Formée d’un tandem expérimenté de la sous-traitance horlogère, la société de Mamirolle poursuit avec succès le déploiement d’une offre technologique spécifique et ciblée sur différents composants du bracelet, ce qui la place parmi toutes les grandes marques et lui a ouvert les portes d’autres marchés, dont la maroquinerie. Elle vient d’acquérir du matériel pour un procédé complémentaire, le coulé sous vide.
Le coulé sous vide ne va pas complètement changer la vie de Corium Développement. Mais un peu quand même. Cette technique d’injection de résine – polyuréthane en général - de haut en bas, par recours à la loi naturelle de la gravité, et sans pression extérieure d’air (sous vide), vient d’être adoptée par la petite entreprise de Mamirolle (Doubs).
Sous-traitante de l’industrie horlogère et maroquinière depuis son origine en 2006, celle-ci a acquis en première partie de cette année 2024, pour environ 50.000 euros, les machines nécessaires à sa mise en œuvre. Elle s’est ainsi dotée des moules en silicone à partir desquels les formes se réalisent, sur la base de dessins des clients ou de l’impression 3D. « Nous avons conçu notre propre atelier dédié, en montant une ligne complète », indique Alain Bohnenblust, qui forme avec Anthony Marteau le tandem constitutif de Corium, depuis leur création commune.
Avantages ? « Nous nous dotons de notre propre process, nous pouvons ainsi garantir aux clients la maîtrise de A à Z », répond Anthony Marteau. La technique, dénommée vacuum casting en anglais, est particulièrement bien adaptée aux prototypes et petites séries, soit le champ d’intervention principal de la société des environs de Besançon, qui ne s’interdit pas d’honorer des commandes plus volumineuses cependant.
Corium Développement les engrange dans un domaine de prédilection : les composants de bracelets. L’entreprise a démarré par la conception de leur insert qui attache la montre et par le gainage (en cuir) de ce même insert. Puis elle a ajouté, en 2009, l’âme souple qui prolonge l’insert, par la mise au point d’un produit spécifique, dont elle a déposé la marque à l’INPI (Institut national de la propriété industrielle), le « Corioflex. » « Il est un peu au bracelet ce que la chambre à air est au pneu », compare Alain Bohnenblust. Une autre source de valeur ajoutée est venue, en 2012, de la mise au point de la seconde marque déposée, le « Corioform » : la TPE applique ici le principe de l’embossage du cuir, ce qui donne à la matière à la fois de la souplesse, une plus grande durabilité dans le temps et la propriété de pouvoir réaliser sur elle des formes en relief.
Des alternatives au cuir

En ajoutant la nouvelle étape du coulé sous vide, Corium Développement s’arme un peu plus pour répondre à une évolution majeure du petit monde du bracelet : la diversification de ses matières. Selon les tendances – et les éventuelles campagnes médiatiques… - les revêtements de type requin, veau ou alligator sont plus ou moins en vogue. Et plus généralement, le cuir se retrouve concurrencé par le caoutchouc. Mais au sein de cette famille aussi, les choses bougent avec l’acceptabilité moindre de sa version à base de fluor longtemps prisée, le FKM - fluoroélastomère (marque « Viton »), dont l’autorisation est en sursis du fait de sa classification parmi les PFAS, les « polluants éternels. » Le coulé sous vide permettra aussi de créer des caoutchoucs de couleur.
A l’inverse, « le tissu est très demandé, mais il est compliqué à travailler. Nous répondons par des revêtements qui transfèrent les textures au cuir, donnant à celui-ci un aspect et un toucher rappelant le tissu », décrit Anthony Marteau.
Ainsi acquis, entretenu et amélioré, le savoir-faire porte ses fruits. Il n’est guère de marques, « petite » ou grande, de l’horlogerie qui ne fasse appel à Corium Développement, directement ou via leur fournisseur de rang 1. La présence exhaustive de la TPE sur ce marché la prémunit ainsi au mieux des mutations et concentrations de celui-ci.

Mais le tandem n’entend pas se cantonner à ce débouché certes majoritaire au sein du chiffre d’affaires, d’un montant laissé confidentiel. Ayant démarré dans la sous-traitance pour la maroquinerie, Anthony Marteau et Alain Bohnenblust font de celle-ci un autre pilier de développement. La lunetterie a occupé une place significative jusqu’à la faillite récente d’un client important jurassien, elle peut donc aussi reprendre du poids dans l’activité à tout moment. « Le coulé sous vide présente également pour nous l’intérêt de pouvoir, sur le principe, servir d’autres industries, qui emploient cette technologie », ajoutent les dirigeants.
Les nouveaux matériels pour sa mise en oeuvre, implantés comme les précédents bien à l’abri des regards dans les locaux de Mamirolle, viennent conforter la réputation et la compétitivité de la TPE dans l’univers bien particulier où elle évolue. Sa discrétion va bien à ses clients. Ils savent toquer à la porte très anonyme dans la zone d’activités où Corium Développement se niche, presque cachée.













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