La start-up travaille à la confection d’un collant recyclé d’ici à trois ans. Durant la phase de recherche, elle conçoit des vêtements en polyester recyclés, dans la foulée de l’ouverture, en ce début d’année, d’une boutique en ligne pour vendre les produits de sa propre marque : « Révélation ».


Le projet d’Ecollant est né d’un constat de gaspillage : en France, il se jette chaque année presque autant de paires de collants (104 millions, soit plus de 7.000 tonnes) qu’il s’en vend (130 millions). Les consommatrices s’en débarrassent très vite, au bout de deux ou trois usages seulement pour 40 % d’entre elles, selon l’association HOP (Halte à l’obsolescence programmée).

Pour changer les pratiques et les rendre plus vertueuses, Ecollant travaille à mettre au point un collant à partir de modèles usagés, depuis Auxerre (Yonne) où cette jeune pousse est basée. Son objectif implique de réunir prouesse technique, dimensions esthétique et écologique.

 

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Sur le premier point en effet, les collants sont rendus difficilement recyclables par leur composition même : un fil d’élasthanne entouré de nylon, qu’il est impossible de séparer mécaniquement. L’obstacle n’a cependant pas arrêté Laurent Trognon, fondateur de l’entreprise auxerrois Divine Paris qui a été à l’origine de la création d’Ecollant en 2019 : « les femmes ne se « défilent » plus, elles attendent des produits éco-responsables et recyclables, sans pour autant sacrifier leur beauté », analyse-t-il.

 

Un objectif de filière industrielle régionale autour du collant

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La jeune entreprise est installée dans le technopôle AuxR_Green Lab, un bâtiment conçu sur pilotis.


La start-up s’est constituée en SAS et pour lancer le projet, son fondateur a recruté Eric Delafontenelle comme président et Agathe Rouzaud comme directrice des opérations. Elle a déjà mis au point des maillots de bain en polyester recyclé issu de bouteilles en PET pour une marque française. Une façon de se roder sur le système de production.

Malgré la période de confinement, l’entreprise a réalisé un premier chiffre d'affaires de 190.000 € en 2021 en mode marque blanche, puis 1 million d'€ l’année dernière. Galvanisée par cette réussite, ellee s’est décidée à sortir les produits de sa propre marque « Révélation, la marque sincère », une collection de chaussettes en polyester recyclé, fabriquées en France. L’ouverture de la boutique en ligne est prévue en ce début d’année 2023. La société espère, cette année, atteindre un chiffre d’affaires de 2,5 millions d'€ (dont 500.000 € en marque propre).

Ecollant projette, à terme, de monter une filière industrielle sur le collant en Bourgogne-Franche-Comté, de la collecte de matière première jusqu’au produit fini.  

 

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Elle est installée à Auxerre dans le technopôle AuxR_Green Lab, un bâtiment écologique conçu sur pilotis de la communauté d'agglomération de l'Auxerrois. La recherche est très développée au sein d’Ecollant. Biologiste de formation spécialisée dans le développement durable, Agathe Rouzaud a notamment travaillé sur le biomimétisme chez Décathlon. L’entreprise s’appuie sur les compétences de son effectif de 6 équivalents temps plein, et en particulier sur ses chercheurs : Pilar, ingénieure en biotechnologies, spécialiste en optimisation des procédés verts en chimie, et Matheus, ingénieur spécialisé en polymères.

« Nous travaillons sur la façon dont la science peut se mettre au service de la mode en conservant ce que les femmes aiment. Nous créons des couleurs bio-inspirées, c’est à dire des teintes qui existent réellement dans la nature. Toutes sont ensuite analysées sur l’ensemble de leur cycle de vie afin d’en limiter leur impact environnemental », décrit Agathe Rouzaud. C’est ainsi que la « marine abyssale » ou encore le « hibou cendré » forment quelques-unes de ces couleurs « maison ».  

 

Développer la collecte dans les entreprises RSE

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Ecollant a instauré un dispostif de récupération des collants usagés.


Pour son laboratoire de recherche et ses développements industriels, Ecollant a besoin de beaucoup de matière première. Elle s’est donc lancée dans un programme de collecte qui repose sur plusieurs partenaires. L’Urssaf de Bourgogne fait partie des pionnières du dispositif de récupération. Les utilisatrices peuvent aussi remettre leurs collants usagés dans une épicerie solidaire à Auxerre, directement à l’AuxR_Green Lab, ou encore dans une friperie à Gurgy (Yonne). En décembre dernier, en lien avec Divine Paris, la marque a investi des supermarchés Auchan et Leclerc avec des animatrices qui ont informé les femmes sur la possibilité de ramener la matière en magasin. La start-up s’est aussi associée à des récupérateurs textiles comme Gebetex en Centre-Val-de-Loire et Origin (Poitou-Charentes).

Car au-delà du besoin en matières premières, les collectes permettent d'effectuer un travail éducatif auprès des femmes pour éviter que leurs collants partent à la poubelle. Ainsi, depuis 2021, 500 à 600 kilos de matière sont récupérés chaque mois. Pour développer les volumes, Ecollant travaille aujourd’hui sur le développement de cette pratique,  comme axe de la politique RSE des entreprises et collectivités. « On s’est rendu compte que le lieu de travail pouvait constituer un endroit approprié où les femmes ramèneraient leurs collants », souligne Agathe Rouzaud.

 

Des aides à sources multiples

 Ecollant a obtenu de nombreux prix et soutiens financiers, dont le programme Deeptech de Bpifrance en février 2022 dédié aux besoins en recherche et développement. Ses autres aides proviennent de l’Ademe au titre de plusieurs appels à projets (*), de l’ANRT (Association nationale de la recherche et de la technologie) à hauteur de 42.000 € sur 3 ans dans le cadre du recrutement d'une étudiante en thèse, de BpiFrance soit 40.000 € du Fonds régional de l’innovation pour la réalisation du premier prototype de maillot de bain, du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté (dispositif Digit Pass : 10.000 € sur la stratégie digitale de la marque), du programme régional Presta'Inno (financement de 8.000 € sur la R&D et les études de faisabilité), de l'agence départementale Yonne Développement via son fondsMut'Eco 89 à hauteur de 2.000 € pour les recrutements, ainsi que d’un prêt d’amorçage de BpiFrance. 

 

(*) EETE (entreprise engagée pour la transition écologique) 100.000 € pour la commercialisation de la propre collection 100 % recyclée ; Orplast (Objectif Recyclage Plastiques) de 100.000 € pour les recherches ; Etude d’écoconception des produits et des services (93.000 €) ; Acccélérateur à projets économie circulaire : 64.400 € en 2020 ; Tremplin pour la transition écologique des PME au titre des outils d’éco-conceptions à mener en industrie : 5.000 €

 

Photos fournies par l'entreprise.

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