Le producteur de dérivés de la potasse et du brome pour de multiples applications consacre un important effort financier à l’objectif d’une neutralité carbone avant 2050. De quoi perpétuer la saga chimique de plus de deux siècles à Thann (Haut-Rhin).


Neutralité carbone
 : à première vue, cette quête s’apparente à celle d’un Graal utopique pour une entreprise comme Vynova PPC, incarnation de la « vieille » chimie, dont les fumées tapissent le ciel de Thann (Haut-Rhin) depuis plus de 200 ans. C’est pourtant bien la trajectoire que s’est imposé le fabricant de dérivés potassiques et bromés qui emploie 240 salariés. « Nous avons l’ambition de parvenir à cette neutralité avant les échéances réglementaires de 2050 », ajoute même Jacques Sturm, l’un des dirigeants du site et vice-président de la division Potassium Derivates de Vynova, par ailleurs spécialiste du chlore et du PVC (1.275 salariés pour un chiffre d’affaires d’1,3 milliard d’€ en 2021), elle-même filiale de l’Allemand ICIG (International Chemical Investors Group).

Cette « feuille de route » est jalonnée de plusieurs étapes dans le temps, que l’industriel ne souhaite pas détailler, tant « cette question de l’empreinte carbone est devenue un enjeu concurrentiel fort face à nos compétiteurs d’Asie et des États-Unis », explique Jacques Sturm. L’une d’elles, et pas des moindres, s’engage en ce moment. L’entreprise a annoncé, la semaine dernière, lancer un « projet d’efficacité énergétique » ciblé sur trois de ses unités.

 

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La chaudière de l’atelier de fabrication d’hydroxyde de potassium solide sera remplacée, une unité de récupération de chaleur sera installée sur les fours de production d’acide chlorhydrique et un autre nouvel équipement récupérera les condensats de l’atelier de concentration de l’hydroxyde de potassium. Pour ces trois parties du site, il en résultera une réduction de 65 % de leurs émissions de gaz à effet de serre.

Au global de ce projet réalisé avec la filiale CertiNergy & Solutions du groupe Engie, Vynova PPC diminuera ses émissions annuelles de C02 de 2.340 tonnes et ses consommations énergétiques de 12.500 mégawattsheure.

 

Une production proche de la capacité totale

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Les productions de Vynova PPC ont de nombreux domaines d'application, parmi eux les détergents. © Shutterstock


L’investissement dédié, et soutenu par l’Ademe, n’est pas communiqué. Ce sont toutefois « plusieurs dizaines de millions d’€ » que le site consacrera au total à l’atteinte de sa neutralité carbone, signale Jacques Sturm. Et cette année, son enveloppe de projets se situe « entre 10 et 20 millions d’€ », pour l’efficacité énergétique et la modernisation des outils de production.

Le site est porté par une conjoncture plutôt positive sur les différents marchés d’application de ses produits (agro-alimentaire, cosmétiques, industrie pharmaceutique, détergents, traitement de l'eau…), suffisamment pour aboutir à un volume effectif de production « proche des capacités nominales » de 42.000 tonnes par an d’hydroxyde de potassium, chlore, acide chlorhydrique, hypochlorite de sodium, produits organiques bromés…

L’usine chimique de Thann – qui partage le complexe avec sa voisine Tronox de dioxyde de titane elle-même en développement - poursuit ainsi sa transformation dont témoigne son unité de recyclage du brome qui entrera en service au début de l’année prochaine au terme d’un investissement de 7,8 millions d’€. Elle avait aussi engagé, en 2016, une conversion vitale pour elle de son procédéà l’électrolyse à membrane en remplacement du mercure condamné à terme par la législation européenne, ceci pour 53 millions d’€.

 

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« Nous nous inscrivons dans l’histoire du site qui a fait sa force depuis deux siècles : chaque nouvel effluent a donné lieu à une nouvelle solution, un nouveau produit au bilan environnemental amélioré », souligne Jacques Sturm. Vynova PPC rappelle ainsi avoir sorti en début d’année « la première gamme au monde de dérivés potassiques à faible teneur en carbone, émettant 30 % de C02 en moins que les offres classiques ».

« PPC » comme elle est appelée communément sur place, se montre ainsi bien vivante, elle que son actionnaire ICIG avait sauvée de la mort que lui promettait en 2006 le précédent propriétaire, l’Américain Albemarle.

 

La Russie écartée bien avant février 2022

La matière première place Vynova PPC sous les feux de la rampe géopolitiques. La potasse qui lui est nécessaire n’étant plus extraite en Alsace depuis plus de vingt ans, l’industriel a dû la chercher ailleurs. Or des gisements majeurs se situent en Russie et en Biélorussie. « Nous ne nous approvisionnons plus dans ces pays depuis 2018. La décision avait été prise pour se mettre en conformité avec la politique de notre maison-mère de respect des droits humains par les fournisseurs », expose Jacques Sturm. La matière vient du Canada et Allemagne. Mais son coût explose de même que l’énergie « au point que leur coût cumulé pour nous équivaut au prix de produits à l’importation de certains de nos concurrents », pointe le dirigeant. Vynova plaide dès lors avec une vigueur décuplée l’instauration d’un mécanisme européen, de type taxe carbone aux frontières de l’UE pour pérenniser des entreprises de son profil.

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