Géant mondial du secteur de l'emballage, dans lequel il vient de renforcer encore son leadership par un gros rachat, le groupe australien Amcor n'a pas manqué de repérer, dans son vaste et planétaire appareil industriel, les atouts de son usine de 127 personnes à Ungersheim (Haut-Rhin) qu'elle avait reprise au Suisse Rentsch. Il l'a choisie parmi les unités européennes de sa division de cartons spéciaux pour l'accueil d'une nouvelle ligne de production, à partir de l'automne. Les fabrications ne sont pas un top pour la santé publique : il s'agit de paquets de cigarettes. Mais il se trouve que le marché, mondial, est là. Et Amcor Ungersheim se positionne pour l'accueil d'autres applications, au cas où.
Le leader mondial de l’emballage investit en Alsace. Le groupe australien Amcor, mastodonte de 41.000 salariés, dirige 13 millions d’euros de son programme de développement vers son site d’Ungersheim (Haut-Rhin). Résultante de son rachat du Suisse Rentsch en 1994, cette usine va installer une quatrième ligne d’impression-pliage-conditionnement à la fin de cette année, pour son activité : la confection de paquets de cigarettes.
Elle va ainsi en augmenter à due proportion d’un quart la capacité, qui passera de 3 milliards à près de 4 milliards d’unités par an, intégralement exportées hors de France où les dernières usines de cigarettes ont disparu. La mise en service s’accompagnera de la création de 25 emplois, sur ce site dont l’effectif comprend aujourd’hui 127 collaborateurs, à l’origine d’un chiffre d’affaires annuel de 40 à 45 millions d’euros (celui du groupe Amcor se monte à 13,5 milliards de dollars).
A l’instar des trois précédentes, la nouvelle ligne fera se succéder des couches d’impression des différentes couleurs des paquets au logo des clients, le long d’une machine de quelque 60 mètres, avant le pliage, la coupe et in fine l’emballage, automatisé. Sur le site qui a fêté son demi-siècle d’existence en 2024, « cet investissement est le plus important depuis 20 ans », note le directeur, Jean-François Salvi., soulignant l’accompagnement efficace qui lui a été apporté par les pouvoirs publics et l’agence de développement alsacienne Adira.
Dans le vaste appareil industriel de la multinationale adepte de la croissance externe, Ungersheim démontre ainsi sa capacité à attirer positivement l’attention de ses dirigeants et à drainer de nouveaux volumes vers elle. Transformateur de carton basique ou plus travaillé (comme l’effet de gaufrage), le site fait partie de la division Specialty Cartons d'Amcor qui comprend trois autres implantations dans l’Union européenne aux Pays-Bas, en Allemagne et en Pologne, et deux autres plus loin en Turquie et au Kazakhstan.
Cette palette comprend ainsi des « concurrents » internes à moindres coûts salariaux, ce qui vient accréditer le postulat de Jean-François Salvi, celui d’un choix d’attribution de nouvelle ligne « qui ne s’est pas uniquement fondé sur ce critère-là. » Sinon, la Pologne aurait emporté la mise, d’autant plus que ce pays constitue un débouché principal des productions haut-rhinoises, en tant que « hub » vers la distribution mondiale de tabac empaqueté.
Des atouts de polyvalence
Polyvalence pourrait être le terme synthétisant les atouts qui ont pesé en faveur d’Ungersheim. A plusieurs titres. « Contrairement à nos homologues chez Amcor Specialty Cartons qui se dédient à un client pour l’essentiel, nous travaillons simultanément pour les quatre grands cigarettiers mondiaux : Philip Morris, British American Tobacco (BAT), Imperial Tobacco et le Japonais JTI. De plus, nous savons maîtriser les deux technologies de conditionnement de notre spécialité », énonce Jean-François Salvi.

« Très automatisé », avantagé également par un prix de l’énergie « un peu inférieur » à d’autres usines, et bien que contraint par l’« instabilité réglementaire » de la France « face à des investissements qui s’inscrivent dans un temps long », le site recueille surtout, selon son responsable, les fruits de la refonte de son mode opératoire. « Depuis plusieurs années, nous sommes passés d’une orientation usine vers une orientation clients. Ce changement profond nous permet d’atteindre un taux de qualité de service de 99 à 100 %. La profitabilité de l’usine y gagne, lui permettant de se positionner sur l’allocation de volumes par le groupe », décrit Jean-François Salvi.
On objectera bien sûr que, si le marché du tabac est favorable à Amcor Specialty Cartons France et à ses emplois, la santé publique, elle, n’y trouve pas motif à s'en réjouir. De ce point de vue, la décroissance des volumes serait une bonne nouvelle. Il faudrait alors que l’usine d’Ungersheim se tourne vers d’autres applications pour survivre. « La nouvelle ligne peut nous permettre de changer d’orientations », souligne Jean-François Salvi. La diversité des clientèles d’Amcor est telle (santé-pharmacie, cosmétique, nourriture animale…) que les alternatives internes ne manqueraient pas, au cas où.
Le directeur depuis l’automne 2020 du site Amcor d’Ungersheim avait posé ses valises professionnelles à de multiples endroits dans le monde auparavant. Les Etats-Unis, le Chili, la Thaïlande ou encore la Chine avaient constitué ses points de chute auprès de ses précédents employeurs, comme l’emballeur américain Berry Plastics…racheté fin 2024 par Amcor moyennant plus de 8 milliards de dollars pour former le leader planétaire incontesté du packaging. Jean-François Salvi a rejoint le groupe australien il y a neuf ans. Il a opéré un grand aller-retour en Alsace au-dessus des océans : en poste sur le site de Sélestat (*) dédié aux emballages aluminium et papier pour la santé principalement, il a ensuite exercé au Chili avant de prendre les rênes d’Ungersheim.
(*) Amcor compte une troisième implantation dans le Grand Est, à Sarrebourg (Moselle) de fabrication d’emballages souples pour le secteur alimentaire.



















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