Cinq candidats aux élections régionales des 20 et 27 juin se sont prêtés, les 25 et 26 mai, à l'exercice de l’audition des adhérents du Medef Bourgogne-Franche-Comté. Ces derniers qui aimeraient « être écoutés davantage », ont voulu percevoir la façon dont ils considéraient le monde de l’entreprise. A l’appui, un « livre blanc » qu’ils ont rédigé, résumant leurs propositions pour rendre la région plus attractive. Jeudi 3 juin, la Fédération régionale de bâtiment leur donne à son tour, l'opportunité de présenter leur programme devant un parterre d'entrepreneurs du bâtiment. Les régionales semblent passionnés les milieux économiques. Le même jour, un débat aura lieu sur l'agriculture bio à Saint-Jean-de-Losne (Côte-d'Or) à l'invitation du Réseau Bio Bourgogne-Franche-Comté. Et toujours le 3 juin, la CFDT auditionne les candidats en ligne sur les thèmes Emploi - Jeunes - Territoires - Santé et Prévention - Environnement.


Des sept candidats aux élections régionales des 20 et 27 juin en Bourgogne-Franche-Comté, cinq ont accepté de se faire « auditionner » les uns après les autres, les 25 et 26 mai, par les adhérents du Medef régional devant un public réduit à une cinquantaine de personnes à la Maison des Entreprises à Dijon. Session retransmise en direct en visio. Deux manquaient à l’appel. Claire Rocher, tête de liste Lutte Ouvrière associée à La France Insoumise n’a pas répondu à l’invitation des chefs d’entreprises et Julien Odoul, le candidat du Rassemblement National, à qui le « format » ne convenait pas, a rapporté Jean-Philippe Richard, président du Medef Bourgogne-Franche-Comté.
Chaque candidat à qui avait été préalablement remis le « livre blanc » du Medef régional répertoriant les priorités du monde économique (Lire encadré), s’est exprimé de la même façon : 10 minutes d’expression libre, suivies de 20 minutes d’échanges, des questions formulées par l’animateur sur des thématiques identiques, et par le public en présentiel et en visio.

Les patrons aimeraient être écoutés davantage


Dans son « livre blanc », la vingtaine de branches professionnelles du Medef Bourgogne-Franche-Comté a fait un état des lieux de l’économie régionale et formulée des propositions pour « orienter les futures décisions des élus. »
Si les chefs d'entreprise se disent satisfaits de la façon dont le Conseil régional a appréhendé la crise avec un plan d’urgence « rapidement mis en place » au printemps 2020, et selon eux, en parfaite symbiose entre élus et partenaires sociaux, salariés et patrons, ces derniers alertent sur la sortie de crise « quand tous les dispositifs s’arrêteront. »
Vis à vis des interventions du conseil régional, leur premier interlocuteur, les chefs d’entreprises constatent la difficulté d’appréhender les dispositifs d’accompagnement « par manque de communication », surtout dans les territoires ruraux,  et de « manque de lisibilité » des dispositifs.
Selon eux, la priorité pour préserver la bonne santé de leurs entreprises et faire en sorte qu'elles puissent embaucher, est d’améliorer l’attractivité de la Bourgogne-Franche-Comté. « La région est bourrée de talents, y compris dans les territoires ruraux, il faut que les entreprises aient les mêmes chances quelque soit leur lieu d’implantation. »
Les patrons souhaitent aussi qu’on les écoute davantage. La place dont ils disposent au sein de l’Agence Economique Régionale (AER) n’est « qu’un strapontin » et « une chambre d’enregistrement. » Le conseil régional devrait être plus proche d'eux « comme l’est l’expert-comptable ou le banquier. »
Quelque soit le nouveau président, ils souhaitent avant tout qu’il ait « la fibre économique. » Leur livre blanc est téléchargeable sur le site du Medef BFC.

 

pvffevrier

 

• Gilles Platret, Les Républicains

Le maire de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) depuis 2014, conseiller régional sortant, mène une liste baptisée « Pour la Bourgogne-Franche-Comté » avec Les Républicains et Debout La France. Proche de Laurent Wauquiez, il fut auteur et éditeur d’ouvrages historiques sur la Bourgogne avant de faire de la politique à temps plein.

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Gilles Platret, candidat Les Républicains (LR). © Traces Ecrites


Le discours de Gilles Platret est bien huilé et son constat sur l’action économique du conseil  régional se résume à « peut faire mieux. » Le conseiller régional d’opposition estime que la Bourgogne-Franche-Comté « peut gagner des parts de marchés », elle qui a un PIB par habitant de 28.009 € (Insee 2018) et se situe dans les derniers rangs des régions. « La région ne pourra pas se développer tant qu’elle sera empêtrée dans sa gestion actuelle (…) : des coûts de fonctionnements trop importants et un budget trop faible pour l’économie (7% en 2020). » Il propose d’augmenter les dits crédits de 40 millions d’€ qu’il financera par une baisse des dépenses de fonctionnement. Selon lui, les conditions d’attribution des aides aux entreprises sont trop compliquées : « 450 dispositifs différents, une usine à gaz. »
Compte tenu de l’étendue de la grande région et de l’existence selon lui d’une « cassure entre les anciennes Bourgogne et Franche-Comté », Gilles Platret veut rapprocher les citoyens de l’institution en créant des Maisons de la région dans chaque département, et en établissant des rencontres régulières avec les élus départementaux et intercommunaux.
Sa première mesure s’il est élu, sera de doubler le budget de l’orientation professionnelle et de « ramener l’entreprise dans les lycées afin d’inciter les jeunes à choisir des carrières industrielles. » La seconde sera de dédier des prêts spécifiques aux créateurs d’entreprise. Il veut aussi tester l’ouverture à concurrence dans l’exploitation des TER (trains régionaux). Dans ce domaine, « nous avons perdu du temps pour des raisons idéologiques. »
Son message :  « Que la collectivité agisse en se faisant oublier. »


Batifrancdeux

 

• Marie-Guite Dufay

La présidente sortante accueille sur sa liste « Notre Région Par Coeur », des membres du Parti Socialiste, du Parti Communiste et du Parti Radical de Gauche. Avant ce mandat, l’élue installée à Besançon depuis 40 ans fut présidente du conseil régional de Franche-Comté de 2008 à 2015.

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Marie-Guite Dufay, présidente sortante, candidate du Parti Socialiste. © Traces Ecrites


Dans le discours de Marie-Guite Dufay, transparaît le vécu d’une présidente en exercice qui n'a pas achevé son oeuvre, la raison pour laquelle elle se représente, dit-elle. Car la région a une industrie qui perd plus d’emplois qu’elle n’en gagne et qui n’a pas encore opéré totalement sa mutation (référence aux filières traditionnelles de la métallurgie, de l’énergie et de l’automobile). Son « souci » si elle retrouve son siège de présidente, sera de continuer à installer un « terreau fertile » pour de nouvelles activités, en particulier l’hydrogène et les biothérapies où la Bourgogne-Franche-comté s’illustre déjà. Pas d’illusion cependant, prévient-elle, il faudra encore du temps pour que cette nouvelle économie débouche sur des emplois en nombre.
Mais le premier de ces soucis sera de « sortir de la crise. » Elle s’intéressera particulièrement aux jeunes afin, par la formation et des aides adaptées aux créatures d’entreprises, de leur « inculquer une culture de l’entreprise. »
Pour rapprocher les milieux économiques de la région – c’est une demande des patrons –, Marie-Guite Dufay se dit ouverte à tout progrès : « Faut-il renforcer les espaces concertations existants comme au sein de l’Agence Economique Régionale » ?, interroge t-elle.  Elle veut aussi réduire la fracture ressentie entre les villes et les zones rurales, en imaginant des règlements d’accompagnement des entreprises, différents selon les bassins d’emplois. Un binôme, élu et conseiller technique, sera affecté aux territoires à l’échelle intercommunale.
Son premier gros chantier, sera la formation professionnelle « non pas pour faire autrement, mais continuer à faire en sorte que l’offre locale des formations corresponde à la demande. » Concernant les infrastructures, elle se prononce favorable à une écotaxe « si elle permet aux entreprises des transports de se décarbonater. »
Son message : « Savoir donner confiance. »

 

frtpbfc

 


• Denis Thuriot, La République en Marche


Le maire de Nevers depuis 2014 et et président de l'agglomération de Nevers est associé au Modem et à Agir. Socialiste au début de sa carrière politique, ce Nivernais de souche, ancien avocat, enleva Nevers au parti Socialiste en 2014 comme candidat sans étiquette, et avec l'appui de la droite et du centre au second tour. Aux municipales de 2020, il représentait La République en Marche (LREM).

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Denis Thuriot, candidat La République en Marche (LREM). © Traces Ecrites


A l’aise, mais avec tout de même un pense-bête en main, le candidat LREM a, par sa seule présence, répondu à une préoccupation des chefs d’entreprises, le sentiment d’abandon des zones rurales. « Et si on portait à la présidence un élu qui vient d’un petit territoire en périphérie et peu dense ? », le maire de Nevers y verrait là « un sentiment d’équité des territoires. » Rare région qui perd des habitants (et pas seulement son département de la Nièvre), la Bourgogne-Franche-Comté dont il n’est nullement question de remettre en cause la fusion, certes « pas tout à fait aboutie », a besoin d’être « mieux portée, car peu connue. » 
S’il est élu, il s’emploiera à améliorer son attractivité par les mobilités, « De la Loire aux confins du Jura », mais aussi par ses équipements culturels qui contribuent à attirer des salariés. Rappelant qu’une bonne partie de ses colistiers sont issus du monde de l’entreprise, il dit vouloir appliquer à la région ce qu’il fait à la mairie de Nevers : « Se mettre en mode projet. »
Dans le « Livre blanc » rédigé par le Medef Bourgogne-Franche-Comté, Denis Thuriot a trouvé ses petits. « Nous avons beaucoup d’idées communes », lance t-il à son auditoire. Selon lui,  actuellement, la Région n’en fait pas assez : elle doit soutenir davantage les investissements et les recrutements, et surfer sur le plan de relance et les « Territoires d’Industrie », deux dispositifs gouvernementaux pour lesquels il s'est mû en véritable VRP.
A la fin de son mandat, promet-il, chaque résident de la région devra être capable de citer son conseiller régional. Des points de rencontre avec la Région seront établis à « pas plus d’une heure de chaque habitant », pourquoi pas dans les maisons de service public existantes. Les intercommunalités seront pour lui des interlocutrices privilégiées qui formeront « un vrai couple avec la Région. »
Sa première mesure sera de mettre au tour d’une table les forces économiques et de renouveler l’exercice régulièrement « avant la prise de décision », et de faire de l’Agence Economique Régionale (AER) «  une instance paritaire », modèle qui sera calqué sur l’université pour la formation.
Son message : « Une région d’objectifs, facilitatrice, qui soit moins administrative. »

 

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•  Stéphanie Modde, Europe Ecologie Les Verts


Conseillère municipale de Dijon, adjointe à l'écologie du maire François Rebsamen pendant la mandature 2014-2020,  ancienne conseillère régionale (2004-2010), l’élue Europe Ecologie Les Verts rassemble plusieurs mouvants écologistes :  l'Alliance Ecologique Indépendante, CAP 21 (groupe d'influence de Corinne Lepage) et Génération Ecologie. Elle est conseillère services aux entreprises à Pôle Emploi.

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Stéphanie Modde, candidate des écologistes. © Traces Ecrites


Comme pour surprendre son public, Stéphanie Modde précise d’entrée que l’économie est en tous points « extrêmement importante » dans le programme des écologistes. La candidate n’a t-elle pas édité un livret baptisé « Plus d’industries, moins de carbone ! » qui explique comment elle compte accompagner les entreprises dans leur développement, filière par filière.
En complément des aides de la région, elle fera en sorte de faire profiter les TPE et PME, des fonds structurels européens, souvent négligés car « très procéduriers. » Elle promet une véritable « task force » sur tous les territoires pour les faire connaître et établira des permanences de la région sur le terrain, « ce qui est possible avec le numérique. »
Appliquée, la candidate répond point par point aux doléances affichées dans le « Livre blanc » : favoriser le recrutement de personnels qualifiés, accompagner les salariés dans de nouveaux métiers, intensifier l’orientation professionnelle pour donner envie aux jeunes d’exercer des métiers mal connus…
Stéphanie Modde se montre à l’écoute des entrepreneurs et si elle est élue, elle veut se reposer sur les pôles de compétitivité dont elle veut faire les « têtes de réseau des clusters et autres groupements d’entreprises. » Parmi ses propositions, la transition numérique des petites entreprises figure en bonne place, avec comme premier outil, de la fibre partout. Car c’est un moyen de désenclaver les zones rurales sans construire de nouvelles  routes - elle a clairement dit non au projet d’autoroute A26 Auxerre -Troyes, l’une de doléances du Medef.
Fil d’Ariane de sa candidature, la transition écologique se retrouve dans toutes les politiques publiques qui incombent à la région. Ainsi, les aides aux entreprises seront-elles conditionnées à des critères respectueux de l’environnement et éthiques : process qui économisent l’eau et l’énergie, utilisation de matériaux biosourcés, subordonner les aides aux grandes entreprises à des conseils d’administration paritaires, exclure les entreprises qui opèrent une optimisation fiscale « agressive ». Stéphanie Modde devance les critiques de son public : elle n’est pas contre la voiture [ même si elle préconise le vélo en ville, qui vient malencontreusement de lui causer un accident, Ndlr ], mais pour la réduire quand il y a des alternatives, elle veut remettre les marchandises sur le fer et sur l’eau quand c’est possible, en résumé faire « une politique incitative et non punitive. »
D’ailleurs, la candidate écologiste se dit totalement en phase avec les propositions du Medef en termes de transition écologique. Un constat qui la mène à dire avec humour : « Ils sont chez les Verts ! » Même sur l’écotaxe qu’elle préfère appeler taxe poids lourds, elle ne se prononce le discours radical auquel ses interlocuteurs s’attendaient. Elle considère qu’elle n’a de sens qui si l’ensemble des régions s’entendent et si  « l’argent dégagé va vers une amélioration du transport. »
Sa première mesure sera, dès juillet, faire un point sur la santé des entreprises et les aides dont elles ont besoin. Avec une méthode basée sur la concertation dans une instance avec «  une écoute mutuelle. »
Son message : « Une invitation aux chefs d’entreprise  à nous accompagner dans la transition écologique. »

 

B 4.0

 

• Bastien Faudot, Gauche républicaine et socialiste.


Conseiller municipal de Belfort depuis 2014 et conseiller départemental depuis 2015 (qui souhaite renouveler son mandat ces mêmes 20 et 27 juin), cofondateur du Mouvement des citoyens (MDC) avec Jean-Pierre Chevènement, il est le candidat de ce mouvement à la présidentielle de 2016. Sa liste « Le temps des cerises » associe 9 mouvements dont La France Insoumise, Nouvelle Donne, Génération.s, Place Publique.

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Bastien Faudot, chef de file de la liste Le Temps des Cerises. © Traces Ecrites

 
Le chef de file de la liste Le temps des Cerises – qui fait référence à la chanson de la Commune de Paris en 1871 –,  porte en lui les soubresauts des deux poids-lourds de sa région d’origine, le Territoire de Belfort, General Electric et Alstom. « Une région sans usine serait une région cliente, captive, et la relocalisation de l’industrie est la question majeure », affirme t-il.
S’il est élu, Bastien Faudot entend renforcer « en priorité » les deux secteurs de l’énergie et des transports. S’il accède à l’exécutif de la Région, il se dit prêt à mettre 100 millions sur la table pour participer avec l’Etat, Framatome, EDF… à la nationalisation de la filiale Steam Power General Electric qui veut arrêter ses activités à Belfort.
Pour les TPE aussi, il se montre fortement interventionniste en proposant « d’aller plus loin que la majorité sortante » via un plan d’urgence « immédiat » de 100 millions d’€.
Avec l’enjeu sous-jacent de préserver l’activité des petites villes et des villages, car la Bourgogne-Franche-Comté « ne peut pas vivre seulement en valorisant ses deux capitales. »
Le candidat souhaite également faire de la Bourgogne-Franche-Comté, un Territoire Zéro chômeur de longue durée, une initiative de son « ami » Laurent Grandguillaume (ancien député et conseiller municipal de Dijon) qui consiste à verser les allocations chômage type RSA dans des " entreprises d’emploi " qui salarient des chômeurs.
Concernant les dispositifs régionaux d’aides aux entreprises et les marchés publics, Bastien Faudot établit des conditions : qu’elles relocalisent des activités en France, s’engagent dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre etc. Les aides seraient même doublées lorsque les entreprises font siéger des représentants du personnel dans leur conseil d’administration. A propos de l’ouverture à la concurrence des lignes de chemin de fer qui sera un des chantiers de la prochaine mandature, le candidat se dit clairement contre, et propose en lieu et place, un contrat de service public de 10 ans avec la SNCF qui fixe des objectifs au transporteur.
Son message : « La question centrale, c’est prévoir pour maintenir une économie de production qui fait des projets de long terme. »

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