Après un travail de recherche conséquent qui lui a permis de séparer le polyamide d’autres matières pour créer un nouveau fil, Écollant se lance dans l’industrialisation de son procédé innovant. Investissant 5 millions d'euros, l'entreprise ouvrira en 2026 une usine à Joigny (Yonne) pour recycler ce matériau technique complexe, encore très peu valorisé dans l’économie circulaire européenne. À l’occasion de cet événement majeur à l'échelle de toute la filière du recyclage textile, elle adopte une nouvelle identité en se rebaptisant REC.
Dans un ancien site de chimie de 1.800 m², surnommé localement « le paquebot », REC va prendre son nouveau rythme de croisière, à Joigny (Yonne). Les premières machines seront livrées début 2026 pour la phase pilote de l’activité innovante de la société jusqu’alors dénommée Écollant : le recyclage de polyamide. La montée en puissance est pensée de manière progressive mais rapide : la production de 50 tonnes est prévue en 2026 le temps de se roder, pour passer à 1.000 tonnes en 2027 et jusqu’à atteindre 5.000 tonnes en 2028, soit la capacité maximale du site.
Cette trajectoire industrielle s’accompagne d’une structuration des équipes. L’effectif devrait compter 18 salariés en 2026, répartis autour de quatre pôles: la production, la recherche-développement, le développement commercial et la communication. REC engage un programme d’investissements de 5 millions d’euros combinant machines, ingénierie et développement des procédés. Une levée de fonds est actuellement en cours afin de mobiliser 2 millions d’euros, complétés par 2 millions d’avances remboursables.
« Nous avons voulu faire travailler simultanément les laboratoires, les ingénieurs et le marché simultanément, car trop de projets s’arrêtent faute d’avoir pensé au débouché commercial », analyse Laurent Trognon, fondateur de l’entreprise
De fil en aiguille, un procédé qui s’industrialise

Créée en 2019 par cet ancien joueur de rugby reconverti dans le commerce, Écollant est née d’un constat pragmatique. « À l’origine, j’étais confronté à mes propres déchets de collants avec ma marque Divine Paris, alors que, dans le même temps, la matière première coûtait de plus en plus cher », raconte-t-il. Pourtant la démarche n’était pas simple. Le polyamide, dérivé de la pétrochimie, est réputé beaucoup plus difficile à recycler que le polyester. « C’est une matière moins utilisée, plus chère, donc moins volumique, mais qui présente des qualités mécaniques supérieures », souligne le fondateur.
Accompagnée par la Région Bourgogne–Franche-Comté, le pôle de compétitivité Polymeris basé dans l'Ain et l'école d'ingénieurs INSA de Lyon, l’équipe a mené pendant cinq ans des travaux de recherche autour d’Agathe Rouzaud, la responsable des opérations. En 2024, une étape décisive a été franchie : la start-up est parvenue à extraire le polyamide de collants usagés, à le transformer en fil, puis à le tricoter. Il en ressort une qualité équivalente à celle d’un fil vierge. Le procédé fonctionne sans dépolymérisation chimique lourde, à la différence d'autres. « Nous recyclons des matières complexes, multi-composants, là où la plupart des acteurs se limitent à la transformation des produits 100 % polyamide », insiste Laurent Trognon.

Longtemps cantonné à une croissance annuelle d’environ 6 %, le marché mondial du polyamide affiche désormais une progression proche de 12 % par an. Elle est tirée notamment par l’automobile, qui concentre près de 55 % de ses usages (airbags, ceintures, sièges, pièces techniques de véhicules). Or, en Europe, la matière est importée pour l’équivalent d’une valeur de 6 milliards d’euros chaque année. Les banques ne s’y sont pas trompées « ce sont elles qui nous ont poussés à industrialiser, en nous disant que nous avions de l’or entre les mains », confie le fondateur. Outre ce potentiel économique, « chaque tonne recyclée est une tonne qu’on n’extrait pas du sol », résume le dirigeant.
Ouverture à d'autres produits
Le polyamide se négocie aujourd’hui entre 3.500 et 4.000 euros la tonne. REC prévoit une sortie produit autour de 4.500 euros sous forme de granulés ou de matière destinée au filage qu’elle envisage de sous-traiter. L’entreprise a déjà sécurisé la collecte de plus de 100 tonnes de collants usagés, grâce à un réseau de 80 partenaires (récupérateurs, hôtels, entreprises). Elle travaille désormais à intégrer la lingerie, les maillots de bain et surtout les textiles de sport, riches en polyamide et plus denses.
Le changement de nom marque une nouvelle étape. Alors qu’Écollant était forcément connoté en rapport avec le collant, « REC nous permet de nous ouvrir à tous les produits contenant du polyamide, en France comme à l’international », explique Laurent Trognon. L’entreprise est également portée par le cadre réglementaire : depuis octobre 2025, l’affichage environnemental textile est obligatoire en France, et l’État encourage l’intégration de matières recyclées. « Nous montrons qu’il est possible de créer de la valeur économique tout en répondant à des enjeux environnementaux majeurs », conclut le fondateur.
Dans un secteur encore largement dépendant des importations, REC entend bien faire du recyclage du polyamide un pilier de la réindustrialisation circulaire française.







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