Le manufacture franc-comtoise SIS prévoit la construction d’une nouvelle usine dans les Vosges où elle s’est implantée il y moins d’un an. Le groupe qui emploie 1.200 salariés en France, y fait d’ores et déjà travailler 30 personnes, mais il souhaite aller plus loin, sur le modèle de son site proche de Vesoul.


Le maroquinier franc-comtois SIS a trouvé à Epinal (Vosges), une nouvelle terre d’accueil où déployer ses savoir-faire. Un an après l’annonce de cette nouvelle implantation, en mars 2024, le groupe qui emploie 1.200 salariés en France (chiffre d’affaires de 90 millions d’euros en 2024) confirme par la voix de son directeur général, Jean-Yves Chauvy, ses ambitions pour ce site baptisé « Manufacture du cœur des Vosges. »

L’objectif du sous-traitant industriel de prestigieuses maisons françaises, belges ou encore suisses, consiste à dupliquer à Epinal ce qu’il est parvenu à réaliser ces cinq dernières années à Vaivre-et-Montoille. Dans la commune de Haute-Saône proche de Vesoul,  SIS a mis en service en 2019 la Manufacture du Lac (MDL), une société-sœur qui ne comptait à son démarrage qu’une dizaine de salariés.

 

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A l’époque, SIS avait identifié le bassin vésulien pour sa capacité démographique, sa proximité avec son siège d’Avoudrey (Doubs) et un savoir-faire ancien dans le travail de couture. Aujourd’hui, les 3.000 m² d’ateliers de MDL font travailler 200 personnes.

Connu pour son histoire textile, le territoire d’Epinal inspire les mêmes ambitions. « Nous préparons l’avenir du groupe, en planifiant ici la construction d’une usine qui pourrait faire travailler à terme jusqu’à 300 personnes », détaille Jean-Yves Chauvy. Pour l’instant, les 30 salariés en poste occupent les 1.300 m² d’une ancienne enseigne de distribution alimentaire.

 

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La Manufacture du cœur des Vosges réalise des pièces de maroquinerie haut de gamme. © SIS /Daniel Perret


Parmi eux, d’anciennes couturières d’Alcée, un fabricant de lingerie haut de gamme d’Epinal liquidé en septembre 2023. « Lorsque nous avons appris, par hasard, le dépôt de bilan de cette entreprise, nous avons demandé à rencontrer toutes ses collaboratrices. Douze se sont montrées intéressées par notre offre d’emploi », raconte le directeur général de SIS. Ces couturières ont été formées pendant 400 heures par l’Ecole de maroquinerie d’Avoudrey, interne au groupe et créée en 2011.

Afin d'accroître ses effectifs vosgiens, l’entreprise collabore étroitement avec France Travail qui sélectionne les profils via des méthodes de recrutement par simulation (MRS). Les candidats sont ensuite formés par l’école de maroquinerie via des sessions de 12 personnes délocalisées dans les Vosges. « Le recrutement est un pari sur le temps long pour lequel nous sommes attentifs à la dextérité, mais aussi aux savoir-être. L’arrêt d’Alcée a représenté une opportunité que nous avons su saisir », analyse Jean-Yves Chauvy.

 

Multiplier les petites manufactures

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Pour son nouvel atelier vosgien, le groupe SIS a recherché des compétences parmi le personnel licencié d'Alcée, un fabricant voisin de lingerie haut de gamme.  © SIS /Laurent Cheviet


La greffe semble néanmoins prendre sur ce territoire qui a l’avantage de rester dans le périmètre géographique du groupe, à une heure de route de Vesoul et deux heures du siège. Avec Epinal et Vesoul, SIS décline une stratégie éprouvée dans son bassin d’origine ; celle de créer de petites manufactures plutôt qu’une seule, de sorte à conserver des sites à taille réduite. SIS compte quatre sites implantés dans le haut-Doubs à une quarantaine de kilomètres de la frontière suisse. Le dernier en date, la manufacture MDA, a été mis en service en 2019 à Avoudrey. Il emploie 200 maroquiniers.

Cependant, son histoire récente a incité le groupe à ne pas trop rapprocher ses ateliers les uns des autres. « Nous vivons avec cette concentration de nos sites de production depuis 25 ans. Cela implique d’être innovant et attractif dans nos recrutements, en mettant en place des services pour nos salariés (crèche, salles de sport, restaurant d’entreprise, etc.) », détaille le dirigeant. Le développement du groupe s’opère désormais en dehors du territoire franc-comtois. SIS ne s’interdit d’ailleurs pas d’ouvrir de nouveaux sites sur d’autres bassins d’emplois.

 

Cessions aquisitions

 

Qui est le groupe SIS ?

SIS est né en 1998 de la reprise de trois entreprises du plateau horloger franc-comtois contraintes de déposer leur bilan suite à l'arrêt des commandes d’un grand groupe suisse. Les noms de ces entreprises – Supercuir, IWD et Softline Box – ont formé le sigle en trois lettres du groupe. Ses premiers fonds propres sont venus des primes de licenciement versées par ses 63 collaborateurs de l’époque dont 30 actionnaires salariés. L’entreprise présidée par Christian Parrenin s’est développée sur son bassin rural du Doubs, tirée par la filière horlogère suisse pour laquelle elle produit des bracelets de montre haut-de-gamme, mais aussi par la maroquinerie. SIS y compte quatre usines, pour 34.500 m² de surface de production. Outre Vesoul et Epinal, l'entreprise a créé deux autres sites loin de ses bases, en Chine et à Madagascar, où travaillent un peu plus de 500 personnes, au cumul.


Un mouvement de grève à l'initiative de la CGT s’est déroulé les 5 et 6 mars dernier dans l’entreprise Manufacture du lac (MDL), le premier dans l'histoire du site dans l’agglomération de Vesoul, en réaction aux résultats des négociations annuelles obligatoires (NAO). Parmi les revendications de la quarantaine de salariés grévistes : des augmentations de salaires, de meilleures conditions de travail et une amélioration du dialogue social.

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