Le groupe français de traitement de déchets a annoncé, ce 16 février avec ses partenaires technologiques canadien et sud-coréen, le choix de la plateforme chimique de Carling-Saint-Avold pour implanter une usine de production de plastiques PET issus du recyclage de leurs variétés aujourd’hui vouées à l’incinération. Le marché qui s’ouvre justifie un investissement de 450 millions d’€ qui doit créer 200 emplois directs à la mise en service en 2027.
L’économie circulaire apporte un projet d’investissement majeur en Lorraine, sur l’un des sites les plus emblématiques en France de la transition de la pétrochimie vers une « chimie verte » : la plateforme de Carling-Saint-Avold (Moselle). Le groupe Suez associé à deux partenaires, canadien (Loop Industries) et sud-coréen (SK Geo Centric) va y implanter une usine de production de plastiques PET entièrement d’origine recyclée.
La capacité prévue de 70.000 tonnes par an requiert un investissement de 450 millions d’€ qui permettra la création de 200 emplois directs à la mise en service qui est visée en 2027, après deux ans de travaux.
L’enjeu consiste à trouver une valorisation sous forme de matière à des plastiques dont la complexité ne le permettait pas jusqu’à présent, les condamnant à être brûlés. La matière qui sera transformée est constituée des variétés de poléthylènes téréphtalates, les PET, incompatibles avec le recyclage mécanique qui bénéficie aux bouteilles plastiques.
Leur composition en multicouches ou le fait d’être colorés les excluent de ce process désormais largement éprouvé, alors qu’ils sont fort répandus dans la vie courante. « Ils sont triés par les industriels du déchet conformément à la règlementation sur l’extension des consignes de tri en application depuis le 1er janvier dernier, mais ils sont actuellement envoyés à l’incinération, faute de débouchés », explique Nicolas Béquaert, directeur général délégué recyclage et valorisation France du groupe Suez.
Le projet lorrain entend combler ce vide. Les PET, ainsi que les fibres de polyester de façon plus marginale, qui sortiront de ses lignes « fourniront au marché européen de la résine PET une qualité vierge 100 % recyclée et recyclable à l’infini, dont la capacité permettra de répondre à la demande croissance en PET recyclée, encouragée par la règlementation européenne », exposent les trois partenaires dans un communiqué. De quoi, selon eux, « économiser plus de 255.000 tonnes d’émissions de C02 par an par rapport au PET vierge issu d’un procédé pétrochimique traditionnel. »
Trois partenaires, trois fonctions

Le trio qui s’est constitué pour la concrétisation, à parts égales dans une société commune, se répartit les fonctions de façon claire. Le Canadien Loop Industries, société d’innovation de 80 personnes fondée en 2014, apporte avec sa technologie « Infinite Loop » le procédé de « méthanolyse » qui consiste à dépolymériser des déchets plastiques en vue d’obtenir des monomères pouvant être réintroduits dans les chaînes de production de PET.
SK Geo Centric, filiale du conglomérat industriel sud-coréen SK employant 100.000 salariés, amène sa connaissance des procédés pétrochimiques permettant de reconstituer un PET vierge à partir de déchets. Quant à Suez, le géant français du recyclage qui compte 35.000 collaborateurs, il se chargera de capter le gisement de déchets représentant 90.000 à 100.000 tonnes en entrée de ligne.
La genèse de ce projet a connu plusieurs épisodes avant d’ atterrir dans l’est de la Moselle et d'acquérir cette dimension. Dans une première annonce en septembre 2020, Loop Industries avait tracé la perspective de 75 millions d’€ d’investissements pour une mise en service en 2023. Deux ans plus tard, le compteur avait grimpé à 250 millions d’€ pour une implantation à Port-Jérôme (Seine-Maritime), autre haut-lieu français de la chimie, mais qui a été réservé entre temps par l’Américain Eastman pour un mégarecyclage de polyesters issus de 160.000 tonnes par an d’emballages ménagers et de produits textiles.
La localisation à Saint-Avold présente toutefois au moins autant de pertinence, souligne Nicolas Béquaert. « Au cœur d’un bassin de consommation transfrontalier qui concentre, dans un rayon de 500 km, une importante partie de la population européenne, elle va nous permettre de capter d’importants volumes d’emballages post-consommation », expose le dirigeant de Suez.
Trois sur cinq dans le Grand Est
« Infinite Loop » s’inscrit dans une vague de plus en plus montante d’investissements en France dans le recyclage chimique du PET et du polyester. Il porte en effet l’enveloppe cumulée à 2 milliards d’€ et à cinq le nombre de sites, après Strasbourg (Bas-Rhin), où Soprema a ouvert en 2019 une petite unité avant-gardiste de 3.000 tonnes de PET par an de barquettes transformées en polyol (composant des mousses isolantes en polyuréthane pour le bâtiment, spécialité du groupe familial), puis Longlaville (Meurthe-et-Moselle), où le Français Carbios prévoit la mise en service mi-2025 d’une usine de recyclage du PET par voie enzymatique sur le site de son partenaire Indorama Ventures (200 millions d’€ et 150 emplois), l'usine du Japonais Toray à Saint-Maurice-de-Beynost (Ain), théâtre d’un projet commun à partir de 80.000 tonnes de déchets d’IFP Energies Nouvelles, Axens et Jeplan, et donc Eastman, attendu en 2025 à Port-Jérôme.
Ainsi, trois des cinq sites sont concentrés dans le Grand Est.

La plateforme de Carling-Saint-Avold (Moselle) regarde désormais vers la chimie du futur. Né en 1954 pour valoriser les sous-produits du charbon lorrain, le site de 600 hectares avait été contraint de se réorienter vers la pétrochimie de base à partir des années 1970. L’arrêt du dernier vapocraqueur en 2015 a poussé TotalEnergies, principal acteur sur place, à mobiliser 180 millions d’€ dans la troisième reconversion de son activité, cette fois dans la fabrication de polymères et de résines d’hydrocarbures.
Dans le même temps, les industriels de cette plateforme classée Seveso seuil haut se sont structurés en 2013 sous la bannière de l’association Chemesis afin d’attirer de nouvelles entreprises, notamment dans la chimie verte. Depuis, cinq nouvelles implantations industrielles ont été mises en service (ou sont en voie de l’être) par SNF, Stockmeier, Circa, Metex Noovista et Afyren Neoxy. Pour Corinne Loigerot, présidente de Chemesis et directrice du site de Carling chez TotalEnergies, « le projet de Loop Industries, SK Geo Centric et Suez s’inscrit dans les activités que notre association souhaite développer autour de l’économie circulaire et de la chimie verte. »
TotalEnergies a d’ailleurs annoncé, fin 2022, un investissement de 11 millions d'€ sur place dans une nouvelle ligne de production de granules de polypropylène compound (PPC) d'ici à 2024, capable d’intégrer des matières plastiques recyclées. Quant au nouveau projet Infinite Loop, il devrait occuper 20 hectares de terrains, laissant encore une même superficie disponible, hors des réserves foncières sur les sites des industriels historiques TotalEnergies, Arkema et GazelEnergie.



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