La dynamique enclenchée il y a vingt ans par l’Incubateur Lorrain ne faiblit pas malgré la pandémie ; bien au contraire. Dix-huit projets issus de laboratoires publics ont fait leur entrée en 2020 au sein de la structure labellisée par la Région Grand Est et le ministère de l’Enseignement Supérieur. Pour doper l’écosystème, elle s’emploie à diffuser la culture entrepreneuriale chez les doctorants pour en faire des étudiants-entrepreneurs.


 « Il n’y a rien de pire que d’avoir 20 ans et des idées, disait Coluche : tout le monde les trouve mauvaises ». A Nancy, l’Incubateur Lorrain fait (heureusement) mentir le célèbre humoriste. La structure labellisée par le ministère de l’Enseignement supérieur et la Région Grand Est transforme depuis vingt ans les idées issues des laboratoires publics en start-up. Sur les 107 sociétés nées depuis 2001 dans son giron, 78 sont toujours en activité. Parmi elles des pépites, comme Plant Advanced Technologies qui stimule les végétaux pour extraire leurs molécules actives par les racines. Ou encore SESAMm qui prédit l’humeur des marchés financiers grâce à l’exploitation de milliards d'articles et de messages web.

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Les prochaines cuvées s’annoncent « exceptionnelles » pour l’association créée, suite à la loi Allègre de 1999, par les établissements de l’enseignement supérieur implantés sur le territoire lorrain (Université de Lorraine, CNRS, Inserm, Inrae, Inria), la Région Grand Est et le CHRU de Nancy. L’établissement a triplé ses objectifs l’an dernier en accueillant 18 nouveaux projets pour quatorze mois d’accompagnement. Lorsqu’elle revient sur le parcours de l’Incubateur Lorrain – un des 21 incubateurs de la recherche publique en France – Natacha Hauser-Costa, sa directrice, analyse modestement : « Nous avons appris en marchant, comme dans une start-up. »


Si la structure de six salariés, pour 550.000€ de budget annuel, a gagné en expérience, elle continue d’avancer selon le même état d’esprit « pionnier ». Elle a dernièrement innové en inversant son principe de fonctionnement… « Plutôt que d’étudier si une innovation issue de la recherche est susceptible d’être valorisée sur le marché, nous partons d’un projet inspiré par le marché pour y apporter la composante technologique manquante. Nous travaillons en ce sens avec le Pôle entrepreneuriat étudiant de Lorraine (PeeL). Ainsi, les projets portés par des étudiants comportant une forte dimension technologique ont la possibilité d’être adossés à des laboratoires », expose la directrice.

 

Ce que la loi Pacte qui favorise le statut de chercheur entrepreneur va changer

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Le robot imaginé par Sysark pour manipuler les médicaments radioactifs découle d’une démarche originale de l’incubateur. © Sysark


Cette démarche s’est notamment concrétisée par la création de Sysark en 2018 à Nancy. La jeune pousse a conçu une solution robotique destinée à protéger les soignants des risques liés à la manipulation des radio-médicaments en médecine nucléaire. Manipulateur radio de formation, Guénolé Mathias-Laot a développé sa solution d’abord avec le PeeL puis l’Incubateur Lorrain grâce auquel il a engagé une collaboration scientifique avec le centre CNRS de recherche en automatique de Nancy (Cran).


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Pour essaimer davantage, l’Incubateur Lorrain cherche à sensibiliser davantage les doctorants, toujours en partenariat avec le PeeL dont la vocation est de diffuser la culture entrepreneuriale auprès des étudiants. La structure développe également ses connexions avec le territoire ainsi qu’en témoigne la signature le 8 janvier dernier d’un partenariat avec Grand Nancy Innovation, l'outil de développement de l'innovation de la métropole.
« Il y a un beau dynamisme dans le développement de start-up, alors que la création d’entreprises innovantes n’est pas innée sur le territoire, la présence de grands groupes industriels ayant plutôt favorisé l’émergence de sociétés de sous-traitance », analyse Natacha Hauser-Costa.

Les changements introduits par la loi Pacte de 2019 vont-ils encore encourager cette dynamique ? Le texte relatif « à la croissance et la transformation des entreprises » a supprimé le plafond de 49% encadrant la prise de capital d’un chercheur dans la start-up qui valorise ses travaux. Par ailleurs, la loi permet aux chercheurs de consacrer jusqu’à 50% de leur temps de travail à leurs activités en entreprise, contre 20% précédemment. La balle est dans le camp des établissements d’enseignement supérieur lorrains. Ils devraient décider en 2021 de l’application de ces mesures.

Qui est Natacha Hauser-Costa ?

natachahauser« Notre meilleur VRP c’est la machine à café des laboratoires ! », s’amuse, Natacha Hauser-Costa, la directrice de l’Incubateur Lorrain. « Les chercheurs investis dans des start-up y échangent avec leurs confrères, contribuant ainsi à diffuser la culture entrepreneuriale dans le milieu académique. » Les mesures de distanciation ont certes limité les rencontres informelles ; mais pas la dynamique de la structure constate cette docteure en droit, spécialiste de la propriété intellectuelle.
Engagée depuis le début dans l’aventure, Natacha Hauser-Costa a pris la direction de l’incubateur en 2007. Elle se plait à souligner la dynamique à  dominante féminine de la structure qui agrège des compétences en santé, sciences humaines et sociales, technologies de l’information et de la communication et sciences du vivant.

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Les start-up de l'incubateur lorrain auxquelles s'est intéressé Traces Ecrites News : à lire ou à relire.


SESAMm lève 7,3 millions d'€

Steminov lève près d’un million d’€ pour son médicament contre le choc septique


Econick produit des métaux biosourcés grâce à des plantes dépolluantes


Microhumus produit de la bonne terre à partir de sols pollués


Biolie extrait les principes actifs des végétaux


Plant Advanced Technologies met au point la première molécule pharmaceutique issue de racines de plantes

Sysark améliore la protection des manipulateurs radio

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