Petite entreprise de 9 salariés à Decize dans la Nièvre, Taporo travaille le Bfup (béton fibré à ultra haute performance) comme de la pâte à modeler, en le positionnant à la croisée du BTP, du design et de l’expression artistique. Elle a réalisé de gros volumes l’année dernière en habillant la façade d’un bâtiment des Jeux Olympiques pour 1,3 million d’euros.
Ils font du travail de dentelle, avec du béton. A Decize (Nièvre) Taporo ne travaille qu’avec du Bfup, du béton fibré à ultra haute performance, une déclinaison particulièrement noble du matériau.
La petite PME nivernaise séduit au-delà des limites premières de son territoire. L’un de ses derniers ouvrages n’est autre que la façade en résille perforée du Prisme à Bobigny, un bâtiment dédié au sport inclusif érigé pour les Jeux Olympiques de 2024 et qui a représenté pour elle un marché d’1,3 million d’euros. Taporo a conçu et fabriqué 900 panneaux et 260 moules, un travail d’une minutie quasi-artisanale pour un ouvrage de gros volume.
Des façades de ce type, l’entreprise en avait déjà réalisé pour la société de vêtements professionnels Cepovett à la demande de l’architecte lyonnais Pierre Minassian, ou encore pour l’habillage des murs du siège social d’Orange en région parisienne. Dans le même temps, elle intègre à ses offres du mobilier intérieur et des passerelles, et elle a dernièrement été sollicitée pour réaliser des dalles de paysage. La TPME au chiffre d’affaires d’1,3 million d’euros en 2024 – l’équivalent donc du seul marché olympique - conclut en moyenne une dizaine de contrats chaque année.
La société a été créée en 2005 par Muriel Tissot et son mari. Cette ancienne avocate en droit pénal a mis de côté le Code civil, inspirée par la créativité de l’artiste italien Francesco Passaniti, qui a fait de la création de mobilier en béton sa spécialité. Le couple a commencé par concevoir à son tour du mobilier en Bfup dans sa maison de campagne et il a présenté ses prototypes au salon Maison&Objets il y a quinze ans. Muriel et son mari y font alors un carton ! Ils se prennent en conséquence un showroom à Paris, et intéressent un nombre croissant de clients.
Dans les pas de Dior

C’est au salon Architect@work qu’ils captent ensuite l’attention des architectes de Dior, fascinés par le matériau. Ces derniers leur passent commande de mobilier. Ils finiront par réaliser l’habillage d’un escalier monumental pour la marque. Conforté dans son projet, le couple investit et crée une unité de production en 2010 avec des malaxeurs et des trémis. L’aventure industrielle démarre en 2012.
Le Bfup contient des fibres, métalliques ou organiques, qui font de lui un matériau différent suivant les besoins, tout en apportant des capacités de résistance importantes. Muriel Tissot est littéralement tombée amoureuse de la matière qui concentre tous les avantages, selon elle. « C’est une pierre liquide ultra-résistante, dont on fait ce qu’on veut. On peut modifier les couleurs, les textures. Le matériau possède une durée de vie de 100 à 200 ans et il est recyclable à l’infini. Cet outil est magique. » Dernièrement, la société a été consultée pour des plaquages de passerelles. Là encore, le Bfup peut faire valoir sa résistance mécanique sur des dalles qui ne mesurent que 5 cm d’épaisseur.
À ses débuts en France, dans les années 1990, le Bfup a été utilisé par EDF pour la rénovation de poutres dans les centrales nucléaires, du fait de sa résistance élevée. Il a ensuite été transposé dans le secteur du bâtiment. Le milieu artistique s’en est également emparé. D’ailleurs, Taporo travaille avec Didier Marcel et Eva Jospin, artistes d’art contemporain et plasticiens. « Chaque chantier est un nouveau défi » un challenge que Muriel Tissot aime relever en permanence.
Fusionner la matière grise

L’usine est installée à Decize avec 6 salariés dans un bâtiment de 1.200 m2, à laquelle s’ajoute un bâtiment de stockage de 500 m2 loué à l’intercommunalité. Trois autres personnes occupent des bureaux de conception dans le 16ème arrondissement à Paris. La petite entreprise se veut réactive et flexible, une marque de fabrique chère à Muriel Tissot, dont le tempérament dynamique et positif est monté sur des ressorts : « je déteste l’inertie », avoue-t-elle.
Les salariés sont polyvalents : « Ils ne savent pas que couler du béton, ils savent fabriquer des moules en bois et en acier, ils sont plus ou moins chaudronniers, serruriers…». La fondatrice croit beaucoup au travail commun entre ses collaborateurs et les architectes. Telle une alchimiste de la matière grise, elle s’emploie à créer les meilleures conditions au partage des savoirs. « Si on met les sachants qui travaillent la matière avec les concepteurs, on va deux fois plus vite. Pour moi il y a une transmission du savoir -aire entre le chef d’atelier et l’architecte qui est essentielle », expose-t-elle.
La mise en oeuvre de ces convictions devrait prendre une nouvelle dimension prochainement : Taporo travaille dans le cadre d’un projet d’innovation relevant du plan d’investissement France 2030 avec Bpifrance et la région Bourgogne-Franche-Comté. Ce projet commun pourrait aboutir à l'implantation sur le territoire nivernais d'une usine « pilote » automatisée qui serait également assortie de la création d'emplois à Decize. A suivre.
































.png)












.jpg)













