L’entreprise basée au Technoland du Pays de Montbéliard vient de s’équiper d’un appareil de métrologie de très haute technologie par laser, réservée d’habitude aux grands groupes et aux laboratoires de recherche. Elle la met ainsi à la portée des PME et ETI régionales. Ce tomographe doit lui ouvrir une multitude de secteurs de débouchés afin de se diversifier de l’automobile, son client historique depuis ses débuts en 1991.

Parce qu’elle est discrète et modeste, Codereal 3D n’a pas organisé de cérémonie en grande pompe au début de ce mois de juin, lorsque sa nouvelle machine a fait son entrée dans ses locaux d’Etupes (Doubs), dans le Technoland du Pays de Montbéliard. Si l’envie lui en avait pris, elle aurait pu imaginer un cortège solennel d’accompagnement, tant l’équipement en question fait figure d’événement dans le monde, certes pas hyper-étendu, de l’optique.

Il s’agit d’un tomographe, le nom donné à la métrologie recourant au laser, par les rayons X. Or, « nous sommes seuls à le proposer à l’échelle de la Bourgogne-Franche-Comté et du Grand Est comme prestataires de services, c’est-à-dire pour un usage externe, et non pour les besoins propres à quelques groupes qui en sont dotés, ou à des fins de recherche dans les laboratoires », expose Emmanuel Marie, le gérant de Codereal 3D.

L’acquisition de ce matériel s’est opérée auprès d’un fleuron mondial de l’optique, l’Allemand Zeiss, pour son modèle « Metrotom 1500. » Elle a mobilisé un investissement conséquent à l’échelle de la TPE de 8 salariés : 570.000 euros, apportés en partie par le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté et Bpifrance, à comparer au chiffre d’affaires situé à 730.000 euros à l’issue de l’exercice 2023-24 clos le 30 juin de l’an dernier.

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Mais l’enjeu - et l’enveloppe financière y afférente - en valent la chandelle pour Codereal 3D : « Les suppléments de fonctionnalités et la qualité de mesure que procurent le tomographe dans notre offre doivent nous permettre de nous diversifier vers de multiples secteurs autres que l’automobile », énonce Emmanuel Marie. Médical-santé, aéronautique, horlogerie, luxe, énergie, équipement électrique, connectique, les microtechniques en général, voire la Défense sont énumérées comme filières d’avenir par la TPE nord-franc-comtoise, qui s’est déjà implantée dans plusieurs d’entre elles.

Jusqu’à présent, le contrôle optique assuré par Codereal 3D se concentrait sur des méthodes classiques, à base de prises de vues de caméras décortiquant dans tous les sens les pièces posées sur l’appareil de mesure. Elles donnent lieu à modélisation 3D de la pièce sur écran, par la technique de digitalisation de la « projection de franges. » Ceci pour des analyses d’état de surfaces, des contrôles d’aspect ou encore des études de dimensionnement.

Le nouvel équipement se présente comme une grosse boîte, à l’intérieur de laquelle se niche un plateau tournant cerné d’un réflecteur d’un côté et d’un rayon X  de l’autre dont la distance et l’intensité peuvent être réglés. Le recours au laser implique le respect d’un protocole de fonctionnement strict, dans un environnement placé sous régime d’autorisation de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), plus connue pour son rôle de « gendarme » des centrales nucléaires. Quelque 2.000 à 3.000 images vont ainsi être prises sous les coutures, à 360 degrés, d’une pièce qui peut, selon les dimensions de l’installation d’Etupes, peser jusqu’à 50 kilos, et mesurer jusqu'à 1,5 mètre de hauteur et 1, 35 mètre de diamètre. « Grâce à une précision à 5 microns, le tomographe visionne des pièces de forme complexe, certaines très petites, de tout matériau possible métallique et plastique hormis le plomb. Il sait analyser des échantillons brillants contrairement à un mode conventionnel, etc. En somme, le tomographe a la capacité de tout mesurer, et il voit ce qui est invisible par ailleurs, comme le comportement d’un joint », argumente Emmanuel Marie.

Accès direct à des technologies habituellement fermées 
 

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La TPE à Etupes (Doubs) conserve en parallèle une activité de contrôle optique plus conventionnelle débouchant sur la modélisation 3D de pièces. © Mathieu Noyer


C’est donc ce « bijou » de forte puissance (225 kilovolts) que Codereal 3D propose à présent aux PME et ETI de l’ensemble de l’Est (et au-delà) désireuses d’accéder « à une technologie de mesure de très haut niveau, qui leur est fermée d’ordinaire, sans  devoir l’acquérir elles-mêmes », poursuit son gérant. L’argument doit ainsi justifier le prix de la prestation, sachant que l’utilisateur doit aussi s’assurer de disposer de la capacité de « digestion » des multiples données : celles-ci sont contenues dans de lourds fichiers, de l’ordre de plusieurs dizaines de gigaoctets chacun.

Pour justifier l’investissement, Emmanuel Marie évoque ce point : « l’optique se démocratisant, nous avons cherché à retrouver la longueur d’avance dont nous disposions. » Se placer à l'avant-garde technologique forme en effet le moteur de Codereal 3D depuis ses  débuts en 1991. Ceux-ci sont survenus dans un contexte bien sûr très différent : cette époque était celle de l'essor de la CAO (conception assistée par ordinateur). La société a alors émané à Belfort de Techni-Etudes, entereprise installée dans la cité du Lion qui concevait des machines spéciales et avait commencé à développer une offre de CAO qu’elle a logée dans une structure spécifique, Codereal 3D. Emmanuel Marie, qui faisait partie du début de l’aventure, en a pris la propriété avec d’autres salariés en 1996. 

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L'activité de métrologie représente « les deux-tiers » du chiffre d’affaires selon le dirigeant, le solde provenant de la conception d'outillages et de pièces, essentiellement par injection plastique
, ainsi que de la rétroconceptionn consistant à créer un modèle 3D à partir d'un prototype en vue de l'utiliser dans une CAO.

Historiquement, l’industrie automobile a rythmé la vie de l’entreprise, comme fournisseur d’équipementiers. Les mutations du secteur, et plus généralement la conviction de la nécessité pour toute entreprise de se diversifier, ont nourri la réflexion stratégique, jusqu’à l’action décisive du gros chèque pour le  « Metrotom »  made in Germany.

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