Nous observons la toujours bienvenue pause d'été. Nous vous la souhaitons reposante, ressourçante et plus particulièrement cette année, propice à garder ou retrouver une forme olympique ! En attendant de nous retrouver fin août, nous vous proposons un retour sur des actualités marquantes des trois derniers mois. Aujourd'hui : Cristel. L’entreprise familiale va faire entrer en service cet automne son nouveau bâtiment de 2.500 m2 qui rassemblera ses fonctions logistiques et optimisera d’autant son atelier de production. Elle se met ainsi en position de conforter sa croissance, qui se fonde sur des gammes en inox haut de gamme et puise ses racines dans une histoire bientôt bicentenaire.


ARTICLE PUBLIE Le 27 MAI 2024. Aussi élégante qu’elle est imposante, la charpente en bois qui se dresse le long de la voie de desserte du parc d’activités du Moulin ne laisse planer aucun doute : Cristel est bien avancé dans son extension à Fesches-le-Châtel (Doubs). Le fabricant d’articles de cuisson a terminé au début de l'été les travaux des 2.500 m2, en vue de s’y installer début octobre.

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Les disques d'inox initiaux sont transformés en fonds de casseroles sur lesquels sont posés un revêtement thermodiffuseur pour la conductivité de la chaleur. Le process se poursuit par la pose des oreilles, puis des poignées amovibles, proposées en diverses teintes, en bois ou en bakélite, un plastique thermodurcissable. © Mathieu Noyer


Cet investissement de 5 millions d’euros, la PME familiale de 105 salariés le consacre à l’optimisation de l’aval de son process. Le nouveau bâtiment est dédié à la logistique, selon un triptyque emballage-stockage-expéditions. « Les capacités de stockage qu’il crée vont permettre d'expédier deux fois plus en volume, et deux fois plus vite », décrit Damien Dodane, le directeur général délégué de Cristel. La construction en prolongement des ateliers feront gagner à ceux-ci la place souhaitée pour améliorer l’organisation et le fonctionnement de la fin de production. « A l'emplacement des actuelles expéditions, nous pourrons assurer le pré-emballage dans de bonnes conditions. Nous allons aussi y aménager des bureaux », poursuit le dirigeant.


Cristel répond ainsi aux vecteurs de développement de son activité. Celui, exogène, de la montée des ventes en ligne, de type « épicerie » dans la mesure où elles vont souvent porter sur des pièces spécifiques de ses productions : une poignée, des oreilles de casseroles… Et d’autre part, sa propre croissance ( + 12 % prévu en 2024), prolongeant le boom constaté durant la crise du Covid. Elle porte son chiffre d’affaires à 20 millions d’euros, avec l’ambition d’atteindre la barre des 30 millions d’euros à la fin de la décennie. Celle-ci va requérir de nouveaux investissements de modernisation et expansion. « Ils devraient être synonymes de créations d’emploi, après les 24 cumulées depuis la sortie de la crise sanitaire. Dans l’immédiat, l’extension logistique ne génère des recrutements qu’à la marge », expose Damien Dodane.

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Les vents se montrent donc favorables à la société. L’export, représentant 25 % du chiffre d’affaires, demeure porteur, à commencer par les ventes au Japon, marché historique et principal parmi les quelque 50 à l’étranger accueillant les gammes de Cristel. Le fabricant du Doubs réussit également sa percée auprès des professionnels et il continue de s’appuyer sur les canaux de vente spécialisés des arts de la table et des grands magasins, ainsi que sur son réseau de 800 revendeurs.

 

Une fabrication maximale en interne

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Cristel fabrique aussi des poêles, ci-dessus dans leur version rivetée. © Mathieu Noyer
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Le fabricant a sorti une nouvelle gamme " Pro " pour les professionnels, un débouché en expansion pour lui. © Cristel


La bonne santé ne doit rien au hasard. La direction de Cristel n’a pas ménagé ses efforts, ces dernières années, afin de conforter sa place sur le marché disputé des ustensiles de cuisson, en se focalisant sur ses atouts : la maîtrise parfaite du travail de l’inox, un positionnement haut de gamme et l’internalisation maximale de la production. « Nous confirmons notre statut de premier fabricant français d’articles culinaires en inox haut de gamme, chaque mot ayant son importance », appuie Damien Dodane.

« 80 % de nos ventes résultent de nos propres productions, dont nous générons nous-mêmes 92 % de la valeur ajoutée », calcule Antoine Jean, directeur industriel et logistique de Cristel et neveu de Damien. Les fins disques d’inox (épaisseur de 0,8 ou 1 millimètre), produits d'un alliage de fer, de chrome (18 %) et de nickel (10 %) fournis par le métallurgiste Aperam, font l’objet d’un emboutissage à froid à Fesches-le-Châtel, afin de façonner la forme des casseroles, avant le détourage, l’ébavurage et le brasage. Cette dernière étape aboutit à poser le fond thermodiffuseur, dans un complexe d'aluminium et d'inox davantage chargé en fer. « Cet ajout permet d’annihiler les inconvénients de l’alliage inox de départ : son faible pouvoir conducteur, qui fait peu réagir les plaques à induction », explique Antoine Jean.

Le polissage précède la pose des oreilles, avant celle de la fameuse poignée amovible en bois ou bakélite (un plastique thermodurcissable) qui a fait la réputation et le succès de la PME franc-comtoise.

 

La voie du rechapage

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 Le site de Fesches-le-Châtel, réhabilité de 1995 à 1997 puis régulièrement modernisé, va croître en surface avec la mise en service de l'unité dédiée à la logistique, en octobre prochain. © Cristel


Parmi les 600.000 pièces fabriquées chaque année, figurent aussi des poêles, pour moitié en inox : une proportion qui continue à croître et est sans commune mesure avec sa part ultra-minoritaire ailleurs dans le monde. Dans la concurrence en effet, le revêtement anti-adhésif PTFE (polytétrafluoroéthylène) règne en maître. Cristel s’y est mis aussi, mais donc dans une moindre envergure, étant persuadée que l’air du temps environnemental deviendrait hostile aux PTFE. Nous y sommes, avec leur mise à l’index au titre de leur appartenance à la famille des PFAS, les « polluants éternels ». Leur application aux articles culinaires fait toutefois exception à leur interdiction en 2026, sous l’effet du lobbying du groupe SEB (*).

« Ces anti-adhésifs entrent aussi en contradiction avec notre « promesse » de produits qui durent toute une vie. Afin de rester en cohérence, nous avons développé un programme de réutilisation de telles poêles », poursuit Antoine Jean. D’abord sous-traitée, la ligne dédiée de « rechapage » a été reprise en interne en 2016.

 

« Partis de moins de zéro »

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L'entreprise fondée par la dynastie Japy a été relancée sous la nouvelle marque Cristel à partir de 1983, par l'association entre la coopérative des salariés et le couple Paul et Bernadette Dodane. A droite : son fils Damien (à droite) a repris les rênes, épaulé par Emmanuel Brugger, le gendre de Paul et Bernadette (au milieu), tout en préparant la succession incarnée notamment par Antoine Jean.


La gamme Cristel s’enrichit régulièrement. La dernière venue en son sein entend souligner l’ancrage dans une longue histoire : « 1826 » se nomme-t-elle, en référence à l’année de début de production. La puissante familiale Japy se trouve à son origine et a porté son développement, avec des hauts et des bas jusqu’en 1959. Vingt-quatre ans de vicissitudes ont suivi, au gré de la succession de propriétaires inefficaces, impuissants, voire escrocs, à entendre le vibrant récit de cette histoire qu’a proposée Bernadette Dodane, sur place ce 23 mai.

La maman de Damien, et son mari Paul, ont orchestré la renaissance avec les 27 salariés d’alors réunis en société coopérative, autour de la nouvelle marque Cristel, contraction de Cristal (une dénomination déjà prise) et Châtel, la fin du nom de la commune d’implantation. « Nous étions partis de moins de zéro », estime Bernadette Dodane. Son récit souligne d’autant plus l’ampleur du chemin parcouru, qui est loin de son terminus : la troisième génération a installé ses quartiers dans les ateliers de bureaux de Fesches-le-Châtel.

(*) Le groupe a finalisé en avril le rachat de Lacanche, le fabricant d'équipements de cuisson de Côte-d'Or, autre PME fleuron de la filière régionale.

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