La Société de transfert de technologies (Satt) Sayens a démontré le 28 avril dernier à Nancy la manière dont elle amène sur le marché des innovations issues des laboratoires publics lorrains. Démonstration dans la santé mentale avec BioSerenity, dans le recyclage des huiles de fritures avec Valo’, et dans la préparation de médicaments radioactifs avec Sysark.

 

Porter l’innovation du laboratoire jusqu’au marché, c’est un métier. La Société de transfert de technologies Sayens (Satt) a détaillé le 28 avril dernier à Nancy devant un parterre d’entrepreneurs, la manière dont elle valorise les travaux issus des centres de recherche publics du Grand Est et de Bourgogne-Franche-Comté. Pour ce premier « Tech ShowCase » co-organisé avec L'incubateur lorrain et Grand Nancy Innovation, la Satt avait convié trois sociétés innovantes : BioSerenity, Valo’ et Sysark.

Le cheminement d’une idée innovante dans le secteur de la santé mentale est édifiant. En 2018, Sayens a accompagné des chercheurs du centre psychothérapique de Nancy (Université de Lorraine) et du Centre de Recherche en Automatique CRAN (CNRS, Université de Lorraine) en vue de breveter « Revoyez ». Il s'agit de détecter dans l’œil humain les marqueurs liés à des pathologies psychiatriques. Deux ans plus tard, le champion français de la e-santé BioSenerity concluait sous le patronat de la Satt, un accord de licence portant sur l’exploitation de cette technologie.


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« La force d’une société comme la nôtre, c’est d’avoir les moyens d’investir en fonds propres sur une innovation. BioSerenity a ainsi pu mettre au point le casque de réalité virtuelle Retinot dont les tests cliniques sur 3.000 patients démarrent »,
expose Nicolas Jurado, le directeur des affaires médicales et innovation de la start-up parisienne implantée depuis peu à Nancy et Dijon.

Aude Hyardin, responsable « portefeuille projets » à la Satt, résume la philosophie de la société : « Sayens travaille dans une relation de confiance avec l’entreprise et l’établissement public qui conserve la propriété intellectuelle de l’innovation, mais en confie l’exploitation à une société de droit privé. »

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Philippe Lerouvillois, président de Valo’ entend valoriser les huiles de fritures usagées en huiles de décoffrage du béton. © Philippe Bohlinger


Dans un autre registre, celui de l’économie circulaire, Sayens collabore avec le laboratoire d’ingénierie des biomolécules Libio (Université de Lorraine) qui innove dans la valorisation des huiles de friture usagées. Sayens a fait le lien avec Valo’, à Florange (Moselle). Cette société coopérative collecte environ 700 tonnes d’huiles de friture usagées par an en Meurthe-et-Moselle et en Gironde. Elle cherche à apporter de la valeur ajoutée à ses huiles jusqu’à présent transformées en biocarburants.

Son objectif : commercialiser un substitut écologique aux huiles de décoffrage du béton pour le secteur du bâtiment. « Nous avons travaillé avec le Libio en vue de reformuler une recette pensée initialement pour le marché des huiles de graissage des tronçonneuses, un marché trop morcelé », explique Philippe Lerouvillois, président de Valo’. L’innovation ne fait pas l’objet d’un dépôt de brevet, car comme le rapelle Aude Hyardin, « la meilleure stratégie consiste parfois à ne pas dévoiler sa recette à l’image de Coca-Cola ou de Nutella. »


Prototype financé

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Guénolé Mathias-Laot, cofondateur de Sysark, entouré d’Aude Hyardin de la Satt Sayens (à droite) et de Natacha Hauser-Costa, directrice de L’Incubateur lorrain. © Philippe Bohlinger


Pour sa part, Guénolé Mathias-Laot a pu s’appuyer sur la Satt pour créer un robot destiné à abaisser l’exposition des soignants aux médicaments radioactifs. Il s’agit d’un système de préparation automatique des produits injectés aux patients, notamment lors des examens de scintigraphie. Manipulateur radio de formation, il a développé la technologie dans le cadre d’une collaboration scientifique avec le centre de recherche en automatique CRAN (CNRS, Université de Lorraine).

La Satt a financé le premier prototype permettant de lancer les essais cliniques. L’incubateur Lorrain a aidé le jeune entrepreneur à cofonder avec Quentin Thomas, la start-up Sysark à Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle). « Nous avons transféré notre propriété intellectuelle à l’Université de Lorraine qui mandate la Satt pour la gérer. Notre start-up a signé un contrat de licence qui nous engage conjointement pour la durée du brevet », détaille l’intéressé.


Dans ce cadre, les sociétés innovantes comme Sysark reversent une partie du chiffre d’affaires généré par ses produits à Sayens, aux établissements publics titulaires des brevets, ainsi qu’aux inventeurs. Parfois, la Satt peut également intervenir en prise de participation directe au capital.


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C’est quoi la Satt Sayens ?

Lancée en 2013, la Satt Sayens est une des 13 sociétés de transfert de technologies qui maillent le territoire national. Cette société par action simplifiée opérée par la banque publique d’investissement Bpifrance, favorise la mise sur le marché d’innovations scientifiques issues des laboratoires de Bourgogne-Franche-Comté et d’une partie du Grand Est.
Son périmètre géographique correspond à celui de ses établissements actionnaires : les universités de Lorraine, de Bourgogne et de Franche-Comté, l’Institut Agro Dijon, la fondation Supmicrotech ENS2M (École Nationale Supérieure de Mécanique et des Microtechniques) de Besançon, les Universités de technologie de Troyes et de Belfort-Montbéliard (UTBM), ainsi que le CNRS et l’Inserm. Depuis sa création, la Satt a investi 32 millions d’€ dans 150 projets, avec un ticket moyen de 250.000 € par projet. 

 

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