Fabricante de composants d’appareils de carottage dans les sous-sols, l’entreprise de 45 salariés tire parti de l’engouement pour l’extraction minière visant la recherche des terres rares et autres matières stratégiques. Elle intègre un programme d’accélération export de Bpifrance afin de poursuivre sa montée en puissance à l’international qui représente désormais 60 % de son chiffre d’affaires.
Le terme de carottage évoque assez spontanément l’exploration de mines dans le monde entier à la recherche des gisements des matières devenues indispensables à nos sociétés hyper-connectées. Comptant parmi les fabricants de ses composants, la société de Besançon DATC n’ignore pas le potentiel que représente le développement international pour son activité exercée sur place depuis 1994. « L’export a progressé de 40 % en quelques années, occasionnant le doublement de sa part dans notre chiffre d’affaires : celle-ci est passée de 30 % en 2020 à 60 % aujourd’hui », souligne Robert Lechat, président-directeur général de la PME familiale.
Ces marchés étrangers ont ainsi apporté une contribution plus que proportionnelle au développement de l’entreprise, dont le chiffre d'affaires a progressé de moitié dans le même temps, pour atteindre 13,4 millions d’euros à la clôture du dernier exercice le 30 juin 2025. DATC compte leur faire franchir un palier supplémentaire. C’est pourquoi elle a postulé à la dernière édition du « Propulseur export » de Bpifrance. Avec succès : elle figure dans la plus récente promotion de ce programme de soutien-accélération, dévoilée en septembre, parmi 14 autres heureux élus en France, dont elle seule en Bourgogne-Franche-Comté (*).
« Intégrer cette démarche doit nous permettre de nous professionnaliser dans notre stratégie export », commente le dirigeant de DATC. La base est déjà solide. Au fil des années, la PME a élargi son champ géographique, pour gagner dernièrement le Moyen-Orient ainsi que l’Indonésie, après avoir implanté ses couronnes et autres manchons au Maghreb ou en Europe de l’Est.

Elle manifeste en revanche une certaine prudence à entrer dans les grands fiefs de l’extraction comme l’Australie ou l’Afrique du Sud. « Il faut être sûr de trouver le « bon » distributeur : une société aux reins financiers suffisamment solides et présentant en même temps les compétences techniques pour livrer nos produits », observe Robert Lechat. Si DATC opère en général d’elle-même dans les zones les plus « proches » - relativement à l’échelle de la planète entière : on parle ici du Maroc, de l’Algérie ou du Sénégal – elle fait appel à des distributeurs-revendeurs en Pologne, en Tchéquie, dans les Balkans ou encore, au Pakistan.

Rivalisant avec des concurrents internationaux venus notamment du Canada bastion de l’exploration minière, la société bisontine fournit une gamme large de « consommables » pour le carottage, comprenant les couronnes diamantées et carottiers, qu’évoque son nom complet anglicisé de Diamond And Tungsten Carbide.
Des ateliers de la zone La Fayette à Besançon, partent des couronnes imprégnées composées de diamants synthétiques et de carbure de tungstène, des couronnes serties au diamant naturel coupant, d’autres équipées de plaquettes thermostables ou en carbure de tungstène, des trépans (outils de forage rotatifs), des pinces de repêchage. Les tiges de grande profondeur complètent l’offre organisée autour d’un concept-phare : la ligne « Elite » de carottage par descente rapide de câble munie de sa tête d’accrochage à partir d’un lien, plutôt qu’un ressort traditionnel. « Nous permettons ainsi à nos clients de forer jusqu’à 3.000 mètres de profondeur », précise le P-dg.


Investissements en cours et extension en vue
Certes aujourd’hui plus « mature », le marché français demeure le pilier de l’activité. Outre les produits de carottage, DATC fabrique pour lui des équipements de forage en vue de la réalisation des études géotechniques : détermination de la nature du sol par pressiométrie ou pénétrométrie … Le Dijonnais Géotec et le Nord-Franc-Comtois Hydrogéotechnique font ainsi partie de ses clients, au même titre que les groupes Fondasol et Ginger et les acteurs des fondations spéciales tels que TP Geo, Solétanche-Bachy, Franki ou Keller.
L’équipe de 45 salariés permanents (contre 33 il y a six ans) et 5 apprentis confectionne les produits notamment à partir de moules en graphite venant se remplir de poudre de diamant, selon une « cuisine » subtile. « Nos couronnes s’’élaborent à partir d’une dizaine de recettes différentes destinées à s’adapter au mieux aux configurations variées du terrain d’intervention. Ainsi, de façon un peu contre-intuitive, une matrice sur un sol dur doit être tendre pour progresser avec souplesse. Sur un terrain plus abrasif, elle devra être plus dure. Nous travaillons sans cesse à enrichir la gamme et à l’affiner », décrit Robert Lechat.
Les investissements s’enchaînent en conséquence. En juin dernier, le fabricant a mis en service un nouveau centre d’usinage robotisé 5 axes qui a mobilisé une enveloppe de 600.000 euros. Il vise dans les trois ans d'installer une autre ligne automatisée, pour les tiges de forage. Et la place commence à manquer à sa croissance. Une extension devrait se concrétiser à moyen terme, sur place ou par la création d’un second site dans l’agglomération de Besançon.

« J’étais formaté pour la banque suisse », sourit Robert Lechat. Le dirigeant de nationalité belge a suivi des études loin du forage et du carottage, en comptabilité analytique et finances à l’université de Saint-Gall en Suisse, vivier de ressources pour le coffre-fort helvétique. Mais à leur issue en 1994, l’appel du père a été le plus fort. René Lechat avait créé vingt ans plus tôt une société de production de couronnes diamantées, notamment pour le forage pétrolier. Il l’avait implantée à Moudon, au nord de Lausanne, venant d’un groupe américain qui fermait alors une unité dans cette spécialité en Suisse romande.
Or en 1994, le rejet par le pays voisin de son adhésion à l’Union européenne a « créé une incertitude » venant s’ajouter aux « coûts immobilier et de production élevés », rappelle le P-dg de DATC. Son père et lui se sont montrés sensibles aux sirènes de l’agence de développement économique du Doubs pour choisir comme nouveau port d’attache Besançon : « une agglomération suffisamment éloignée de la frontière aspirateur à main d’œuvre, bien connectée aux infrastructures de transport et dotée d’établissements d’enseignements supérieurs ». Robert Lechat a ensuite pris seul les commandes, qu’il garde à 57 ans aujourd’hui.
(*) La promotion comprend aussi dans le Grand Est la société Industrade de Schiltigheim (Bas-Rhin) qui fournit des équipements professionnels pour l'industrie agroalimentaire.












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