Maillon incontournable de la filière viticole mais peu connu du public, les pépiniéristes spécialisés dans la vigne sont aux avant-garde du réchauffement climatique que rappelle le calendrier des vendanges, trente ans en arrière. Pépinières Guillaume, en Haute-Saône, fait partie des plus gros acteurs au monde, spécialiste du pinot noir. Découverte de ce métier avec Martine Delbos, co-dirigeante de l’entreprise familiale.

En trente ans, les vendanges ont pris trois semaines d’avance, alerte Martine Delbos. La co-dirigeante des Pépinières Guillaume à Charcenne (Haute-Saône) et l’une des femmes dirigeantes de l’édition 2019 du 60, le best de Traces Écrites News, ne fait pas que le constater. L’avancement du calendrier des vendanges guide depuis plusieurs années déjà le quotidien de l’entreprise familiale, spécialiste mondialement reconnue du greffage des plants de vigne. « Notre travail consiste à faire une sélection génétique des sarments à partir de sujets les plus remarquables pour produire des plants qui correspondent au vin que veut faire le vigneron, selon sa région d’implantation, et de plus en plus, qui anticipe le réchauffement climatique ; cela demande une vision à très long terme car un vignoble vit quarante ans », explique Martine Delbos.


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Le sujet de l’accélération du réchauffement climatique mobilise toute la filière du vin. Et les pépiniéristes viticoles sont aux avant-garde (*). Aux Pépinières Guillaume, huit ingénieurs travaillent sur la capacité d’adaptation de la vigne dans ses terroirs de prédilection ou des nouveaux, et sur des spécimens par croisements entre lignées de cépage. Le laboratoire est complété d’une serre où les greffons poussent en accéléré afin de tester la pousse des sélections. Et il y a même une petite installation de vinification qui produit des cuvées expérimentales.


L'évolution de carte des vignobles ne fait que commencer

Des vignobles naissent dans des contrées où, il y a encore 50 ans, la culture de la vigne aurait été considérée une hérésie. En Grande Bretagne, par exemple, où la plantation – non réglementée – a quadruplé la surface des vignobles depuis 2000 (**) et où les maisons de Champagne y investissent massivement pour faire des effervescents.
Réhabilité dans des vignobles du sud (Côte du Rhône, Australie), le cépage syrah, plus résistant au stress hydrique que le pinot noir, pourrait s’étendre à des vignobles plus septentrionaux.

 

Une sélection génétique à partir de plants qualitatifs

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Les greffons sont découpés sous forme de rameau à un oeil. © Traces Écrites
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Une paraffine hormonée recouvre totalement le greffon et le point de greffe pour le protéger et favoriser la reprise. © Traces Écrites
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Tri des boutures après un passage en chambre chaude et avant leur conditionnement. © Traces Écrites

La recherche qui s’appuie ponctuellement sur l’Inra, porte aussi sur les capacités de résistance des plants de vigne aux maladies (flavescence dorée, mildiou etc.) dans le but de limiter les traitements phytosanitaires. Pépinières Guillaume développe notamment des plants mycorhizés : pour renforcer les défenses immunitaires de la plante par le système racinaire, des mycorhizes – champignons qui s’installent naturellement sur les racines en pleine terre – sont inoculés avant la plantation des cépages.
En dehors du laboratoire, le métier des Pépinières Guillaume est très manuel, découvre t-on à la visite des ateliers. Une véritable fourmilière. Des petites mains habiles – des femmes pour la plupart – font des boutures en assemblant un bourgeon (la future partie aérienne du plan) sur un porte-greffe (la partie souterraine du plant). De mi-mai à début novembre, l’effectif d’une trentaine de salariés double de taille. Les greffes sont ensuite cultivées en pot ou en plein champ avant de le vendre aux viticulteurs.


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Aujourd’hui, Pépinières Guillaume (chiffre d’affaires de 14 millions d’€) produit plus de 20 millions de plants par an, vendus principalement en France et en Europe (avec l’Italie pour premier marché hors de l’hexagone), mais aussi depuis les années 2000, à travers des joint-venture, au Chili (5 millions d’€ de chiffre d’affaires) et en Californie (pour 1,5 million). Spécialiste du pinot noir, le cépage des vins rouges du vignoble bourguignon, l’entreprise s’est également implantée à Bordeaux, aux portes d’un autre vignoble prestigieux.

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Greffons livrés avec des racines nues. © Traces Écrites
Qui est Martine Delbos ?

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Martine Delbos, co-dirigeante des Pépinières Guillaume dans la serre de plants en pots.
© Traces Écrites
Troisième génération de la famille Guillaume, pépiniériste depuis 1895 à Charcenne, en Haute-Saône, village à l’écart de la route de Dijon à Vesoul, Martine Delbos est membre du directoire des Pépinières Guillaume, avec son frère aîné Pierre-Marie, ingénieur agronome et commercial, son cadet Henri Xavier qui s’occupe du vignoble attenant (des vins tranquilles en IGP Vins de Pays de Franche-Comté et des vins effervescents), et son mari Christophe Delbos, responsable de la production.
Elle, gère l’administratif, la finance et le personnel. Elle fut la première de la fraterie à rejoindre leur père en 1982. Diplômée de l’École de Commerce de Dijon avec une spécialité en droit fiscal, elle avait saisi l’opportunité du départ du comptable pour rallier un univers qui lui était familier depuis son enfance : « J’ai grandi à l’ombre des plants de vigne », dit-elle.
La lignée va perdurer. Deux de ses enfants sont déjà dans l’entreprise, Vincent Delbos comme technico-commercial pour la Bourgogne et François Guillaume, gestionnaire du site californien. Martine Delbos est également administratrice de la Banque Populaire de Bourgogne-Franche-Comté et est récemment entrée au réseau Entreprendre Franche-Comté comme accompagnante de porteurs de projet.

(*) La pépinière viticole française représente près de 40 % de l’offre européenne. Le dernier bilan indique une progression à  232 millions de plants mis en oeuvre en 2017 contre 225 millions l’année précédente.  Source : Fédération Française de la Pépinière Viticole.

(**) Le vignoble de Grande Bretagne s’étend sur 3.578 hectares et produit 15,6 millions de bouteilles, aux 2/3 des vins effervescents. La surface a quadruplé depuis 2000, pour un tiers en pinot noir et autant en chardonnay. Source : Wines GB, association professionnelle de promotion des vins de Grande Bretagne.

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