Le logisticien a lancé et appliqué sur son site de Mommenheim (Bas-Rhin) plusieurs actions de prévention de la santé et de la sécurité des collaborateurs qui utilisent les derniers outils digitaux. Au seul service de l’amélioration de l’environnement du personnel, insiste-t-il. Ces initiatives lui ont valu le trophée des « Leaders bienveillants » en 2023 auprès de Preventica, le salon des solutions de santé et qualité de vie au travail qui fera étape du 18 au 20 juin prochain à Strasbourg.
Non, ce n’est pas un avatar qui bouge sur l’écran en traçant de grands faisceaux jaunes. Mais bien une opératrice de FM Logistic à Mommenheim (Bas-Rhin). Elle se prête à l’exercice du décorticage de dix de ses mouvements, dix jours durant. Tout va être mesuré, fraction de seconde par fraction de seconde: l’inclinaison du dos et du cou, l’élévation des bras, les angles des mains, les torsions de l’épaule, le mouvement des jambes, etc.
Non pour la fliquer, mais pour son bien, assure l’entreprise : FM Logistic souhaite par là-même déterminer les améliorations possibles du poste et des gestes des salariés eux-mêmes dont la posture initiale (être trop courbé, etc.) peut aussi influer. Ce dispositif installé récemment sur la plateforme logistique illustre l’entrée de la prévention santé-sécurité au travail dans une nouvelle ère, celle de l’intelligence artificielle.
Le terme ne manque pas d’effrayer et de susciter les fantasmes. Alors à Mommenheim, on s’attache à rassurer. « L’opérateur/opératrice a accès à toutes les informations en temps réel. En fin de journée, il ou elle effectue un scan à partir du capteur qui a été posé sur son bras ou dans le haut de son dos pour obtenir une synthèse et ainsi pouvoir tirer ses propres conclusions. Le personnel devient acteur de sa prévention », souligne Baptiste Tuillier, responsable de comptes chez Soter Analytics. « On ne peut améliorer que ce que l'on mesure : la donnée est indispensable. Elle est produite en quantité de sorte à devenir la plus riche possible en conclusions et en pistes de progrès », poursuit Audrey Thum, directrice du développement durable de FM Logistic France.
L’outil fait partie d’une importante batterie d’initiatives mises en place ces derniers mois ou années sur le site de 110 salariés qui se déploie sur 36.000 m2. Comptant Mars, les sticks de Dr.Oetker et l'amidonnerie Roquette parmi ses clients principaux et historiques, il forme la plus récente (ouverte en 2020) des 36 plateformes logistiques françaises (1,7 million de m2 de surfaces cumulées) du groupe familial originaire de Phalsbourg (Moselle). Celui-ci y conserve son siège, alors même qu’il est devenu un acteur mondial de sa spécialité avec son effectif de 28.000 salariés et son chiffre d’affaires d'1,7 milliards d’euros lors de son exercice 2022/23 clos le 31 mars 2023 (*).
Réalité augmentée contre le feu

La plateforme bas-rhinoise fait appel à d’autres technologies : la réalité virtuelle, ainsi que la réalité augmentée. Celle-ci permet par exemple de simuler en configuration très réaliste un départ de feu pour l’exercice de son extinction, en programmant des origines diverses d’incendie : batterie au lithium, essence, palette de bois…« L’important, c’est d’observer et d’analyser la manière dont la personne manie l’extincteur, l’efficacité de son geste, la distance qu’elle maintient par rapport au foyer », souligne Corentin Valsak, ergonome chez FM Logistic.
Selon l’entreprise, cette simulation - conçue avec la société Immerse Factory - est plus pertinente que le traditionnel exercice en extérieur, et ce pour une raison simple : « le feu, il se combat non pas hors des entrepôts, mais à leur intérieur. S'exercer à l'air rend tributaire de conditions météorologiques qui n’interfèrent pas en fait dans la réalité », poursuit Corentin Vlasak.
Le potentiel du smartphone ne manque bien sûr pas non plus d’être exploité. C’est ainsi que le logisticien a mis en place une application de remontée d’informations, FM Loop. Chaque collaborateur peut y signaler une anomalie - une palette qui traîne et vient se camper au milieu d’un axe de circulation piétonne par exemple - la localiser, la photographier et ainsi la faire consigner dans une base de données. Celle-ci suit le traitement du problème. Dans l’autre sens, elle recense l’ensemble des idées d’amélioration qui émanent du personnel. L'entreprise se fait sienne la pyramide de Bird, concept postulant que plus on identifie des situations à risques, plus on les corrige.
Mommenheim forme ainsi une figure de proue des actions de prévention et d’amélioration des conditions de travail mises en place à l’échelle de FM Logistic France, « auxquelles nos organisations syndicales sont pleinement associées », souligne Myriam Reeb, directrice du site.
A ce plan d’actions, il fallait un cadre, et autant que faire se peut, des acronymes pour aider à faire passer les messages. Le groupe de logistique n’a pas échappé à la tendance. C’est ainsi qu’il a formulé sa politique à partir de fin 2021 dans un programme appelé BESST, contraction de Bien-Être, Santé et Sécurité au Travail.
Taux de fréquence d’accidents très inférieur à la moyenne

Ce plan-guide se décline en cinq leviers d’action résumé dans l’acronyme suivant FAIRE : Former - Animer (comme l'exercice sur des cas de routine à l'instar du maniement de l’extincteurs, et sur d'autres événements) - Innover (l’appel à l’intelligence artificielle), Responsabiliser et reconnaître (les signalements via FM Loop entre autres) et Equiper, en matériel d'amélioration des conditions de travail.
Le premier point repose à nouveau sur les dernières recherches : celle des neurosciences. Mais en s’efforçant de démythifier, là encore. « Nous organisons des formations sous forme de jeux en faisant appel à l’attitude naturelle de la récompense mentale par le fait de participer et gagner, la gamification si l’on veut parler jargon », souligne Corentin Vlasak. Le principe s'applique aux sensibilisations aux addictions, qui s’opèrent en reproduisant un jeu de l’oie. Elles comportent une journée obligatoire, « mais pour le reste, nous évoluons dans le registre de la proposition, rien n’est imposé », précise Audrey Thum.
Toutes ces initiatives poursuivent un but ultime : réduire le nombre d’accidents et parvenir au zéro accident grave. Mommenheim suit cette voie, d’année en année. Le site rapporte avoir diminué son accidentologie de 15 % en 2023. Son taux de fréquence le place nettement sous la moyenne du secteur de la logistique qui oscille entre 30 et 40. Le site a affiché un chiffre de 7,75 (**) durant le dernier exercice. L’ensemble des sites français du groupe, eux, s’inscrivent dans la fourchette de la filière, avec un taux de 36. L’autre indicateur-clé, le taux de gravité, est davantage susceptible de varier d’une année à l’autre, selon qu’un accident plus grave intervienne ou pas. L’an dernier, il s’est affiché à 2,7, dans la fourchette haute du secteur.

Les actions menées par FM Logistic ont été distinguées par Preventica qui a désigné l’an dernier l’entreprise comme « Leader bienveillant. » Ce salon est devenu en plus de 25 ans ans le rendez-vous de référence en France des équipements et solutions d’amélioration des conditions de travail. Plusieurs milliers voire dizaines de milliers de visiteurs fréquentent chacune de ses étapes passant par les métropoles.
Cette année, avant Lyon en octobre, le tour de France de Preventica passe par Strasbourg, du 18 au juin. Quelque 10.000 visiteurs sont attendus pour suivre 180 conférences et rencontrer 500exposants, offreurs de solutions matérielles et organisationnelles. Mais « parce que l’enjeu de la santé-sécurité au travail est permanent » Preventica regroupe aussi une très vaste plateforme digitale riche en webinars divers et variés, véritable banque de données de formation et information. « Cet outil digital est né peu avant la crise sanitaire, mais celle-ci en a bien sûr augmenté la pertinence qui se confirme dans le temps plusieurs années après », relève le président-directeur général de Preventica, Eric Dejean-Servières.
(*) 6.400 salariés en France (40 % de femmes) pour un chiffre d’affaires de 582 millions d’euros lors de l'exercice 2022/23. Ce montant se répartit entre les prestations de stockage-manutention (67 %), d’organisation de transport et plus marginalement du transport lui-même (19 %) et le copacking (14 %). Au niveau des secteurs de clientèle, l’agro-alimentaire représente 33 %, suivi de la grande distribution généraliste ou spécialisée (23 %), des produits de soins et entretien (17 %) et de beauté et soins (12%), de l’industrie (10 %) et de la santé-pharmacie (5 %).
(**) nombre d’accidents multiplié par le nombre d'heures travaillées et divisé par 1 million.









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