Née en 2020, la société innovante Bim’ Steel va mettre en service cet automne à Boulay-Moselle (Moselle) une ligne de production de panneaux pour la construction 100 % automatisée. L’investissement de 15 millions d’euros va permettre de construire l’ossature et d’intégrer l’isolant, les fenêtres, les réseaux et l’habillage final.
La construction hors-site, autrement dit l'édification de bâtiments par pose d'éléments préalablement réalisés en usine, c’est le dada de Bim’Steel. Des panneaux de façade préfabriqués dans ses ateliers de Forbach, en Moselle, sont actuellement mis en œuvre sur le chantier de réhabilitation de l’enveloppe de l’internat du lycée Rosa Parks de Thionville dans le même département. Les solutions de la jeune société fondée en 2020 par Sofiane Ben Maamar ont par ailleurs déjà été mobilisées pour la rénovation thermique d'autres lycées à Metz, Vitry-le-François (Marne) et Mulhouse (Haut-Rhin), autant de commandes de la région Grand Est.
L’entreprise de 12 salariés (chiffre d’affaires de 4 millions d’euros en 2024) franchit un cap supplémentaire en cette fin d’année avec l’installation d’une ligne d’assemblage entièrement robotisée de 200 mètres de long à Boulay-Moselle (Moselle). Pour ce faire, Bim’Steel a posé ses valises en 2023 sur la friche d’une ancienne usine de fabrication de conteneurs maritimes fermée en 1989. Elle y a injecté 15 millions d’euros en vue d’y produire ses panneaux à la cadence de 100 mètres carrés par heure.
« Nous concevons et fabriquons des bâtiments comme on produit un véhicule automobile », résume Sofiane Ben Maamar qui considère d’ailleurs Bim’Steel davantage comme une société de technologies qu’une entreprise du BTP. Le dirigeant explique être parti il y a trois ans d’une feuille blanche. Il dit s’être inspiré des géants de l’automobile et, après une tournée européenne des grands intégrateurs robotiques, avoir imaginé cette ligne de 15 robots industriels capables d’assembler des panneaux muraux correspondant aux seuils 2031 de la règlementation environnementale RE2020. Leur dimension maximum représente 14,5 mètres de long par 3,4 m de large, des mensurations adaptées aux gabarits du transport routier.
A Boulay-Moselle, dans une immense halle industrielle, de hauts robots attendent le démarrage de la production annoncé pour cette fin novembre. Le long convoyeur sur lequel vont transiter les panneaux est pour le moment interrompu en son milieu par un large emplacement vide. Une table de retournement doit y être installée, afin de pouvoir retourner les panneaux sur le convoyeur et équiper ainsi sa seconde face. Les deux robots du premier îlot assembleront l’ossature en bois, en acier ou en béton de bois. Les automates suivants pourront y ajouter, selon les besoins, l’isolant (jusqu’à 40 cm d’épaisseur), les fenêtres, les panneaux solaires et l’habillage extérieur.

Les réseaux d’électricité, d’eau et de ventilation pourront y être posés via des robots pilotés par des opérateurs par l’intermédiaire de lunettes 3D. « L’opérateur prend le réseau et le positionne sur le panneau en suivant une à une les instructions du fichier 3D. Cette opération ne nécessite aucune compétence particulière en bâtiment », analyse le dirigeant de Bim’Steel. Des machines vont par ailleurs assurer la fabrication sur place de fenêtres en PVC ou en aluminium. Enfin, l’entreprise va assembler des modules énergétiques destinés à fournir aux constructions (des logements ou des bureaux) leur ventilation, eau chaude sanitaire et chauffage par pompe à chaleur.
Des embauches, et un centre de formation en projet
Pour concevoir ses projets, le préfabricant s’appuie sur une gestion de la construction assistée par ordinateur ou Bim (Building information modeling), acronyme inscrit dans son nom. En effet, la production est programmée sur la base d’un scan en trois dimensions de la façade existante ou à partir du projet de nouvelle construction. Bim’steel a mis au point un configurateur exploitant les possibilités de l’intelligence artificielle, de sorte à proposer ensuite une vingtaine de variantes différentes pour un même projet d’établissement scolaire, de bureaux ou d'habitation. A partir de la maquette numérique de l’ouvrage, l’entreprise peut lancer la production. Cette succession d’innovations s’accompagne du dépôt de brevets pour les parties configurateur, lunettes 3D et processus industriel.
Largement automatisée, la ligne a tout de même besoin de main d’œuvre. Bim’Steel table sur une dizaine de recrutements en 2026 et prévoit l’ouverture d’un centre de formation destiné à qualifier sur trois à quatre mois des personnes dans les domaines de l’IA, de la robotique et du bâtiment. Son carnet de commandes s’élèverait à 15 millions d’euros pour 2026. Parmi ses perspectives de court terme, l’industriel évoque un écoquartier de 35 maisons individuelles à Freyming-Merlebach (Moselle) prévu pour être démantelé à l’issue d’une durée de vie de quinze ans. Ainsi que de projets au Canada et au Moyen-Orient où son savoir-faire pourrait être exporté en co-entreprise avec des partenaires.

Juriste de formation, Sofiane Ben Maamar a commencé sa carrière dans l’immobilier, avant que son envie d’innover ne le conduise à créer Bim’Steel en 2020. Le dirigeant de 35 ans se félicite d’avoir « bénéficié d’un écosystème régional, avec le soutien de l’accélérateur de projets industriels régional C2IME et aussi d’un premier marché de rénovation énergétique confié par la région Grand Est, celui du lycée Robert Schuman à Metz. » Epaulé par la mairie de Boulay-Moselle et la banque publique d’investissement Bpifrance, Sofiane Ben Maamar voit s’ouvrir un boulevard devant la construction hors-site, car selon lui, « nous arrivons aux limites de la construction traditionnelle, avec une main d’œuvre vieillissante, non remplacée. De plus, l’industrialisation permet de maitriser les budgets, les délais et la performance. »








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