La PME est la première bénéficiaire des interventions de BFC Participations, le fonds d’investissement du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté dédié spécifiquement au secteur agroalimentaire. Avec les investisseurs privés, ce véhicule financier a aidé à boucler la reprise par quatre des cadres, en issue d’un scénario que les circonstances de la vie ont bousculé.
Un peu moins d'un an après son lancement en décembre 2023, BFC Participations dévoile sa première « prise. » Ce fonds du conseil régional a apporté son concours à la transmission, bouclée à la fin du premier semestre, de la Minoterie Dornier siégeant à Bians-les-Usiers (Doubs), au moyen d’une prise de particiapation minoritaire au capital.
La PME soutenue de 50 salariés épouse très bien le « modèle-type » de la cible de BFC Participations : une entreprise de la filière agroalimentaire, et plus précisément un de ses acteurs dont le maintien et le développement dans la région « revêt un enjeu stratégique dans la mesure où il constitue un maillon essentiel de la chaîne de valeur », expose Nicolas Soret, vice-président au développement économique au conseil régional. En clair, une société dont la fragilisation, par exemple par le fait de perdre son centre de décision local, ou a fortiori de disparaître, « risquerait de dérègler très vite une filière complète », poursuit l’élu régional.
En l’occurrence, Minoterie Dornier occupe une place centrale dans l’organisation du secteur des AOP (appellations d’origine protégée) fromagères franc-comtoises, dont la plus emblématique, le comté. Elle joue ce rôle au stade de l'amont. Les vaches laitières constituent en effet les premières « consommatrices » de ses produits de transformation : granules, céréales et autres tourteaux en mode conventionnel de l'atelier d'Etalans (Doubs), mais aussi désormais produits de l’agriculture biologique, depuis l’usine voisine de Blassans.
De façon générale, l’alimentation du bétail concentre 90 % de l’activité (chiffre d’affaires de 47 millions d’euros en 2023 résultant de la production de 70.000 tonnes). Elle se répartit entre la famille des ruminants (70 % du segment animal), les poules pondeuses (20 %) et les porcs. La minoterie complète son offre par de la farine panifiable pour la consommation humaine, constituant la spécialité de son troisième site de production doubien, celui du Val-d’Usiers. Tous débouchés confondus, la part des productions puisant leur source dans l’agriculture biologique atteint désormais 40 %, en résultante des investissements qui leur ont été consacrés depuis quelques années. Une extension du site dédié de Bassans se prépare, d’ailleurs.
Sortie « élégante » de Dijon Céréales

Cette trajectoire ascendante aurait pu se briser devant les circonstances : le décès subit en 2022 de Pierre Dornier qui avait poursuivi avec brio la saga familiale débutée en 1926. Le dirigeant n’avait pas de succession interne, ce qui l’avait décidé, dès 2008, à ouvrir largement (49 %) le capital du meunier à la puissante coopérative Dijon Céréales, selon la perspective de rendre celle-ci pleinement propriétaire à terme.
En parallèle, sur le plan opérationnel, un quatuor de cadres - dont un membre de la famille, Thomas Dornier - a pris en main la gestion quotidienne. Après la disparition de Pierre Dornier, c’est finalement lui qui a également repris le contrôle capitalistique, avec l’appui de deux investisseurs privés, le fonds UI Investissement et le Crédit agricole de Franche-Comté, et donc BFC Participations qui s’est fixé justement comme principe d’intervenir toujours en association avec de tels partenaires financiers, selon une logique de tour de table.
Dijon Céréales s’est ainsi retirée, « d’une façon cohérente puisque la minoterie ne se situe pas complètement au centre de sa stratégie, et avec beaucoup d’élégance », salue Bénédicte de Chevigny, directrice associée d’UI Investissement.
Cette gouvernance restructurée accompagne le plan de développement bâti autour de quelques axes. « Croissance en volume avec un potentiel qui peut grimper à 90.000 tonnes, poursuite de la montée en puissance du bio ayant vocation à atteindre la parité avec le conventionnel à terme, expansion géographique vers les marchés de l’Alsace et des Vosges », détaille…non pas l’un des dirigeants mais Bénédicte de Chevigny.
Discrète et prudente comme savent l’être les entreprises du haut-Doubs, la direction de la Minoterie Dornier a délégué à son nouveau co-actionnaire la prise de parole sur sa stratégie. Taiseuse sans doute, mais parfaitement au clair quant au chemin qu’elle souhaite emprunter.
D'autres dossiers avancés pour le fonds régional

Quant au fonds BFC Participations, il ne va pas longtemps en rester à ce seul investissement. Là encore, la discrétion est de mise, de façon bien compréhensible. « Deux autres dossiers sont instruits et en bonne voie d’aboutir à court terme », avance Nicolas Soret. Le total des trois montants ne fera pas encore, « et d’assez loin », consommer au fonds régional l’intégralité de sa mise initiale de 3,5 millions d’euros, conçue pour se répartir entre 5 à 8 interventions jusqu'à 500.000 euros unitaires.
Dans le cadre, rappelé par Nicolas Soret, d’une société stratégique - une caractéristique non réservée à la production, elle peut s'étendre à l'emballage, au machinisme, aux équipements de process... - les motifs et circonstances d’intervention de BFC Participations peuvent varier : transmission certes, mais aussi engagement dans une longue démarche de transition environnementale, investissements structurants, etc. en vue d'une prise de participation toujours minoritaire, et conjointe avec d'autres acquéreurs de parts.
L’agroalimentaire a fait l’objet de ce « véhicule » inédit en raison « de son poids économique dans la région (18.000 emplois, Ndlr) et de son fonctionnement très intégré, par somme de maillons d’une chaîne », rappelle Nicolas Soret. De quoi potentiellement inspirer à la collectivité régionale une reproduction à d’autres secteurs-clés de Bourgogne-Franche-Comté. Son vice-président n'exclut pas sur le principe cette hypothèse, il précise toutefois qu'elle ne figure pas à l’ordre du jour du moment.






















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