Le Manoir Equivocal à Corgoloin, non loin de Beaune, respire la sérénité. Ferme céréalière bio, résidence d’artistes, lieu de festivals et de réceptions pour les mariages, havre de gîtes, refuge d'agence d’architecture, ce domaine est tout cela. Et plus encore. Il est tout ce qu’Irène Lenoir et son compagnon Sylvain Gasnier ont envie de construire, depuis 15 ans. Rencontre avec un couple sensible, sincère et profondément engagé sur son territoire.


« Je suis dans une phase où je réfléchis à comment me réinventer »
, introduit Irène Lenoir, 40 ans. Elle élève ses trois enfants dans son domaine à Corgoloin (Côte-d'Or) qu’elle a nommé « Manoir Equivocal » - pour : lieu d’équivoque et d’idéal - avec Sylvain Gasnier, 43 ans, son conjoint, architecte et maître de tout le bâti sur place. Si Irène a vécu toute sa jeunesse à côté de Marseille, elle est issue de la grande famille bourguignonne Senard, qui possède le Domaine Comte Senard, à Aloxe-Corton.

A la mort de son grand-père, sa maman devient la propriétaire du manoir qui appartient à sa famille depuis plus de 200 ans. « Petite dernière de six enfants, elle a hérité dans les années 1990 de cette demeure (inscrite aux Monuments Historiques, Ndlr). C’était un cadeau pour lequel il fallait de toute évidence se retrousser les manches, car personne ne souhait remettre des millions pour reconstruire et rénover. Sauf elle. Elle a relancé la ferme qui était en mauvais état et grâce aux bénéfices qu’elle arrivait à générer, elle finançait petit à petit la renaissance du manoir », raconte Irène.

Alors que sa fille part en Chine apprendre le mandarin après avoir décroché ses diplômes de médiation culturelle, d’ethnologie et de musicologie, cette maman énergique l’invite à prendre en main le Manoir Equivocal. « A 22 ans, j’ai voulu partir faire un tour du monde prolongé et sans limite avec une démarche d’ethnologue pour comprendre les autres, les observer sans jugements. J’ai passé trois ans en Chine. Shanghai était une ville en pleine ébullition qui attirait les artistes du monde entier. »

 

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C’est donc dans l’immense pays d’Asie qu’est né son projet pour le Manoir. « Shanghai, comme j’étais entourée d’architectes du monde entier, un collectif est né pour monter quelque chose qui puisse répondre à tous nos idéaux équivoques axés sur l’anthropologie et l’art contemporain », rappelle Irène.

Elle pose à 26 ans ses bagages à Corgoloin . « Elle commenc par ouvrir une chambre d’hôtes et pendant cinq ans, elle s'est  « épuisée à vendre une expérience », confie-t-elle. Sylvain Gasnier, architecte de métier arrive sur place en 2011, envoyé par un copain confrère de Shanghai. « C’était un peu un punk anarchiste, architecte itinérant qui savait tout faire avec ses mains », sourit sa future conjointe.

Car le duo tombe très vite amoureux. Pendant plusieurs mois, « même si par habitude il ne vidait pas sa valise, je sentais que nous construisions un beau début d’histoire d’amour », se souvient Irène.

 

Des rêves à la réalité

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Le pigonnier du Manoir Equivocal, une belle oeuvre architecturale témoin de la longue histoire du lieu.


Le gîte s’est agrandi et l'architecte n’est jamais reparti. Irène rêve, Sylvain concrétise. « Nous avons accumulé des semaines de labeur à une vingtaine de cerveaux rassemblés pour réfléchir à comment progresser sans trop de moyens financiers. Nous travaillions jour et nuit pour pas gagner grand-chose, mais en avançant petit à petit, la magie a opéré. »

Pas moins de 3 millions d’investissements sur 25 ans ont été injectés. Aujourd’hui, grâce à l'organisation de mariages qui battent leur plein une bonne partie du temps - des petites et grandes fêtes de 15 à 150 personnes soit une trentaine d’événements à l’année - les travaux se poursuivent. Le Manoir Equivocal dispose de 35 couchages et les gîtes sont ouverts de janvier à décembre. « Nous nous situons au milieu de la route des Grands Crus, nous avons un taux de remplissage très honorable et réalisons un chiffre d’affaires global de 280.000 euros avec quatre salariés pour la partie touristique », poursuit la propriéitaire. En outre, une équipe agricole travaille les champs du domaine, en association avec d’autres exploitations.

« Nous restons notre principal client : nous sommes chefs d’exploitation de notre ferme agricole bio. Nous faisons des rotations sur dix ans, avec entre autres du soja, du blé, de l’orge, des pois, du tournesol, du sarrasin et nous développons de plus en plus les céréales anciennes sur 250 hectares avec l’aide des graines de No"  », poursuit Irène Lenoir. En parallèle, Sylvain Gasnier a gardé ses clients de longue date, et le manoir se place au centre de son activité d’architecte car les projets de rénovations et de créations de structures nouvelles sont chaque jour plus nombreux. 

Irène Lenoir a également fondé deux associations culturelles à but pédagogique : le Festival Nature dont la dernière édition était « énorme, sur le thème de la métamorphose », lance-t-elle pleine d’enthousiasme et de joie de vivre, et Volcan de Nuits, un festival musical et pluri-artistique où le vin et la gastronomie ont toute leur place à Nuits-Saint-Georges. Il se tiendra du 20 au 24 mai en 2025. Convaincus ? Moi oui !

 

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Un moment de détente entre deux services : c’est aussi cela, l’ambiance au Manoir Equivocal.

 

La dimension écologique du projet Equivocal expliquée par Sylvain Gasnier

« Dès 2011, en arrivant ici, j’étais convaincu que le fioul allait nous coûter trop cher. Nous consommions 2.000 litres par mois sur 8 mois, cela nous bloquait en termes de business plan : on travaillait pour payer le chauffage ! Nous avons démarré en construisant l’extension côté ferme. Comme nous nous agrandissions, il fallait une chaudière plus puissante. Nous avons opté pour une chaudière polycombustible qui brûle ce que l’on veut : paille, miscanthus, pellets… Nous avons retenu la plaquette forestière qui représente le meilleur compromis prix / volume de stockage. Nous avons ainsi divisé par cinq notre facture et amorti l’énorme investissement que l’installation représente, en seulement quelques années.

Autre action, nous avons construit les bâtiments avec la paille de nos champs. Notre charpentier a fabriqué des caissons à l’intérieur desquels la paille sert d’isolant. Un torchis (mélange terre-paille) a ensuite été appliqué directement sur la paille en finition intérieure. Bien sûr, on ne pourrait pas le faire de façon systématique car cela appauvrit les sols, mais pour cette construction seule, c’était parfait. Nous traitons les eaux usées du site par phyto-épuration : une cascade de bassins remplis de plantes aquatiques permet de filtrer et de nettoyer les eaux usées.Des citernes récupèrent la pluie… Et mon challenge du moment consiste à réfléchir aux vides et aux pleins dans nos champs. C’est un peu comme en peinture, avec l’ombre et la lumière, sauf que là nous travaillons à plus grande échelle ; nous allons intégrer des haies pour rediviser les champs. Un seul champ sur 30 hectares, c’est un peu ennuyeux à regarder ! »

Photos fournies par l'entreprise

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