L’entreprise à capitaux allemands a inauguré, ce 23 janvier, une ligne de fabrication de produits contre l’incontinence à Lièpvre. L’investissement porte à 50 millions d’euros les moyens consacrés depuis cinq ans à l’extension de capacités du site de 450 salariés au pied des Vosges, après le lancement de nouveaux pansements hydrocellulaires. Sous leur apparente simplicité, ces fabrications cachent un degré de technologie insoupçonné. Hartmann forme ainsi depuis le Centre-Alsace un pôle de référence en Europe dans les dispositifs médicaux, pour sa spécialité.


Le MCM-6 ne désigne pas un nouveau modèle d’arme qui serait bourré d’électronique, mais le nom de code donné par la société Paul Hartmann à Lièpvre (Haut-Rhin) ) à sa nouvelle ligne, inaugurée ce 23 janvier, de production de slips absorbants contre l’incontinence urinaire. Aucun rapport entre les deux ? Pas tout à fait. La nouveauté du fabricant de produits de soins a certes tout ce qu’il y a de plus pacifique, mais concernant son concentré de technologie, elle n’a rien à envier à des activités plus spontanément identifiées comme tournées en permanence vers l’innovation.

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant qu’une enveloppe d’investissement de pas moins de 25 millions d’euros a été nécessaire à la mise en route de cet outil de production. Et l’entreprise estime ne pas en avoir fait tout le tour. Il a été installé à l’été 2024, mais « il nous faut nous roder encore pendant 3 à 5 mois pour en prendre la pleine mesure », estime Joël Thirion, responsable d'unité de production. Sur le total engagé, 21 millions d’euros ont été consacrés aux équipements et 4 millions d’euros à la rehausse de leurs surfaces d'accueil.

 

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Le bâtiment concerné a en effet dû gagner 8 mètres de hauteur pour faire entrer l'élement principal, une machine de production à partir de cellulose dont les dimensions rappellent celles des grandes papeteries. Entièrement automatisée, conçue pour réintégrer les chutes de production, la ligne s’étire sur une longueur de 100 mètres. Son process commence par assouplir la cellulose rigide « jusqu’à lui faire ressembler à du coton », compare Joël Thirion. Diverses autres étapes aboutissent à un produit voulu beaucoup plus confortable et efficace que l’offre actuelle du marché.

 

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L'outil de tansformation de la cellulose qui démarre le process de fabrication des nouveaux produits contre l'incontinence présente des dimensions qui rappellent celles des grandes machines à papier. © Mathieu Noyer


Un sujet on ne peut plus sérieux et d’ampleur, l’incontinence touchant plus ou moins fortement 5 millions de personnes rien qu’en France. La nouveauté Hartmann propose un slip discret à l’opposé d’une couche complète, s’adaptant au corps de celui ou celle qui le porte, doté d’un canal drainant conçu pour éviter les irritations, etc. « Nous avons travaillé à une innovation qui respecte la dignité des personnes. Concrètement, elles peuvent se rendre aux toilettes avec leur déambulateur, lorsqu'elles se déplacent avec un tel appareil », expose Laurence Fragnol, cheffe de produits.

Ce nouveau produit répartit ses ventes entre l’utilisation « de ville » - les pharmacies ou l’achat direct – et celle « en institution » : Ehpad, maisons d’accueil spécialisées, hôpitaux…Sa ligne emploie 45 personnes, qui figuraient déjà parmi les effectifs de Lièpvre.

 

Un savoir-faire né en 1818

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La nouvelle ligne a été inaugurée le 23 janvier 2025 par les responsables du site Hartmann autour du directeur Christophe Gehl (4ème à partir de la droite) et les élus emmenés par Franck Leroy, le président de la région Grand Est (à sa gauche). © Mathieu Noyer


Le développement de l’activité s’opère sans vague d’embauche particulière, ainsi qu’il en fut pour les 35 salariés de la ligne résultant du précédent investissement de 2018 à 2023 : des pansements hydrocellulaires siliconés. Ceux-ci avaient mobilisé le même montant d’investissement de 25 millions d’euros. Ils sortent d’une autre imposante machine de 60 mètres de long et 7 mètres de hauteur, et sont eux aussi très « techno » dans leur conception. « Le silicone utilisé résulte d’un développement initial pour l’industrie automobile par Safran, au sein d’une filiale de ce groupe, que nous avons rachetée », met par exemple en exergue Christophe Gehl, le directeur de l’usine.

Selon le fabricant, ces pansements « au pouvoir absorbant très supérieur » à leurs concurrents sont particulièrement bien adaptés aux plaies « exsudatives » (générant beaucoup de liquide) et qui menacent de s’étaler. Elles trouvent leur marché : « nous avons démarré à une équipe et allons passer à trois cet automne, en mode 24h sur 24 », indique le directeur. Ce qui portera la capacité de production à quelque 200.000 unités par jour, de différentes formes et formats de 8x8 à 25x20 cm.

Ces nouveautés viennent perpétuer le savoir-faire historique de l’usine alsacienne et de son groupe allemand d’appartenance dans les pansements et autres dispositifs stériles contre les plaies. Le nom de l’entreprise est associé à celui de la gaze, Hartmann étant née outre-Rhin en 1818 au moment de la découverte des propriétés du coton à se transformer en cette forme à usage sanitaire. Les compresses ont ainsi procuré son essor au site alsacien, qui en constitue le dernier fabricant français.

 

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Place forte de sa maison-mère, l’usine de Lièpvre n’en a pas moins dû démontrer sa légitimité à accueillir la nouvelle machine pour les produits contre l’incontinence : elle en abrite le premier exemplaire, avant l’Allemagne qui suivra prochainement. « Nous avions la place au sol, mais pas en hauteur, d’où l’investissement immobilier pour l’aménagement du bâtiment. Nos équipes ont prouvé au groupe leur capacité à pouvoir piloter un tel type de ligne », précise Christophe Gehl. En outre, le site alsacien jouit de sa situation géographique au cœur de l’Europe, sa production étant destinée aux marchés français comme étrangers.

Les postes de production représentent un effectif de 360 personnes. Voisin de celui de Châtenois (Bas-Rhin) installé à l’entrée de la même vallée sous-vosgienne de Sainte-Marie-aux-Mines, le site de Lièpvre emploie au total 450 personnes, sur le millier de collaborateurs (fabrication, logistique, fonctions commerciales et de support) de Hartmann France à l’origine d’un chiffre d’affaires annuel d’un peu plus de 400 millions d’euros. Le groupe, familial, compte au total environ 10.000 personnes pour un chiffre d’affaires de 2,3 milliards d’euros.

 

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Les slips absorbants de dernière génération sont distribués en pharmacies mais peuvent aussi être achetés en direct. Hartmann France en approvisionne également les hôpitaux et résidences pour personnes âgées autonomes ou non. © Mathieu Noyer

 

 De l’ergonomie conçue avec le CHU de Dijon

Hartmann France veut procurer des soins aux utilisateurs de ses produits, mais il cherche aussi à en apporter aux personnels qui les appliquent. A ce titre, lors de la visite inaugurale du 23 janvier, le fabricant a mis en exergue la refonte d’équipements qu'il a conçue avec le CHU de Dijon Bourgogne. Elle aboutit à diminuer de 20 % l’effort musculaire des personnels chargés de changer les personnes souffrant d’incontinence, qui peuvent être lourdes ou requérir des sollicitations partuculièrement importantes du fait d’une faible autonomie.

Cette diminution de pénibilité « a été mesurée avec précision, au moyen de capteurs sur le corps des soignants. Elle répond à l’enjeu de la lutte contre les TMS (troubles musculo-squelettiques) qui forment l’un des freins au recrutement du personnel dont les établissements de soins ont tant besoin », relève Christophe Gehl.

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