La vieille dame se porte comme un charme. Héritière de plus de 200 ans de production chimique locale, l’usine Tronox de Thann (Haut-Rhin) accumule les signaux de son confortement dans son groupe américain d’appartenance, à quelques mois de fêter le centenaire de sa fabrication historique toujours bien vivace : le dioxyde de titane en version pigmentaire.
En mars dernier, le site français de Tronox, à Thann (Haut-Rhin) a mis en service son installation de recyclage des effluents contenant de l’acide sulfurique. Cet investissement de 5 millions d’€ permet de purifier ces effluents. Ce qui réduit l’achat de soufre converti par l’usine en acide sulfurique concentré, à l’aide duquel s’extrait le dioxyde de titane des minerais.
Il prolonge les efforts entrepris l’an dernier en automatisation du chargement de matières premières et confinement des poussières en sortie des fours de calcination. « Nous consolidons ainsi notre statut d’usine référence au sein de Tronox pour la gestion des poussières, et plus généralement de l’environnement avec la mise en place de l’économie circulaire », commente le directeur Emmanuel Sibileau.

Mais le signal le plus fort se déclenche ailleurs, dans les vénérables laboratoires de Thann : le site français bénéficie, depuis l’an dernier, d’un rapatriement et de la renaissance d’activités de recherche-développement pour devenir le centre de R&D principal de sa maison-mère, avec Oklahoma City aux Etats-Unis et Stallingborough en Grande-Bretagne. Un investissement de plus d’un million d’€ a permis cette réorganisation qui débouche sur un doublement des effectifs de R&D à Thann, de 5 à 11 personnes de toutes nationalités (française, britannique, russe, indienne…) et un changement de dimension.
« Cette activité a toujours existé sur le site, mais elle fonctionnait en appui de laboratoires centraux et en interface avec les usines. En somme, nous étions plus « D » que « R ». Désormais, nous développons les projets-pilotes en amont », décrit Emmanuel Sibileau. « Nous comptons 20 projets à des stades différents d’avancement. Parmi nos points forts, notre banc catalytique mesure l’activité catalytique des poudres produites avant l’expédition aux clients », cite Abdelkader Hadjar, responsable R&D du site.
Thann conforté comme centre de recherche

Le rachat du groupe saoudien Cristal en 2019 a fait de Tronox le numéro 2 mondial du dioxyde de titane avec environ 6.500 salariés et 2,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Le groupe a hérité de deux centres de R&D, Stallingborough en Grande Bretagne et Baltimore aux Etats-Unis. Or, il a décidé de fermer ce dernier, à cause de la proximité de sa base d’Oklahoma. Qui allait bénéficier du transfert ? Thann l’a emporté.
Contre toute attente ? Pas vraiment, estiment les responsables locaux. « Nous sommes un site modeste en volume, producteur de 30.000 tonnes annuelles de dioxyde de titane, mais nous formons un site de spécialités, soit un profil propice à stimuler l’innovation. En résumé, nous sommes le plus petit, mais le plus complexe aussi », affirme Emmanuel Sibileau.
La direction locale a su se montrer convaincante dans ses arguments. Sa ligne de « défense » de Thann est forte… et visiblement efficace. Au fil de ses changements de propriétaires de plus en plus lointains de la France, l’usine suscite les interrogations quant à sa pérennité et quant au fait qu’elle ne subira pas le sort de celle du Havre, avant-dernière productrice hexagonale de dioxyde de titane, pourtant plus grande et qui a fermé en 2008.

Petite, positionnée de surcroît sur plusieurs spécialités à rebours des économies d’échelle, située en pleine zone urbaine : Thann accumule les faiblesses a priori. « Nous les transformons en atouts : le petit est innovant, le cumul de process donne de la flexibilité, et la localisation nous oblige à être irréprochable sur les questions de sécurité et d’environnement. Les autres usines s’inspirent de nous sur ce plan », répond Emmanuel Sibileau, qui a pris en octobre dernier la direction du site où il est entré 19 ans auparavant.
Avec un effectif de 240 salariés en direct renforcé d’une centaine en sous-traitance, Tronox Thann produit deux types de dioxyde de titane. Le pigmentaire possède des propriétés de blancheur et d’opacité qui le font s’appliquer dans les plastiques, la peinture ou encore le papier.
Depuis plus de trente ans, le site développe aussi la version « Ultrafins » qui lui a ouvert des perspectives nouvelles et prometteuses pour l’avenir : réduction des oxydes d’azote par catalyse (automobile notamment), traitement de l’eau, captage de CO2, stockage d’énergie dans les véhicules électriques, entrée dans la composition des panneaux photovoltaïques, et demain probablement nettoyage de façades d’immeubles au moyen de la photocatalyse.

© Traces Ecrites
Aux quelques 30.000 tonnes annuelles de dioxyde de titane, s’ajoutent 20.000 tonnes/an de tétrachlorure de titane (TiCl4) destiné par exemple à la production de chaînes polyoléfines, la pharmacie, les pigments perlescents et la catalyse pétrochimique. Le site trouve ainsi sa place dans le parc de production de Tronox, composé de 9 usines sur tous les continents dont Stallingborough et Rotterdam par ailleurs en Europe.
Tronox est implantée sur le plus ancien site chimique de France et l’un des plus anciens du monde. L’activité est née en 1808 pour produire les composés capables de fixer les teintures de l'impression textile mulhousienne. L’usine s'est développée au XIXème siècle dans la diversité de la chimie minérale. Réorientée vers la chimie organique, elle a introduit entre les deux guerres mondiales les spécialités qui demeurent ses piliers : le dioxyde de titane d'une part aujourd’hui produite par Tronox, dérivés de la potasse et d'autre part avec PPC, aujourd’hui Vynova-PPC et propriété de l’allemand ICIG -WeylChem.
Cet autre pôle emploie 235 salariés à la fabrication de chlore, d’hydroxyde et de carbonate de potassium (applications en agrochimie et industrie pharmaceutique) et de dérivés bromés, utilisés comme intermédiaires de synthèses dans en chimie, pharmacie, agrochimie et cosmétique. Pour cette spécialité, Vynova-PPC est engagée dans un investissement de 7,8 millions d’€ de recyclage des effluents bromés en substitution à l’achat de brome, soutenu par le plan France Relance.






















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