Mécanique & Services confirme son ancrage dans la filière nucléaire en rejoignant le programme nationale PÉON (Programme d’Excellence Opérationnelle Nucléaire) développé par les industriels de ce secteur. À l’heure où la PME de 40 salariés affiche un chiffre d’affaires 2025 à 6,7 millions d’euros, en hausse, cette adhésion s’inscrit dans une stratégie plus large de montée en compétences et d’investissements industriels, d’un montant cumulé de plusieurs millions d’euros.

 Le programme PÉON, vise à structurer et renforcer la performance des acteurs de la filière nucléaire. Basée à Saint-Loup-Géanges (Saône-et-Loire), la PME Mécanique & Services (M&S) a été invitée à rejoindre la « grappe » régionale de cette initiative nationale pilotée par le groupement des industriels de la filière le GIFEN (*) en lien avec EDF et Framatome. Le fabricant d’équipements nucléaires a réalisé  l’audit qui validé l’entrée de l’entreprise de Saône-et-Loire, celle-ci ayant été jugée « très avancée sur l’excellence opérationnelle. »

La signature officielle est intervenue lors du salon mondial du nucléaire (WNE) en novembre, suivie d’un premier rendez‑vous d’information chez Framatome à La Défense à Paris. « L’idée est de créer un collectif où les entreprises échangent leurs pratiques. Certaines démarrent de zéro, d’autres, comme nous, sont déjà très structurées », observe David Berthier, le dirigeant de M&S.  

 

G constru 2bis

 

Le programme Péon s’étale sur deux ans, il comprend un audit complet de trois jours,  l’intervention d’un consultant dédié et un cofinancement régional. M&S supportera un reste à charge d’environ 30 000 euros. « C’est une charge de travail supplémentaire, mais on va le faire volontiers. L’objectif est de sortir meilleurs qu’à l’entrée du programme », affirme son dirigeant.    

Avec la relance des EPR2 et l’arrivée de nouveaux programmes liés à la défense, la filière nucléaire traverse une période d’intense transformation et d’accélération, qui impose de renforcer la performance des acteurs, sans transiger sur les normes exigeantes du secteur.  Certifiée ISO 9001 et ISO 19443 (qualité et sûreté nucléaire) et sous-traitante de Framatome, Mécanique & Services a déjà des points de repères en la matière. Le nucléaire et la pétrochimie représentent aujourd’hui environ 70 % du chiffre d’affaires, même si la PME met aussi en avant sa diversification dans les machines spéciales, la défense et l’outillage.

M&S brûleur
Fabriqué par M&S, ce un brûleur en alliange réfractaire est usiné avec des perçages concentriques.

Fondée en 1991 et dirigée depuis 2000 par David Berthier, Mécanique & Services s’est imposée comme un acteur local incontournable des pièces à forte valeur ajoutée. Comptant un effectif de 40 salariés, elle a bouclé son exercice 2024-2025 par un chiffre d’affaires de 6,7 millions d’euros, en hausse de 25 % par rapport à l’année précédente et elle vise 7 millions d’euros pour celui en cours jusqu'à fin mars 2026. « On a atteint nos objectifs. On avance étape par étape, mais on avance vite », souligne David Berthier.  

 

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Fort de son expérience, le directeur voit aussi dans le programme Péon un enjeu crucial en vue de réduire les lourdeurs documentaires et les délais d’inspection. « Aujourd’hui, nous appliquons parfois des spécifications de 300 pages pour fabriquer une seule pièce ! Les délais s’allongent parce que le process prévoit de convoquer les inspecteurs dix jours avant une réunion. Si on rate une opération, il faut tout recommencer. C’est intenable et cela explique certains retards que tout le monde constate dans la filière », déplore le dirigeant. Il espère que le collectif permettra aux fournisseurs de se faire entendre, de sorte à trouver « des solutions intelligentes sans jamais déroger aux exigences de sûreté. »  

Extension, machine 5 axes super-intelligente... 

M&S ateliers
L'entreprise qui s'était agrandie de 1.000 m2 en 2023-24 envisage une extension supplémentaire.

Ces dernières années, M&S a entrepris un plan d’investissement conséquent : 1.000 m² d’atelier supplémentaires et un programme matériel de 4 millions d’euros en 2023-2024. « J’avais dit que je n’investirais pas en 2025, finalement nous sommes en fin d’année et j’ai commandé pour 2,5 millions de machines…» sourit le directeur comme un enfant qui serait heureux de son – gros - cadeau de Noël. Le présent sous le sapin contient une pièce maîtresse : une nouvelle machine 5 axes multipalette, intégrée à une cellule robotisée pilotée par l’IA. Elle représente à elle seule une une enveloppe financière d’1,8 million d’euros. « Elle est capable d’enchaîner des programmes différents toute la nuit. Il est ainsi possible de programmer des opérations simultanément sur différentes types de pièces. Selon les spécifications transmises, le robot propose le planning idéal pour tenir les délais, pour la récupération des pièces le lendemain », décrit David Berthier.  

Les investissements engagés par la PME ne répondent pas à la volonté de conquérir de nouveaux clients, mais plutôt à élargir l’offre qui est proposée au portefeuille existant. Car décrocher de nouveaux comptes prend du temps dans ce secteur d’activités. M&S a par exemple  a mis sept ans pour entrer chez un gros client, situé aujourd’hui dans le top 3 de ses ventes. Une autre fois, un client sceptique lui avait envoyé la commande d’une pièce « par erreur. ». Lors d’une journée portes ouvertes, l’équipe de Saint-Loup-Géanges lui a démontré la maîtrise de sa fabrication. Depuis, il se fournit auprès d’elle « Il faut être un peu provocateur ! », sourit David Berthier  

M&S signature
Le dirigeant David Berthier (au milieu avec les lunettes) a rejoint officiellement le programmé PEON en novembre dernier lors du salon mondial du nucléaire à Paris, pour le compte de Mécanique & Services.

Sous réserve d’obtenir des subventions, Mécanique & Services projette d’investir 5 à 8 millions d’euros supplémentaires dans les prochaines années, dont une nouvelle extension de 2.000 m², soit un peu moins du double de sa superficie actuelle de 2.400 m². L'entreprise doit par ailleurs revoir ses outils qui ne permettent pas d’avoir une vision sur des ordonnancements supérieurs à trois ans. Nul doute que l’accompagnement Péon permettra de la conseiller utilement sur ce point, par exemple.        

(*) Groupement des industriels français de l'énergie nucléaire

Photos fournies par l'entreprise

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