois mois pour finaliser une telle étude en Asie, contre 9 à 18 mois en Europe », poursuit le dirigeant. Ce qui explique le temps long des développements de produits sur le Vieux continent. Le groupe a planché sur ce projet de relocalisation pendant cinq ans et y a consacré un investissement compris entre 3 et 5 millions d’euros (en R&D, études cliniques, ressources humaines, tests…).

Deux entreprises alsaciennes participent à la production : Estelec pour les cartes électroniques et Cordon Electronics à Ribeauvillé (Haut-Rhin) pour l’assemblage. Les composants en plastique sont fabriqués dans l’Ain chez Ercé Plasturgie. Seules les batteries proviennent d’Asie. Les thermomètres et tensiomètres made in France font partie de la gamme de produits premium.

Le tensiomètre intègre des fonctionnalités supplémentaires à la gamme premier prix, comme les capteurs de position et la connexion Bluetooth avec une application smartphone dédiée pour enregistrer et partager les données avec un professionnel de santé. Sa commercialisation a démarré en janvier dernier, et celle du thermomètre débutera cet été, uniquement pour le réseau des professionnels de santé.

La version grand public du thermomètre sans contact, plus abordable en termes de prix, sera disponible pour le grand public dans deux ou trois ans. Afin de minimiser les coûts, Biosynex tente d’automatiser l’assemblage, mise sur la production de gros volumes pour acheter les matières premières à moindre prix et travaille sur le « design to cost », à savoir l’adaptation de la forme du produit. La première année, 50.000 thermomètres et autant de tensiomètres seront produits en France.

 

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« Nous ne savons pas comment les consommateurs vont réagir » 

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L'entreprise a développé un réseau local de sous-traitants, dont fait partie l'usine de composants électroniques Cordon de Ribeauvillé (Haut-Rhin).


Le marché national servira de test. « Nous pouvons facilement accroître la production car nos sous-traitants en ont la capacité, mais nous allons procéder étape par étape. Nous évoluons sur un marché neuf, et dans une situation économique particulière, donc nous ne savons pas comment les consommateurs vont réagir », prévient le directeur général délégué. L’export de ces produits dans les pays européens voisins et aux Etats-Unis est programmé à partir de 2026.

Aucun des concurrents de Biosynex n’a renoncé pour le moment à produire ce type d'offre en Chine. Mais le groupe alsacien persiste, et signe sur le long terme. « En produisant en France, nous économisons sur le transport, et d’ici quelques années, le coût de la main-d’œuvre en Asie va augmenter du fait des revendications sociales qui s'expriment déjà. Nous finirons donc par être plus compétitifs en Europe », assure Oren Bitton.

Biosynex poursuit ainsi sa stratégie de diversification et de relocalisation, mais en se recentrant sur ses activités phares. Après avoir réalisé 13 acquisitions depuis la période Covid, le groupe a cédé certaines entreprises et réduit ses effectifs. Il emploie aujourd'hui 484 salariés, dont plus de la moitié en France avec une centaine sur le site d’Illkirch-Graffenstaden.

Photos fournies par l'entreprise.

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