Le confectionneur textile Contino met actuellement en service 33 automates de couture dans ses ateliers d’Uxegney (Vosges). Grâce à cet investissement d’un demi-million d’euros, la PME familiale va concentrer la dextérité de ses opératrices aux projets complexes et elle espère rendre le « made in France » davantage accessible en terme de prix de vente. Une belle manière de célébrer les dix ans de sa marque L’Usinier français.


Alors que la commune d’Uxegney (Vosges), près d’Epinal, s’apprête à mettre un point final à un siècle d’épopée textile – elle achève la reconversion de 5 hectares de friches d’entreprises qui ont fermé les unes après les autres –, la société Contino continue d’y perpétuer un tel savoir-faire. Ses effectifs de 18 salariés n’ont certes rien à voir avec l’âge d’or de cette industrie au siècle dernier, mais l’envie d’Elodie Contino, 34 ans, aux manettes de l'entreprise de confection, est communicative. Et sa conscience de l’importance d’améliorer la compétitivité de ses ateliers, aiguë.

 

Cessions aquisitions

 

A ce titre, la société (chiffre d’affaires de 1,1 millions d’euros en 2024) vient de réceptionner, fin avril, 33 automates de couture, pour l’acquisition desquels elle a déboursé 500.000 euros. « Nous faisons de la confection, autrement dit nous découpons, cousons et personnalisons des pièces de prêt-à-porter, des assises de fauteuils médicalisés ou des housses de sièges de cinéma. Mais nous ne fabriquons pas de tissu », précise d’emblée la dirigeante. « Actuellement, les pays à bas coûts sont capables de confectionner des T-shirts pour un prix de revient d’un euro. Ce n’est même pas deux minutes de travail pour une de mes couturières ! », compare-t-elle.

Les nouveaux équipements automatisés vont permettre d’abaisser les coûts du « made in Vosges » et de réserver les mains habiles des opératrices pour les moutons à cinq pattes. Derrière une machine à coudre professionnelle de l'atelier de 6.400 m2, l’une d’elles fait une démonstration de vitesse impressionnante : la couture d’une housse d’accoudoir pour fauteuil de cinéma. Cependant, l’entreprise peine à recruter de tels profils de couturières. Pendant un an et demi, elle a cherché à embaucher une cheffe d’atelier de confection, en vain.

 

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Les couturières de Contino possèdent un savoir-faire reconnu dans la fabrication de housses pour fauteuils de cinéma. © Philippe Bohlinger


« Outre la réduction des coûts, les automates présentent l'avantage de pallier nos difficultés de recrutement. En effet, aucune expérience de couturière n’est requise pour les faire fonctionner », détaille Elodie Contino. La robotisation de la production qui se renforcera ainsi est déjà mise en œuvre via trois spectaculaires machines de découpe à commande numérique, capables d’optimiser la position des pièces sur les tissus.

 

Sous-traitant pour Puma

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L’entreprise est installée dans 6.400 m² à Uxegney, ancienne cité textile des Vosges. © Philippe Bohlinger


Contino souhaite ainsi étendre ses activités dans le prêt-à-porter. Ses tissus proviennent de fabricants vosgiens comme Tissage de France, Telatex ou Tissage Mouline Thillot, et d'autres fournisseurs français. La matière première est parfois étrangère aussi, certains clients se chargeant eux-mêmes de fournir les grands rouleaux textiles.

Depuis trois ans, l’entreprise réalise les gammes « made in France » de l’équipementier sportif Puma. Une jolie référence. Elle confectionne également 200 jeans par mois pour la marque éco-responsable Ecclo. Le concept ? Recycler les stocks dormants de tisseurs (fins de série ou légers défauts). Parmi ses autres clients, on peut citer Tuffery ou encore la marque Cocorico qui revendique la place de plus gros fabricant d’habillement Made in France.

« Automatiser notre production s’avérait nécessaire pour collaborer avec Cocorico. Leur credo, c’est rendre le fabriqué en France accessible. Il correspond tout à fait à notre vision du marché », résume la dirigeante.

A ce titre, Contino célèbre cette année les dix ans de sa propre marque L’Usinier français, qui représente 10 % de son chiffre d’affaires. L'offre est constituée de pantalons, shorts, salopettes, et autres robes en jean commercialisés en ligne et via un réseau de 35 boutiques indépendantes dans le pays. A côté du prêt-à-porter qui pèse un peu moins de la moitié de son activité, Contino continue de s’appuyer sur ses fondamentaux, à savoir les housses pour fauteuils de maintien à domicile, pour environ un tiers du chiffre d’affaires. Une assise permettant à l’entreprise de se projeter tout en gardant les yeux rivés sur sa trésorerie.

 

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Une histoire de famille
gérant
Elodie Contino assume la direction générale, tandis que son frère Antoine Contino dirige la partie administrative et financière. © Philippe Bohlinger

L’histoire de Contino est celle d’une entreprise qui a dû s’adapter aux vicissitudes de ses marchés, parfois dans la douleur. L’activité copilotée par Elodie Contino et son frère Antoine a été lancée par leur père Joseph. L’entrepreneur avait racheté en 2007 l’entreprise ILS (Industrie Lorraine de Sellerie), sous-traitante de l’automobile. La crise du secteur qui a suivi, un an après, l’a amené à se recentrer sur la fabrication d’assises de fauteuils de maintien à domicile.

Mais le déremboursement de ces dispositifs médicaux par la Sécurité sociale en 2017 a porté un coup de grâce à sa société Groupe Contino. Après la liquidation, certaines activités ont pu néanmoins être reprises par AE2M, la société d’une parente. L’entreprise s’est développée et affiche aujourd’hui au fronton du site les deux identités qui composent sa raison sociale : AE2M et Groupe Contino.

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