Le fabricant de toiles de chanvre prépare un grand bond en avant de son activité, par un décuplement de sa capacité qu'il compte installer début 2026 à Lézinnes (Yonne). Il a réuni le quart du financement par les soutiens publics en tant que lauréat du dernier appel à projet « Première Usine ». Le projet permettra d'assurer la première étape de transformation du chanvre par le biais d’un procédé innovant et naturel, que Géochanvre travaille à installer sur le marché, en alternative au plastique, principalement pour les cultures. Ces évolutions devraient lui permettre d'ajouter 10 emplois à son effectif de 15.
Comme la Belfortaine Mincatec Energy dans l'hydrogène, Géochanvre vient de remporter la dernière édition de l'appel à projets « Première usine » du plan France 2030, destiné aux start-ups et PME innovantes en voie d’industrialisation. La société de l'Yonne, fabricante de toiles de chanvre, obtient 6 millions d’aides de l’État (60% en subvention et 40% en avance remboursable) sur les 24 millions que nécessitent son projet industriel qu'elle va implanter début 2026, grâce à des travaux courant 2025, dans l’ancienne cimenterie Lafarge de Lézinnes, la commune où elle-même est déjà installée. Pour son financement, l’entreprise au chiffre d’affaires de 2,5 millions d’euros se lance dans une nouvelle levée de fonds.
Le projet prévoit de construire 300 m2 de bâtiments avec une nouvelle ligne de production plus moderne de 4 mètres de large contre 1,8 mètre actuellement. Il vise un objectif de 20 millions de m2 de toiles par an, soit une multiplication par dix des capacités actuelles. Géochanvre, qui compte 15 salariés, prévoit le recrutement de 10 collaborateurs supplémentaires
Dix ans après sa création, ce bond en avant va permettre au fabricant icaunais de travailler la première transformation du chanvre à travers le procédé d’hydroliage qui consiste à lier les fibres végétales par une projection d’eau à haute pression. Le liquide passe dans de petits orifices de 10 microns, sans utiliser de Velcro, de colle ou de liant. Il s'agit d'une technologie innovante que Géochanvre a brevetée au niveau international. Cette transformation à base d’un élément naturel comme l’eau génère des produits 100% biodégradables et compostables.

Frédéric Roure, le président fondateur de Géochanvre, oeuvrait sur des ouvrages de génie écologique dans une autre entreprise. En 2011, convaincu par le bienfait de son procédé naturel pour l’agriculture, il déniche des machines d’occasion aux quatre coins de l’Europe pour près de 2,5 millions d’euros.
La production démarre en 2018. L’usine commence par fabriquer des rouleaux de chanvre pour le secteur agricole et les espaces verts. Les toiles de chanvre sont posées au sol afin d'être utilisées en cultures et plantations : elles se dégradent naturellement dans leur terrain d'accueil en contribuant à le nourrir. En 2020, la société s’équipe de deux découpeuses laser haute technologie qui permettent aussi de personnaliser les toiles. « Nous produisons entre 800 et 1.000 kilomètres par an de rouleaux de toile végétale pré-percée », souligne le dirigeant.
Faire bouger les lignes de la législation

Sur un marché international où la concurrence recourt au plastique, l’entreprise icaunaise se démarque par ses produits biodégradables certifiés par l'organisme Ecocert. Mais ils sont aussi plus chers, ce qui représente un défi dans une compétition décrite comme rude par le dirigeant. « Le problème réside dans le fait que le métier n’est pas très normé, et qu’il n’y a pas d’étiquetage obligatoire indiquant la présence de plastique. Certains vous présentent des produits 100% chanvre alors qu’ils n'en contiennent que 5% »,constate-t-il.
Frédéric Roure place ses espoirs dans le changement de mentalité, une prise de conscience qui puisse provoquer une modification de la législation, dans un sens favorable aux solutions naturelles. Les pays nordiques commencent à y réfléchir et se posent davantage la question de la présence des microparticules de plastique. Car, ajoute le président de Géochanvre, « lorsque vous avez des toiles avec du plastique utilisées pour l’agriculture, 100% de celui-ci se retrouve sur les salades qui poussent dessus. On ne se rend pas compte que tout ce que l’on met comme matière sur le sol, on la mange ensuite. »
Une diversification à venir
En attendant l'évolution du cadre juridique, Géochanvre a déjà su se faire connaitre et remarquer dans d’autres domaines. Durant la période du Covid, elle a fabriqué 2 millions de masques, ce qui lui avait valu un important coup de projecteur médiatique. A partir de cette circonstance exceptionnelle, la PME a obtenu des certifications qui lui permettent aujourd’hui de travailler d’autres types de produits dans le domaine de la filtration, par exemple pour des hottes aspirantes.
Elle se mobilise aussi depuis 2021 dans le domaine des ponts et chaussées avec l’Agence nationale de la recherche (ANR) sur un dispositif qui vise à remplacer les sous-couches routières par des toiles de chanvre épaisses. Sa gamme d'offre comprend également emballages, sacs, produits d'isolations phoniques ou encore nouveaux revêtements pour remplacer les moquettes en plastique des salons professionnels. Sur la partie couture de ses produits, l’entreprise fait intervenir des personnes en situation de handicap des Esat proches (établissement et service d’aide par le travail) de Tonnerre et de Chenay.





























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