Le reconditionnement est désormais une nouvelle activité stratégique pour le groupe Seb, qui a inauguré vendredi 25 avril la plateforme où seront acheminés puis traités les appareils électroménagers en provenance de toute l’Europe en vue de leur donner une seconde vie. Une trentaine de salariés est aujourd’hui mobilisée, mais les perspectives sont prometteuses, dans un contexte de transition écologique et d’évolution des comportements de consommation. Le choix de Seb est assez inédit parmi les grands industriels.
« Tout (re)commence ici. » Le slogan est un clin d’œil à l’histoire de la Société d’Emboutissage de Bourgogne, née entre Selongey et Is-sur-Tille. En 1857, Antoine Lescure s’installe dans le secteur comme rétameur ambulant, et, au regard de l’actualité de ce 25 avril 2025, cela ne relève pas de l’anecdote. « Son métier consistait à nettoyer et à réparer les articles de ferblanterie, à remplacer l’étain usagé par un nouveau, autrement dit à protéger les casseroles et autres couverts pour augmenter leur durée de vie », rappelle Pierre-Antoine Deletombe, directeur du projet reconditionnement.
Quelques décennies plus tard, c’est au groupe Seb qu’on doit le concept et même le mot, désormais inscrit dans le dictionnaire, de « réparabilité » : le leader français de l’électroménager (50 usines dans le monde, un chiffre d’affaires d’un peu plus de 8 milliards d’euros en 2024 et 32.000 collaborateurs) s’engageait à réparer toutes ses machines pendant 10 et bientôt 15 ans. L’atelier existe toujours, à la porte de la Chapelle à Paris.
Le fait d’offrir une seconde vie à ses produits est finalement inscrit dans l’ADN de l’entreprise, dont le siège est installé près de Lyon à Ecully depuis les années 1970 mais qui a préservé ses deux sites industriels historiques en Côte-d’Or (avec près de 1.000 salariés) et s’apprête à inaugurer une plateforme logistique à Til-Châtel, toujours en Côte-d'Or.
C’est précisément à Is-sur-Tille, là où sont nées les friteuses sans odeur et, plus tard, sans huile (15 millions d’Actifry y ont été fabriquées), que la plateforme européenne de reconditionnement du groupe Seb est désormais opérationnelle. Elle a été inaugurée ce vendredi 25 avril. Une partie seulement des 13.000 m2 de l’ancienne unité de production des friteuses (désormais fabriquées « sur d’autres sites du groupe ») est actuellement occupée par la nouvelle activité. « Nous sommes le seul groupe industriel français à avoir intégré une activité de reconditionnement de cette envergure », souligne Guillaume Hanoteau, directeur du site d’Is-sur-Tille.

Avec 50.000 pièces traitées par an dans un premier temps, et au moins 100.000 à terme, Seb met le paquet sur le reconditionnement, espérant générer un surcroît d’activité significatif – le service communication est avare en chiffres, il ne sera pas possible de connaître ni l’investissement consenti (*) ni les perspectives de recettes. « Nous recevons ici, depuis février dernier, des appareils destinés à être reconditionnés, explique Pierre-Antoine Deletombe. Ce sont des machines renvoyées par les clients dans le cadre de leur délai légal de rétraction après achat, d'autres souffrant d’une panne ou encore des emballages endommagés lors des opérations logistiques. »
Les appareils appelés à revenir sur le marché proviennent pour l’instant de France, d’Espagne et d’Allemagne, mais rapidement l’Italie, la Pologne, la Belgique et les Pays-Bas expédieront à leur tour vers Is-sur-Tille. Les effectifs actuellement déployés pour cette activité (23 personnes à l’atelier et 11 dans les services supports) seront étoffés à mesure que l’activité va croître, laissant espérer des créations nettes d’emplois. « L’analyse des pannes, transmise à nos différents centres de développement, contribuera à améliorer encore notre process qualité », précise Guillaume Hanoteau.
Massification et process industriel

Jusqu’à présent, lesappareils devenus inutilisables étaient récupérés localement et bien souvent détruits. La nouvelle activité consiste à massifier les flux, qui sont ensuite traités en mode industriel, avec pour objectif de remettre les produits sur le marché, via les magasins des différentes enseignes du groupe, à un prix inférieur de 20 à 30 % au neuf et avec la même garantie. Rien à voir avec l’occasion donc, consistant à acheter à ses risques et périls, ni avec la réparation, qui permet à un client de récupérer sa machine après son passage à l’atelier.
Actuellement, 65 références sont gérées à Is-sur-Tille, arborant les marques Moulinex, Calor, Krups et Rowenta. « Nos techniciens sont allés se former dans nos différents sites de production, pour connaître parfaitement les produits : à Pont-l’Évêque (Calvados) pour les soins du linge, à Mayenne (dans le département éponyme) pour l’électroménager, à Vernon (Eure) pour l’aspiration, à Faucogney-et-la-Mer (Haute-Saône) pour les pièces détachées, souligne Pierre-Antoine Deletombe. Nos équipes sont ainsi constituées d’experts polyvalents. » Ceux-ci passent au crible chaque appareil reçu, qu’il s’agisse d’un aspirateur, d’une centrale vapeur ou d’une cafetière, ils le nettoient, l’analysent, effectuent les éventuelles réparations ou remises en état, avant de le remballer non sans avoir « signé » leur travail.
Car Seb entend bien faire savoir sa stratégie en faveur du reconditionnement. Celle-ci s’inscrit dans sa politique de responsabilité sociétale, laquelle s’est traduite par exemple par des investissements pour la réduction de la consommation en énergies et en eau du site voisin de Selongey. L’entreprise se positionne ainsi sur le marché en pleine croissance de la seconde main, estimé à 115 milliards de dollars à l’horizon 2032, avec une quantité de déchets électroniques appelée à passer de 62 millions de tonnes en 2022 – elle devrait passer à 82 millions d’ici à 2030. La clientèle, notamment les jeunes générations, répond présent, puisque 45 % des Français ont acheté un appareil reconditionné (souvent un smartphone) en 2024.
Le reconditionnement, relevant de l’économie circulaire, présente naturellement des vertus écologiques : la remise sur le marché d’un appareil électroménager a rejeté 78 % de CO2 de moins que la production d’un appareil neuf, et a nécessité 86 % d’eau en moins. « Il n’est donc pas seulement une nouvelle activité industrielle, résume Thierry de La Tour d’Artaise, président du groupe. C’est une vision, une transformation et une conviction. »
L’innovation au service de la transition s’est nichée jusque dans la méthode déployée par Seb pour concevoir son nouveau process industriel : « Nous avons fonctionné en mode start-up – agile, créatif et rapide –, en impliquant 80 personnes de 20 départements différents du groupe », souligne Pierre-Antoine Deletombe. Engagé en septembre 2024, le projet est donc déjà sur les rails. Un pari de plusdans la longue histoire de la Société d’Emboutissage de Bourgogne.
(*) Le montant d'1,5 million d'euros avait été indiqué à l'annonce du projet l'an dernier









































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