Deux unités de biochimie représentant au total de 108 millions d’€ d’investissement devraient générer une centaine d’emplois d’ici à 2021 sur la plateforme de Carling Saint-Avold (Moselle). La pose de la première pierre du projet porté par METabolic EXplorer (METEX) a ouvert le bal cet été, en attendant le premier coup de pioche du projet annoncé par AFYREN au printemps dernier. Ces opérations sont réalisées dans le cadre de co-entreprises créées avec le fonds Sociétés de projets industriels (SPI) de Bpifrance. Les procédés industriels reposent tous les deux sur la fermentation naturelle de matières premières.

La pose de la première pierre de l’unité de production de METabolic EXplorer (METEX), cet été à Carling Saint-Avold (Moselle), marque un tournant « historique » pour la plateforme chimique.  L’événement a été salué par Jean Rottner, président du Conseil régional du Grand-Est qui entend faire rimer « transition industrielle » et « innovation technologique » dans sa région. « C’est la première pierre d’une nouvelle histoire » a salué pour sa part Isabelle Patrier, directrice de Total Développement Régional.  
Le site créé en 1947 en vue d’exploiter la chimie du charbon (carbochimie), puis réorienté vers la pétrochimie dans les années 60, prend un virage vers la biochimie sur la base de deux projets. METEX et AFYREN, deux sociétés implantées sur le Biopôle de Clermont-Limagne (Puy-de-Dôme) ont choisi le site Seveso lorrain pour industrialiser leurs technologies innovantes. Les deux sociétés annoncent un investissement total de 108 millions d’€ avec, à la clé, la création d’une centaine d’emplois directs.


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Les deux opérations apparaissent assez similaires, tout d’abord dans leur montage financier. METEX et AFYREN réalisent en effet leurs investissements dans le cadre de co-entreprises créées avec le fonds Sociétés de projets industriels (SPI) de Bpifrance. « Le fonds SPI a vu le jour en 2015 sur la base d’un constat : l’industrialisation de technologies innovantes implique des capacités d’accompagnement capitalistique sur le long terme. C’est à cette même période que nous avons rencontré les dirigeants de METEX. Ils s’étaient tournés vers la Malaisie et la Corée du Sud, car il était à l’époque impossible d’industrialiser leur solution en France », rappelle Magali Joessel, la directrice du fonds.
La co-entreprise Metex Nøøvista, est détenue à 45% par SPI et 55% par METEX, tandis qu’Afyren Neoxy est détenue à 49% par la banque publique et 51% par AFYREN.

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Benjamin Gonzalez, PDG de METEX, le 18 juillet dernier à Saint-Avold (Moselle), a annoncé une mise en service de son unité de biochimie au second semestre 2020. © Philippe Bohlinger

Côté production, les procédés industriels des deux sociétés reposent sur la fermentation naturelle de matières premières recyclables. La comparaison s’arrête-là. AFYREN prévoit de synthétiser 16.000 tonnes par an d’acides organiques à partir de co-produits de l’industrie sucrière. Sa cible sont les marchés de la chimie fine, de la cosmétique, des arômes, des parfums, de la nutrition animale et humaine. 
METEX va transformer 6.000 tonnes par an de 1,3 propanediol (PDO) et d’acide butyrique (AB), des substituts aux dérivés pétrochimiques fabriqués à partir de glycérine, un sous-produit des industries du savon et du biodiesel. Le PDO intéresse les marchés de la cosmétique et des polymères biosourcés, tandis que l’AB cible la nutrition animale.


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150 hectares disponibles en 2020

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AFYREN développe, à partir de la fermentation de végétaux, en particulier des sous-produits de l'industrie sucrière, des molécules organiques jusqu’alors quasi-exclusivement issues du pétrole. © AFYREN.

Pour METEX, société d’ingénierie née en 1999 sur la base de travaux de recherche à l’Université de Clermont Auvergne (70 personnes, 3,3 millions de chiffre d’affaires) et aujourd’hui cotée sur Euronext Paris, le chemin du laboratoire à l’usine aura été long et semé d’embuches. « C’est un beau cadeau pour les vingt ans de notre entreprise ! Nous souhaitons que nos projets constituent des catalyseurs pour attirer d’autres sociétés de biochimie », a souligné Benjamin Gonzalez, le PDG. La première unité de production sera mise en service au 2e semestre 2020 et générera 48 emplois dans une première phase. 

De son côté, AFYREN devrait en théorie démarrer son unité en 2021 sur un foncier de 3 hectares. Elle emploiera 60 personnes. « Le choix d’une implantation à Carling Saint-Avold est stratégique, car nous y trouvons non seulement un site évolutif, une main d’œuvre qualifiée ainsi qu’une ressource en matières premières quasi-inépuisable à proximité, tout en nous rapprochant de nos clients », livre Nicolas Sordet, le président de cette société d’ingénierie qui compte 15 salariés répartis entre Clermont-Ferrand et Lyon (chiffre d’affaires non communiqué).
Pour garder la maîtrise de son projet chiffré à 60 millions d’€, AFYREN avait levé 21 millions d’€ en janvier 2019 auprès de ses actionnaires historiques AFY Partners et Sofimac Régions et des fonds Supernova, Crédit Agricole Création et Crédit Agricole Centre France. La société détient ainsi 51% du capital de la filiale « projet » Afyren Neoxy. Le projet bénéficie aussi des soutiens financiers de Total Développement Régional, du conseil régional du Grand Est et de la Communauté de communes de Saint-Avold Synergie.

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La reconversion d'un complexe chimique

Total Petrochemicals demeure le principal artisan du virage entamé par la plateforme qui pèse aujourd’hui 1.200 emplois directs contre 2.800 au début des années 2000. L’arrêt programmé du dernier vapocraqueur (procédé pétrochimique) en 2015 avait conduit le groupe à engager un programme de 180 millions d’€ pour se reconvertir dans la fabrication de polymères et de résines d’hydrocarbures.
Regroupés au sein de l’association Chemesis, les industriels du site (Total, Arkema, SNF, Uniper, Altuglas, Air Liquide, etc.), ne comptent pas s’arrêter là. Après avoir mis à disposition 50 hectares pour l'installation de nouvelles entreprises, ils comptent en libérer 150 autres à l’horizon 2020, avec le démantèlement en cours d’un des deux vapocraqueurs.
1 commentaire(s) pour cet article
  1. Patrick Dutartredit :

    Superbe histoire industrielle initiée au millénaire précédent... , une voie à poursuivre absolument. Fixer les yeux en direction de la rentabilité à long terme est la seule voie d'avenir logique pour nos sociétés en perpétuelle évolution. Si l'on pouvait oublier un temps les bilans mensuels des analystes financiers, on pourrait peut être s'en sortir ! Bravo aux investisseurs et dirigeants qui ont su suivre cette logique d'avenir.

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