MAROQUINERIE/HAUTE-SAÔNE. Toujours en croissance, avec bientôt 1.000 salariés et 4 sites de production, SIS vient tout juste de créer une société sœur dans l’agglomération de Vesoul.

La Manufacture du lac, c’est son nom, lui fournira sous-ensembles et composants de maroquinerie et pourrait compter, à terme, 35 salariés. Un projet jusque-là tenu secret et auquel ont été associés collectivités et partenaires locaux.

 

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Travail de couture dans l'un des ateliers de production du maroquinier SIS à Avoudrey. © Laurent Cheviet.

 

Avant d’aborder ce nouveau développement stratégique du maroquinier franc-comtois, petit rappel historique. SIS a commencé rue de la Gare, à Avoudrey (Doubs), en novembre 1998, il y a pile 20 ans. L’entreprise est née du rapprochement de trois sous-traitants horlogers, les fabricants de bracelets de montres : Softlines, IWD et Supercuir, dont les initiales ont donné SIS.

 

Les vingt ans de l’entreprise ont été fêtés avec les 950 salariés par une belle soirée d’été à la Saline Royale d’Arc-et-Senans. SIS avait fait les choses en grand. Car vingt ans après sa création, l’entreprise s’apprête à passer la barre des 1.000 salariés. Son cœur bat toujours à Avoudrey, où son siège côtoie l’École de maroquinerie d’Avoudrey - l’EMA, créée en 2011 pour former les artisans dont elle allait avoir besoin en nombre - et bientôt deux ateliers.

 

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Le groupe continue à former et recruter une centaine de personnes par an. A terme, avec quatre ateliers de 250 maroquiniers chacun et les services centraux, SIS comptera 1.400 salariés. « Et on s’arrêtera là », assure Jean-Yves Chauvy, son directeur général. « Nous faisons un métier d’artisan, il nous faut garder une taille humaine. »

 

« Une poche d’air »

 

SIS s’arrêterait donc là ? A vrai dire pas tout à fait. Le groupe est en train de créer une société sœur, dans l’agglomération de Vesoul (Hautte-Saône), pour assurer une partie des travaux de sous-traitance confiés à des fournisseurs français.

 

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SIS s'apprête à passer la barre des 1.000 salariés. © Laurent Cheviet.

 

Un atelier de maroquinerie qui préparera des composants et des sous-ensembles de produits assemblés ensuite dans les ateliers SIS, et qui n’aura pas d’autre client que SIS. Il pourrait compter jusqu’à 35 maroquiniers.

 

« Nous avons dédié des ateliers à certains de nos donneurs d’ordre du luxe. Vesoul nous donnera du dynamisme et permettra de muscler nos structures actuelles, ce sera une poche d’air », assure ce patron atypique : citoyen suisse, il croise chaque matin les frontaliers qui font la route dans l’autre sens…

 

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Jean-Yves Chauvy avait identifié le bassin de Vesoul pour sa capacité démographique, sa bonne distance d’Avoudrey, sa filière de formation et un savoir-faire ancien dans le travail de couture. « Les premières personnes que l’on voit, avec l’aide de Pôle Emploi, sont des couturières. »

 

Pôle Emploi est l’un des partenaires du projet, avec la ville et l’agglomération de Vesoul, mais aussi le Greta de Haute-Saône, l’AER (Agence économique régionale), la préfecture et la région Bourgogne-Franche-Comté.

 

Démarrage envisagé en février 2019

 

Le projet est suffisamment avancé maintenant pour que SIS accepte d’en parler. Jusque-là, les partenaires avaient travaillé en toute discrétion. L’AER a aidé à identifier un lieu : des locaux à Vaivre-et-Montoille, au bord du lac, d’où le nom de la société créée en ce mois de novembre : MDL, pour « Manufacture du lac », et servi de guide pour les différents soutiens possibles.

 

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Travail de teinture et de finition à Avoudrey. © Laurent Cheviet.

 

Les travaux sont en cours et, parallèlement, Pôle Emploi organise des réunions d’information auprès de demandeurs d’emploi. La première aura lieu cette semaine. La sélection des futurs collaborateurs se fera ensuite par la méthode de recrutement par simulation qui a fait ses preuves pour l’école d’Avoudrey qui, elle, lancera dans quelques jours sa 68e session de formation.

 

Les candidats retenus seront ensuite formés au métier en 400 heures par l’EMA, dans les locaux du Greta de Vesoul, puis embauchés s’ils donnent satisfaction.

 

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A priori, MDL pourrait démarrer son activité en février 2019 avec 10 ou 15 personnes. « Notre stratégie est de créer des noyaux forts et aguerris et d’y aller lentement, petit à petit. On vise plutôt trois wagons de dix plutôt qu’un flot continu. Ce nouvel atelier nous apportera confort et flexibilité et continuera à conforter l’emploi de nos manufactures. »

 

Elle permettra aussi à l’entreprise de ne pas laisser passer les petits nouveaux de la maroquinerie auxquels elle pouvait difficilement répondre avec ses ateliers dédiés à ses gros clients du luxe. Joli programme. 

 

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Jean-Yves Chauvy, directeur général de SIS. © Laurent Cheviet.

 

Le prix de la confidentialité

 

Le projet a avancé sans faire de bruit. Les grands noms du luxe français font fabriquer leurs sacs à mains sur le plateau jurassien, qui leur offre un travail de qualité et un label made in France, mais SIS n’a pas le droit décliner leur identité. Fiers de fabriquer dans l’Hexagone mais pas question pour autant de faire savoir qu’on sous-traite son noble métier.

Une attitude un peu paradoxale mais qui s’explique : rester discret et ne pas dévoiler toutes les coulisses pour continuer à vendre du rêve… Selon Jean-Yves Chauvy, on pourra même de moins en moins visiter les ateliers.

« La confiance s’est installée entre nous. Nos clients se réservent la paternité de la communication, et nous leur réservons la confidentialité. Ils ont des exigences mais ils nous donnent aussi des gages sur la pérennité du travail. »

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