Fruit d’une collaboration entre le département de micro-nanosciences et systèmes (MN2S) de l’institut de recherche franc-comtois Femto-ST et les hôpitaux universitaires de Genève, le dispositif BlooDe promet de détecter le risque hémorragique en mois d’une heure. Le prototype a passé les premiers tests de laboratoire avec succès. Les chercheurs travaillent maintenant sur l’amélioration de ses composants avant d’envisager une production industrielle.


Une cartouche jetable chargée de trois échantillons sanguins équivalents permet de mesurer rapidement et sans ambiguïté possible l’évolution du débit sanguin. Si la courbe est normale, si l’hémostase – la capacité du sang à combler une brèche – se passe bien, la réponse est donnée en 5 minutes.

Lancé en 2016 pour durer trois ans, le projet de recherche a tenu ses promesses : baptisé BlooDe, le petit appareil fournit en moins d’une heure des informations importantes sur le fonctionnement plaquettaire du patient. Des informations cruciales avant une intervention chirurgicale : son propos est de détecter de façon rapide et ultrafiable d’éventuelles défaillances du système hémostatique (la capacité à lutter contre les saignements) pour éviter une grave hémorragie ou, à l’inverse, une thrombose.

 

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Fruit d’une collaboration entre les équipes du département de micro-nanosciences et systèmes (MN2S) de l’institut de recherche franc-comtois Femto-ST et les hôpitaux universitaires de Genève, BlooDe se pose en concurrent sérieux de l’appareil d’une grande marque allemande équipant la plupart des hôpitaux. Conçu dans une approche plus physiologique, BlooDe s’annonce aussi plus rapide et plus fiable. « Nous nous sommes basés sur le retour d’expérience de médecins qui contestent certaines performances », explique Wilfrid Boireau, directeur de recherche CNRS et du département MN2S. « Nous visons une meilleure reproductibilité, une meilleure sensibilité et un appareil plus discriminant, avec différents grades de dysfonctions. »

Le prototype a passé les premiers tests de laboratoire avec succès

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L'appareil BlooDe (à gauche) est le fruit d’une collaboration entre les équipes du département de micro-nanosciences et systèmes (MN2S) de l’institut de recherche franc-comtois Femto-ST (à droite) et des hôpitaux universitaires de Genève © Femto St

Le projet avait été initié par les chercheurs de l’équipe Biomicrodevice, l’un des cinq groupes du département MN2S, à Besançon. Dans une première phase exploratoire, en 2015, il avait réuni un consortium d’acteurs locaux (Etablissement Français du Sang de Bourgogne-Franche-Comté, CHU de Dijon, NVH Medicinal) pour mobiliser des fonds de maturation régionaux (budget : 57.000 €) afin de mettre au point, en un an, un démonstrateur convaincant.
Pari tenu. Le premier prototype de BlooDe a été livré dès le premier semestre 2016. Un projet Interreg avait alors été monté (budget : 445.300 €, dont 240.000 € de subventions), qui impliquait cette fois des partenaires suisses, pour pousser plus loin les travaux.
BlooDe s’approche au plus près des conditions réelles de circulation du sang en reproduisant son mouvement liquide mais aussi des brèches dans la paroi des vaisseaux – les brèches devant être comblées par les plaquettes sanguines. Un système de pompes fait circuler le sang à analyser dans  des microcanaux façonnés à l’intérieur des cartouches. « Quelques millilitres suffisent pour obtenir un résultat informatif », indique Thomas Lecompte, professeur à la faculté de médecine de l’université de Genève et partenaire du projet.

 

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Le financement de BlooDe a pris fin officiellement le 26 juin mais les travaux continuent.  Le prototype a passé les premiers tests de laboratoire avec succès et les chercheurs travaillent maintenant sur l’amélioration de ses composants – notamment des cartouches, qui pourraient inclure un collagène synthétique unique au niveau international – avant de commencer à envisager une production industrielle.
« Nous avons besoin de lever de nouveaux fonds pour la suite. Derrière, il y a évidemment la volonté de créer une start-up et des emplois ici, à Besançon », explique Wilfrid Boireau. 
En attendant, une exploitation de l’étude clinique est prévue en milieu hospitalier élargi, en France et en Suisse, et le prototype pourrait être testé par des laboratoires via l’ISTH (International society on thrombosis and haemostasis).
À Besançon, mi-juillet, Sylvain Midrouet, ingénieur d’études Femto-ST ayant travaillé sur le projet, a obtenu une bourse régionale de docteur-entrepreneur pour poursuivre les travaux R&D et faciliter le transfert de technologie.

Qui sont Wilfrid Boireau et Sylvain Midrouet ?

wilfriedPorteur du projet BlooDe côté français, Wilfrid Boireau (photo ci-contre) est biochimiste et avait été recruté au sein d’une unité de recherche CNRS à Besançon pour développer une activité entre physique et médecine. Il avait notamment été cofondateur de la plateforme Clipp, fruit de la fusion entre les plateformes protéomiques des universités de Bourgogne et de Franche-Comté, en 2008.
Formé à l’ISIFC et ingénieur d’études à Femto-ST, Sylvain Midrouet a travaillé sur le projet BlooDe pendant six mois avant d’obtenir une bourse de docteur-entrepreneur de la région Bourgogne-Franche-Comté en juillet 2019. Son objectif : créer une start-up pour poursuivre l’aventure en vue d’industrialiser le produit.

 

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