Le groupe Lincet poursuit sa conquête historique dans les fromages à pâte molle comme le Brillat-Savarin IGP, avec un projet d’investissement de près de 25 millions d’euros sur son site de Brochon qui deviendra aussi un centre d’accueil pédagogique. L'expansion est d’ampleur pour cette entreprise familiale de 190 salariés, qui en est à sa sixième génération.
Dix-huit millions d’euros : l’investissement du groupe Lincet était déjà très conséquent en soi, à l’échelle de la fromagerie familiale. A savoir le transfert d’une partie de l'activité de Saligny (Yonne) à Brochon en Côte-d’Or, déjà hôte de l’un de ses établissements - le troisième étant localisé dans l’Aube. Mais de surcroît, l’inflation du prix des matériaux est passée par là. Si bien que le budget grimpe dorénavant à quelque 25 millions d’euros, soit l’équivalent d’une bonne moitié du chiffre d’affaires annuel, situé à 45 millions d’euros en 2023.

Qu’à cela ne tienne, Didier Lincet le président du groupe de 190 salariés, reprend les négociations pour tenter de se rapprocher du montant initial, par l’« optimisation. » Il escompte démarrer fin 2024 les travaux, d’une durée prévue de deux ans et demi.
Le projet est ambitieux. Il vient ajouter la production à pâtes molles à celle à croûte lavée assurée à Brochon par Gaugry, l’une des trois fromageries du groupe, qui donne l’Epoisses ou encore le Soumaintrain, moins connu mais au goût fleurant bon le terroir.
Ce futur atelier d’une superficie de 3.000 m2 devrait accueillir 15 salariés supplémentaires (par rapport à l’effectif actuel de 35 chez Gaugry) afin de fabriquer les fromages notamment à triple crème comme le Brillat-Savarin. Le lieu a son importance, pas seulement parce que le groupe maîtrisait le foncier du terrain d’implantation : Brochon fait partie de la zone IGP (indication géographique protégée) du Brillat-Savarin, obtenue il y a sept ans. Or de génération en génération, les Lincet n’ont cessé de tout miser sur l'appellation d’origine contrôlée (AOP) et les IGP. D’après les chiffres du Conseil national des appellations d’origine laitières (CNAOL), le Brillat-Savarin IGP a le vent en poupe avec 2.038 tonnes commercialisées en 2022, soit une augmentation de 7% par rapport à l’année précédente. De quoi offrir de belles perspectives au groupe.
Un centre pédagogique pour rayonner
L’atelier de production s’accompagnera d’un centre pédagogique comprenant un espace de vente et de dégustation. Le site de Brochon accueille déjà un public touristique dans son magasin, mais le groupe souhaite aller plus loin et développer un lieu mêlant production et visites du public, un peu à l’image de l’initiative du moutardier Fallot à Beaune (Côte-d'Or).
Le visiteur y apprendra le principe de fabrication des fromages, en partant du lait - ce qu'il faut pour le produire de qualité - pour présenter les appellations, les cahiers des charges, jusqu'à l'étape de l'affinage. « Les techniques modernes autour de l’imagerie sont aujourd’hui disponibles pour rendre plus attractive et interactive notre mission d’accueil du public, dans une installation comme celle-ci inscrite dans la modernité, puisqu'elle date de 2002 », ajoute Didier Lincet.
Ce projet de grande ampleur se conçoit comme une vitrine géante de l’entreprise, le long de la route des vins de Beaune, dans le but aussi d’accroître la notoriété auprès d’un public international. L'export forme le lieu de destination de 30% des 5.000 tonnes produites par l’entreprise au total de ses trois sites.

L’histoire de l’entreprise familiale Lincet remonte à 1895. À l’époque, les ancêtres du groupe créent une fromagerie à Gaye dans le sud de la Marne. En 1957, les générations suivantes s’implantent dans l’Yonne avec la fromagerie de Saligny qui fabrique aujourd’hui du Chaource AOP, du Brillat-Savarin IGP et le Délice de Bourgogne. Les deux fromageries fonctionnent ensemble avec une mise en commun des moyens commerciaux et administratifs. Le père de Didier Lincet vend le site de Gaye en 1981 en conséquence de la déperdition des ressources laitières dans la Marne. Il acquiert la fromagerie de Vaudes dans l’Aube en 2005, lieu de production du Chaource AOP. Ce sera ensuite le tour de Gaugry à Brochon, racheté en 2012.
À 61 ans, il reste encore quelques années de travail à Didier Lincet qui pense toutefois à sa succession. Représentant la sixième génération, son fils Grégoire assure la direction du groupe aujourd’hui. Sa fille Mathilde, qui les a rejoints depuis deux ans, est en charge de la communication, du marketing et de la démarche RSE, tandis que son épouse, à la direction des ressources humaines, prendra sa retraite en 2026. Ainsi, la saga des Lincet devrait se poursuivre autour de son nouveau projet fédérateur.
Photos fournies par l'entreprise











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