Le créateur Davy Dao a lancé un jean à partir de fibres de lin qu'il fabrique dans son atelier de Nancy. Une histoire autant humaine qu’entrepreneuriale. Car pour imaginer ce produit innovant, le jeune autodidacte a collaboré avec une manufacture textile des Vosges récemment reprise par la marque de jeans made in France 1083.

La devanture plutôt discrète de la boutique Dao au centre-ville de Nancy est le creuset d’une aventure humaine et entrepreneuriale exceptionnelle. Le jeune créateur Davy Dao y a mis au point un jean écoresponsable à base de fibres de lin. En ouvrant son enseigne en 2014, le trentenaire avait déjà l’idée de confectionner lui-même ses jeans, à partir de coton bio notamment. Aujourd’hui, 150 pièces sortent chaque mois du petit atelier attenant. Mais le jeune autodidacte a eu envie d’aller plus loin. Deux années d’intense remue-méninge lui ont permis de commercialiser début 2018 un élégant demin en lin pour lequel une bonne partie des opérations de fabrication est réalisée en France. 

La campagne de financement participatif qui a accompagné ce lancement a donné un puissant coup de projecteur sur la maison Dao : la collecte a dépassé en l’espace de cinq jours, l'objectif initial de 905% pour culminer à un peu plus de 122.000 €. Cette réussite a d’ores et déjà permis d’écouler 1.500 pièces, de recruter trois salariés et de diversifier la gamme (T-shirt, chaussettes, robes, etc.). Au final, la petite boutique et atelier de confection a vu son chiffre d’affaires multiplié par trois à 245.000 € en 2018.

 

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« Le lin est une plante cultivée sur une large bande côtière qui s’étend de la France, à la Belgique et aux Pays-Bas, de Caen à Amsterdam. La France est le premier producteur de la planète ! Malheureusement, la majorité des tonnages partent actuellement en Chine ou au Bangladesh », détaille Davy Dao. 
En l’absence de filature de lin en France, le créateur s’est tourné vers des manufactures situées en Pologne ou en Italie pour tisser cette matière première qui ne nécessite aucune irrigation contrairement à la culture du coton très gourmande en eau.
Le lin des jeans Dao est fourni par des liniculteurs français, mais aussi européens « pour des questions de tenue », explique le créateur. Le fil est ensuite teinté dans le nord de la France, puis tissé et apprêté dans les Vosges. Il est enfin livré sous forme de rouleau dans l’atelier de confection nancéien.

 

Deux écueils à résoudre dans le traitement du tissu

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Les rouleaux de toile denim sont livrés à l’atelier Dao qui assure la confection des jeans. © Philippe Bohlinger.

L’emploi de fibres de lin a impliqué de résoudre deux écueils : le moindre rendement des opérations de tissage et le rétrécissement de 40% du vêtement au lavage. « Le rendement du tissage du lin est plus de deux fois inférieur au coton, car le fil casse plus fréquemment. Nous y avons associé de l’élasthanne pour maintenir la fibre », détaille le créateur.
Pour éviter le rétrécissement, un traitement d’apprêt sur le tissu fini a été breveté par Dao et son partenaire de l’époque, la société Valrupt Industries à Rupt-sur-Moselle (Vosges) dont les activités de filature et de tissage ont été reprises en septembre 2018 par la société Modetic, propriétaire de la marque de jeans made in France 1083. Ce travail de recherche et développement a nécessité à lui seul 8 mois de travail. « Nous avons bénéficié de l’ingéniosité et de la créativité de Denis Heinrich, l’ancien directeur du site, pour trouver des solutions à nos problèmes », rappelle Davy Dao.
Le positionnement est plutôt haut-de-gamme, à 160 € la pièce. Un niveau de prix qui s’explique en bonne partie par le coût du lin filé qui avoisine 11,20 € le kilo, contre 2 à 3 € pour le coton, précise le dirigeant.

LCRDijon

 

Qui est Davy Dao ?

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© Philippe Bohlinger.
Le gérant de la maison Dao est né à Troyes dans une famille de réfugiés politiques vietnamiens. Le trentenaire confie avoir réalisé ses premiers modèles à l’âge de 11 ans sur la machine à coudre de sa maman. Il a travaillé à Nancy dans les boutiques des marques Levis et G-Star, avant de prendre son envol.
C’est au Vietnam, dans les ateliers de confection que cet autodidacte a appris le métier. Ce séjour d’un an, en forme de retour à ses origines, lui a permis de faire ses premières armes. Mais les conditions de travail locales ne l’ont pas convaincu d’y réaliser, pour le moment, ses créations. Après le lancement du demin en lin, Davy Dao et son associé Johann Pardo souhaitent continuer d’innover en collaboration avec le Centre d’essais textile lorrain à Epinal (Vosges) porté par l’Université de Lorraine.

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