Pour accompagner la mise sur le marché de ses fertilisants biologiques ciblés, la start-up d’Arc-lès-Gray finalise une levée de fonds. Cette nouvelle étape marque déjà l’aboutissement d’une décennie de recherches sur le potentiel du chitosan, un polymère naturel.


Hamed Cheatsazan, le président d’Amiroy à Arc-lès-Gray (Haute-Saône), espère toucher enfin au but. Après trois années d’essais probants en plein champ avec des coopératives agricoles (*), les biostimulants conçus par sa start-up sont « matures et prêts à être lancés sur le marché en 2025 », annonce-t-il. Une levée de fonds, en cours de finalisation d’ici février prochain, doit accompagner cette étape cruciale en permettant le recrutement des premiers salariés de la jeune pousse fondée il y a cinq ans (voir encadré).

Mais l’origine du projet entrepreneurial remonte à plus loin : depuis 2014, le chercheur en écologie travaille sur le chitosan - prononcez kitozane - un polymère extrait des carapaces d’invertébrés et des parois des champignons. Cette matière première d'origine naturelle possède des propriétés antifongiques et antibactériennes qui ont été découvertes dès le XIXè siècle.  Elle est employée en cosmétique et diététique.

Hamed Cheatsazan a d’abord eu l’idée de produire du chitosan à partir de déchets organiques afin de le transformer en plastique biodégradable. Il avait créé, dans cette optique, la société CRL Ecosolutions en 2018 à Besançon (Doubs) avec l’objectif d’ouvrir une usine pilote.

 

Un projet redimensionné

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Dans leur laboratoire d’Arc-lès-Gray (Haute-Saône), Hamed Cheatsazan et Vahideh Rabani, les fondateurs de la start-up Amiroy, ont mis au point une gamme de biostimulants pour l’agriculture à partir de chitosan, une matière première extraite des carapaces d’invertébrés et des parois des champignons. © Edwige Prompt


Après la pandémie de 2020, le projet, rejoint par Vahideh Rabani l’épouse d’Hamed chercheuse en pharmacologie, a été redimensionné. « La règlementation est très complexe, explique le scientifique. De plus, nous avons subi des retards de livraisons et des problèmes d’approvisionnement. Les machines pour le prototypage (deux bioréacteurs de 100 litres chacun, Ndlr) ne sont arrivées qu’en 2021 et les insectes, des mouches soldat noir en 2022. »

Amiroy s’est alors orientée vers la formulation et la production de biostimulants (**) pour l’agriculture, sous forme d’hydrogels très concentrés. Vahideh Rabani a identifié les chitosans les plus efficaces sur plusieurs dizaines de plantes. À partir de cette « bibliothèque », une trentaine de produits ont été développés grâce à un procédé breveté : « en agrafant la matière à différentes molécules comme des acides aminés, on crée un véhicule qu peut entrer dans le végétal », décrit la directrice de recherche et développement d'Amiroy.

 

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Formulations sur mesure

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Les biostimulants d’Amiroy sont prêts à être commercialisés, sous forme d’hydrogels très concentrés à diluer avec de l’eau. © Edwige Prompt


Equipée depuis 2023 d’un bioréacteur de 500 litres, la start-up haut-saônoise de l’agritech évalue sa capacité de production à 200.000 litres par an. Elle n’est pas la première à commercialiser des biostimulants à base de chitosan. En revanche, selon ses dirigeants, elle est seule à proposer une formulation sur mesure, ciblée en fonction des espèces et des objectifs poursuivis : croissance, prévention et traitement des maladies, résistance à la sécheresse, meilleure assimilation de l’azote…

Compatibles avec l’agriculture biologique, ces solutions offrent une alternative aux engrais chimiques pour les grandes cultures et le maraîchage. Expérimenté avec succès sur « plusieurs milliers d’hectares » dans le vignoble de Cognac, leur emploi en viticulture tend à réduire le recours aux fongicides, dont le cuivre. Une « recette » pour améliorer la reprise des jeunes ceps a également été mise au point en partenariat avec Pépinières Guillaume, à Charcenne (Haute-Saône).

Par ailleurs, Amiroy collabore depuis quelques mois avec Géochanvre : ce fabricant de géotextiles l’Yonne souhaite équiper ses productions d’un film aux propriétés à la fois fongicides et biostimulants. « Nous avons également été contactés par un producteur d’engrais qui cherche une solution pour limiter la perte d’azote lié au phénomène de l’uréase de transformation de l’urée en ammoniac gazeux », ajoute Hamed Cheatsazan. Pour l’entrepreneur, le champ des possibles s’est ainsi ouvert après une décennie de recherches, et quelques péripéties.

 

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L’appui décisif d’un industriel

La SAS (société par ac tions simplifiée) Amiroy est née en octobre 2019 de l’association d’Hamed Cheatsazan et Vahideh Rabani avec Bernard Roy, fondateur du fabricant de volets Aluroy à Gray. C’est grâce à l’appui de cet industriel, féru d’innovation, que la société s’est installée, en mars 2020, dans un ancien magasin d’articles de pêche et de chasse à Arc-lès-Gray, au sud-ouest de la Haute-Saône. En 2022, Bernard Roy a revendu ses parts au couple, craignant que son âge avancé (83 ans aujourd’hui) freine le développement de la start-up en compromettant l’arrivée de nouveaux investisseurs.


(*) parmi lesquelles Dijon Céréales en Côte-d’Or, la Coopérative agricole de céréales (CAC) dans le Haut-Rhin et Limagrain dans le Puy-de-Dôme.

(**) Selon la définition de la Commission européenne, les biostimulants désignent « des fertilisants qui stimulent le processus de nutrition des végétaux indépendamment des éléments nutritifs qu’ils contiennent, dans le seul but d’améliorer une ou plusieurs caractéristiques des végétaux ou de leur rhizosphère (la zone du sol à proximité immédiate des racines, ndlr). »

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