Marie-Guite Dufay, présidente sortante du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté a annoncé sa candidature en fin de semaine dernière : sa liste est 100% de gauche, mais ne rassemble pas toutes les forces de gauche. La prime souvent donnée au sortant n’exclut pas une partie serrée, en particulier avec le Rassemblement National, l'une des six autres listes en lice.


Maintenant que Marie-Guite Dufay,  la présidente du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, a déclaré sa candidature à sa succession, la campagne des élections régionales qui se déroulent les 20 et 27 juin 2021, va prendre un coup d’accélérateur.  « Avec mon expérience, je pense que je peux lutter contre le Rassemblement National », a t-elle déclaré au journal télévisé de France 3 BFC samedi 24 avril, désignant d’office son principal adversaire.

De l’expérience, la présidence sortante en a effectivement.  A 72 ans, elle est à la tête d’un exécutif régional depuis 2008, d’abord désignée successeure de Raymond Forni en Franche-Comté après le décès de ce dernier, puis élue sur son nom en 2010, toujours en Franche-Comté, enfin à la fusion avec la Bourgogne, en 2015. Sa victoire à la tête de la grande région a été menée de haute lutte. Troisième à l’issue du premier tour, Marie-Guite Dufay a bénéficié d’une triangulaire gauche, droite et extrême-droite au second tour l’emportant avec 34,68% des voix et 51 sièges, devant l'UDI et le Front national, au coude à coude.

 

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La présidente sortante mènera une liste de gauche, s’appuyant sur une grande partie de la majorité sortante :  le Parti socialiste, le Parti radical de gauche et le Parti communiste. Mais tous ses alliés actuels ne se sont pas rassemblés derrière elle. Europe Ecologie Les verts (EELV) présente sa propre liste conduite par Stéphanie Modde, conseillère municipale de Dijon.
L’extrême gauche a constitué une liste, « Le Temps des Cerises », sur laquelle Bastien Faudot, conseiller municipal de Belfort et conseiller départemental, a rassemblé huit partis dont La France Insoumise, Génération.s, la Gauche Républicaine et Socialiste, Place Publique, Nouvelle Donne. Comme en 2015, Lutte Ouvrière part de son côté avec Claire Rocher.

Cependant, au second tour, Marie-Guite Dufay espère avoir derrière elle toute la gauche. « Alors que les populismes exacerbent les haines et les peurs, je souhaite à l’inverse fédérer autour des axes qui ont toujours structuré mon action : la fraternité, l’innovation, l’écologie », précise t-elle dans un communiqué publié le 24 avril.


Huit listes déclarées

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Denis Thuriot, candidat La République en Marche, le 18 mars dernier, en visite à la Banque alimentaire de Bourgogne à Dijon. En compagnie de sa colistière dans l'Yonne, Muriel Vergès-Caullet, élue sur la liste de Marie-Guite Dufay en 2015 et de Gérard Bouchot, président de la banque alimentaire. © Traces Ecrites

 

Un rapprochement avec la République en Marche (LREM) un temps évoqué par les observateurs ne sait pas concrétisé. Malgré ses récentes critiques de la politique du Président de la  République, cette option paraissait probable, car elle qui avait appelé à voter pour Emmanuel Macron à la présidentielle de 2017. La République en Marche a choisi un élu dont la notoriété reste à faire, mais qui dans son désormais fief de Nevers a su s’imposer pour la seconde fois aux municipales dès le 1er tour. Sans étiquette, puis rallié à LREM, Denis Thuriot, 54 ans, a tourné la page du socialisme dans la cité nivernaise qui s'écrivait depuis 1971.

Sachant qu’il devra trouver des alliances si sa position au premier tour le permet, le candidat LREM bat campagne depuis deux mois en diffusant un message d’ouverture (Lire ici l’article de Traces Ecrites News) à « tous les individus qui se reconnaissent dans des valeurs progressistes, du centre gauche au centre droit, à l’exception des extrêmes. » Le parti de la majorité présidentielle allié au Modem met à contribution ses  parlementaires, des anciens socialistes en Côte-d’Or (Didier Paris) et en Saône-et-Loire (Rémy Rebeyrotte), qui côtoient des élus Les Républicains comme Alain Chrétien, le maire de Vesoul.

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Appartenant à une formation aussi atomisée que l’est devenue la gauche, Gilles Platret, le maire de Chalon-sur-Saône, conseiller régional sortant, s’est déclaré très tôt, dès septembre 2020, comme tête de liste Les Républicains. Hier 26 avril, il a rendu public les noms de « binômes têtes de liste » dans les huit départements que compte la Bourgogne-Franche-Comté. On y relève plusieurs personnalités locales : le député du Jura Jean-Marie Sermier, la maire de Montbéliard Marie-Noëlle Biguinet et le sénateur haut-saônois Alain Joyandet.

platretLe candidat des Républicains vient d'être rejoint par un dissident du Rassemblement National qui disait, il y a quelques jours, encore vouloir déposer une liste. Elu en 2015 sous les couleurs du Front National, Lilian Noiret, conseiller municipal de Montceau-les-Mines, qui siège désormais chez les non-inscrits, porte les couleurs du parti de Nicolas Dupont-Aignan, Debout la France.

Les premiers indices indiquent un positionnement de sa campagne sur une «  réconciliation entre les anciennes régions » davantage selon lui, rendues opposées que solidaires par la politique de la présidente sortante avec un net désavantage pour la Franche-Comté dont « les spécificités ont été niées. » S’il est élu président, Gilles Platret proposera une « décentralisation » au sein de la région, en donnant par délégation aux conseillers régionaux la possibilité de traiter les affaires de leur propre territoire.

Soupçonné par ses adversaires de vouloir marcher sur les platebandes du Rassemblement National avec l'alliance inattendue avec Debout la France que conteste une partie de ses alliés de l'UDI – notamment François Sauvadet, le président du Conseil départemental de la Côte-d'Or et conseiller régional sortant qui ne se représente pas –, Gilles Platret (en photo, son affiche officielle) se montre pour l’instant discret sur ses intentions au second tour en direction de celui que tout le monde redoute. Le Rassemblement National qui a déjà commencé activement sa campagne par un affichage sauvage d’ampleur, compte sur Julien Odoul, conseiller régional sortant, pour améliorer son score de 2015 : le Front National était arrivé en tête du 1er tour avec 31,48% des suffrages.

Pour le conseiller municipal de Sens, âgé de 36 ans, ce scrutin comme celui des départementales qui se déroulent en même temps, représente « une première marche pour la candidature de Marine Le Pen à la présidence de la République », a t-il déclaré à l’Yonne républicaine le 22 avril.



Des problèmes industriels structurels

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La campagne d'affichage du candidat du Rassemblement National s'est épanouie en quelques jours dans de nombreux villages de Côte-d'Or. © Traces Ecrites


Les forces en présence révélées, quel sera le principal enjeu de ces élections ? Les candidats n’ont pour l’instant présenté que des bribes de leur programme. Le débat ne devrait pas trop se cristalliser sur la crise sanitaire, dont la gestion par la Région n’a été critiquée qu’à la marge par les sortants. Mais il s’agira plutôt de savoir comment gérer la crise économique, le conseil régional ayant pour importante compétence le développement économique.

Car de fortes turbulences secouent l’économie de la Bourgogne-Franche-Comté qui ne découlent pas uniquement de la crise sanitaire, dont les effets sont provisoirement amenuisés par le plan d’urgence de la Région, et un plan d’accélération des investissements, de plus long terme.
Les données recueillies par l’Insee chiffrent à 14.440 les destructions d’emploi en 2020 dont un peu plus 3.000 postes d’intérimaires. Les 8.000 emplois perdus dans les services marchands sont liés à la crise de la Covid-19, mais les 4.180 perdus fin 2020 dans l’industrie relèvent en grande partie de problèmes structurels.


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En premier lieu, chez General Electric à Belfort dont la branche nucléaire Steam Power est sous le coup d'un plan social qui prévoit 238 suppressions de postes suite à l’abandon des centrales à charbon, et 50 autres dues à la fermeture de la branche Hydro. La liste des projets de plans sociaux s’allonge avec Aperam à Gueugnon (Saône-et-Loire) et Pont de Roide (Doubs) où près de 200 emplois sont menacés, SKF Avallon (Yonne) 141 emplois, Jacob Delafon (Jura) 151, U-Shin (Nièvre) près de 200 et MBF Aluminium (Jura), en situation de dépôt de bilan.


Ce lundi, une réunion exceptionnelle de la commission permanente de la région a voté à l'unanimité une aide exceptionnelle de 500.000 € pour le paiement des salaires d'avril des 284 salariés de la fonderie d'aluminium. La liquidation judiciaire de MBF pourrait être ainsi être repoussée par le tribunal de commerce de Dijon qui doit se réunir ce jour, le temps pour un repreneur de déposer un dossier.


Ces événements posent la question de la fragilité d’une région parmi les plus industrielles de France qui a des difficultés à attirer de nouvelles activités aussi pourvoyeuses d'emplois que celles liées à la sous-traitance automobile et de l'énergie. La Bourgogne-Franche-Comté fait pâle figure à côté de sa voisine du Grand Est où son homologue alsacienne, l’Adira, annonçait en 2020, un millésime record d’investissements à 1,38 milliard d’€, générant la création ou la consolidation d’environ 4.000 emplois. (Lire ici l’article de Traces Ecrites News).
Le bilan 2020 de l’Agence Economique Régionale (AER) répertorie 103 projets aboutis, qu’elle a accompagnés, totalisant 3.080 emplois créés ou maintenus et celui de Business France, une belle performance de 91 projets d’investisseurs étrangers, qui ont permis la création ou le maintien de 1.459 emplois.

 

Cent conseillers régionaux en Bourgogne-Franche-Comté

Le Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté  compte 100 élus. Les élections régionales des 20 et 27 juin se déroulent selon un  scrutin de liste à deux tours avec représentation proportionnelle à la plus forte moyenne et prime majoritaire. Chaque liste, régionale, présente des sections par départements, présentant une parité homme-femme. Au premier tour, si une liste obtient la majorité absolue des suffrages exprimés, elle reçoit d'office un quart des sièges à pourvoir, arrondi à l’entier supérieur. Les autres sièges sont répartis entre toutes les listes qui ont obtenu au moins 5% des suffrages exprimés. La répartition des sièges se fait à la représentation proportionnelle suivant la règle de la plus forte moyenne.
Au second tour, une liste peut se maintenir si elle obtient un nombre de voix au moins égal à 10% du nombre des suffrages exprimés au niveau régional. Entre les deux tours, des listes peuvent fusionner à condition d’avoir ont obtenu au moins 5% des suffrages exprimés. La répartition des sièges se fait selon les mêmes règles qu’au premier tour. La liste arrivée en tête bénéficie d’une prime majoritaire et reçoit un quart des sièges à pourvoir, arrondi à l’entier supérieur.
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