L’Allemagne est la direction dans laquelle l’Alsacien V-Optics trouve les voies de son avenir. Spécialiste des méthodes et appareils de détection de défauts minimes sur des composants optiques, la société de 15 personnes basée à Illkirch près de Strasbourg (Bas-Rhin) a été acquise en avril par Optocraft/Micro-Epsilon, un groupe germanique qui évolue dans la métrologie appliquée aux domaines d’intervention de V-Optics.
Cette solution s’est dégagée parmi plusieurs options qui se présentaient à la PME de 15 personnes dans le contexte de son développement. « Nous avons doublé le chiffre d’affaires en deux ans et sommes parvenus ainsi l’an dernier à un montant d’1,36 million d’euros proche du break even (le point de basculement vers l’équilibre et le bénéfice, synonyme de seuil de rentabilité, Ndlr). Toutefois, nous avions encore besoin de renforcer nos fonds propres, par levée auprès d’investisseurs, ou par adossement à une société plus grande », relate Patrick Siedel, jusqu’alors président de V-Optics.
La première option n’a pas pu se concrétiser tandis que pour la seconde, la piste de très grands groupes de l’optique (un monde dominé par des noms comme Zeiss ou Nikon) n’a pu s’actionner non plus, pour la même raison du climat « d’incertitude économique et politique » qui prévalait en France mi-2024, estime le dirigeant. En revanche, les discussions ont progressé avec trois ETI de la métrologie optique, un Canadien, un Belge et donc le duo Optocraft/Micro-Epsilon avec lequel elles ont abouti.
Fort d’un effectif de 1.600 salariés pour un chiffre d’affaires annuel de 270 millions d’euros, Micro-Epsilon fabrique des capteurs de mesure de haute précision, à travers diverses filiales et divisions thématiques, dont Optocraft dans les industries ophtalmiques, optiques et laser. Soit les domaines de spécialité de V-Optics. Dès lors, l'union faisait sens, vers une offre globalisée « qui nous permet de nous appuyer aussi sur la puissance commerciale d’Optocraft/Micro-Epsilon », selon le désormais ex-dirigeant, depuis le 30 avril. Patrick Siedel s’est retiré du capital de V-Optics de même que les investisseurs privés et business angels qui l’accompagnaient depuis la prise de contrôle de la société en 2018 à Metz avant son déménagement à Illkirch trois ans plus tard, laissant désormais l’actionnaire allemand seul propriétaire principal.

Les activités d'Optocraft portent notamment sur le contrôle des lentilles de contact, dans leurs dimensions et leurs fonctionnalités : netteté, respect de la correction optique demandée… Dans ce cadre, les appareils de V-Optics détectent les défauts venant entraver la trajectoire de la lumière. Le plus souvent invisibles à l’œil nu, ils sont mesurés au moyen de la technologie de la déflectométrie à décalage de phase. Celle-ci repose sur l’usage de rayons lumineux venant « balayer » une surface, leur déviation est analysée de sorte à détecter une irrégularité sur une surface réfléchissante ou sur le matériau transparent.
Un atout pour optimiser le précieux saphir

La société d'Illkirch applique la même technologie aux implants ophtalmiques. Et elle s’était déjà ouverte récemment d’elle-même à de nouveaux marchés. Par exemple, les verres de montre de luxe. « Nos solutions permettent de détecter leurs défauts cosmétiques avant qu’ils soient polis, économisant ainsi au fabricant une étape coûteuse qui serait finalement inutile. Dans cette même logique de contrôle en amont, nous offrons l’opportunité d’identifier les défauts sur les lentilles et les implants ophtalmiques dès la phase d’usinage », décrit Patrick Siedel.
Les verres de montre amènent aussi V-Optics dans un champ très prometteur : ils sont en saphir, matériau stratégique du monde d’aujourd’hui, que l’on retrouve dans les smartphones ou encore dans de nombreuses applications médicales ou militaires.
Par ailleurs, la nouvelle maison-mère allemande est active aussi dans l’automobile (contrôle de carrosserie), l’aérospatial, l’industrie du laser…autant de perspectives pour V-Optics. Celle-ci continuera à assurer sa prestation sur-mesure : conception et fabrication de ses appareils, grâce à ses investissements en R&D, conséquents à son échelle puisque situés entre 600.000 et 800.000 euros chaque année. La PME strasbourgeoise détient une dizaine de brevets et elle vient encore de finaliser ses dossiers pour quatre dépôts supplémentaires.



















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