Le site Paprec de Dieulouard (Meurthe-et-Moselle) forme le point d’arrivée des emballages ménagers recyclables qui sont collectés dans un bassin alentour d’un million d’habitants, à cheval sur trois départements. La révision des consignes de tri depuis le 1er janvier 2023 incite le centre à faire œuvre de pédagogie pour abaisser son taux de déchets non conformes. Très coûteux à traiter, ceux-ci représentent encore 20% des volumes entrants.


La chasse aux erreurs de tri est ouverte ! Alors que la totalité des emballages ménagers doivent être déposés dans les bacs ou des sacs jaunes depuis le 1er janvier 2023 partout en France, le site de Paprec Grand Est de Dieulouard (Meurthe-et-Moselle) au nord de Nancy, bataille pour améliorer la qualité de ses flux. Ses discrètes installations voient transiter chaque année entre 45.000 et 48.000 tonnes de résidus recyclables issus de la collecte sélective dans un bassin d’un million d’habitants à cheval sur trois départements : Meurthe-et-Moselle, Meuse et Moselle.

Paprec, devenu l'un des géants français du traitement de déchets (13.000 salariés et un chiffre d'affaires de 2,5 milliards d'€)  évalue à 20% son taux de « refus de tri » à Dielouard, autrement dit les déchets non conformes, car trop petits ou n’entrant dans aucune de ses trois grandes filières de recyclage : métaux ferreux et non ferreux (5% du volume arrivé), plastiques (35%) et papier-cartons (40%).

Sur le site lorrain, les infrastructures largement mécanisées et complétées par des équipes en 3x8 d’opérateurs de tri manuel parviennent à valoriser les déchets dont la taille est supérieure à 30 millimètres : la capsule de café, la plaquette de médicaments vide, etc. « Nous valorisons l’intégralité du sac, y compris le refus de tri, autrement dit l’erreur de l’habitant. C’est typiquement la peau de banane oubliée dans le pot de yaourt ! », complète Clément Gauvain, le responsable de l’agence Paprec.

 

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Les déchets exclus des filières ou inférieurs à 30 millimètres ne sont pas perdus pout tout le monde. Ils finissent leur parcours comme combustible, appelé dans le jargon CSR (combustible solide de récupération), afin d’alimenter les usines du cimentier Eqiom à Héming (Moselle) et du groupe allemand B+T à Chalampé (Haut-Rhin) pour le compte de la plateforme chimique Alsachimie / W Europe.

Cette ressource intéresse les industriels au plus point, car elle abaisse leur bilan carbone. Au nord de Nancy, les géants du carbonate et du bicarbonate de soude, Solvay et Seqens (Novacarb), prévoient d’ailleurs de substituer une partie de leurs combustibles fossiles par des CSR. Leur facteur d’émission de gaz à effet de serre est réputé inférieur de l’ordre de 20 à 30% à celui du gaz naturel, selon l’Ademe, l’agence de la transition écologique. Ils contiennent en effet une part variable de composants comme le papier, le carton ou le bois selon les déchets d’origine, une fraction considérée comme neutre en CO2 et qui constitue dès lors une source d’énergie renouvelable.

 

Inventaire à la Prévert 

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Trois équipes se succèdent tout au long de la semaine pour les opérations de tri manuel. © Philippe Bohlinger

 

« La difficulté vient du fait que ces CSR coûtent de l’argent aux collectivités territoriales, contrairement aux autres flux de déchets recyclables qui sont vendus à des industriels spécialisés. Leur utilisation comme combustible implique d’investir dans des équipements de préparation complexes, afin d’atteindre le pouvoir calorifique recherché. Malgré l’intérêt croissant pour ce flux, je ne pense pas que nous parviendrons un jour à en tirer une quelconque valeur économique », analyse le directeur d’agence.

Abaisser ses taux de refus de tri, forcément coûteux, constitue donc un objectif majeur pour Paprec. D’autant plus qu’ils polluent ses matières, à l’image de jouets dont les plastiques peuvent comporter du brome ou encore du chlore, des retardateurs de flamme qui ne permettent par leur valorisation dans les filières traditionnelles. « Si ce n’est pas un emballage, cela ne doit pas aller dans le sac ni dans la poubelle jaune ! », martèle Clément Gauvain. Le responsable cite les cigarettes électroniques jetables renfermant des piles au lithium pouvant susciter des départs de feu dans les centres de tri, tout comme les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) dont les trieurs à Dieulouard extraient pas moins de 7 m3 par semaine…

 

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Dans ce contexte, Paprec mise sur la pédagogie. L’entreprise installée depuis 2006 sur l’ancien site de l’entreprise Gouvy (Forges des Sauts du Tarn) a transformé une halle industrielle de la fin du XIXe siècle un en espace pédagogique. Sa spectaculaire charpente métallique dans le style Eiffel voit défiler 1.500 scolaires chaque année. On y découvre une petite salle de classe ou encore une étagère exposant les déchets les plus étonnants sortis de ses lignes. Un véritable inventaire à la Prévert : tête de mannequin, extincteur, clavier d’ordinateur, etc.

La simplification des consignes de tri au 1er janvier 2023 n’a pas fait exploser l’activité du site de 60 salariés. Certaines collectivités et syndicats intercommunaux avaient anticipé cette contrainte règlementaire. De son côté, l’entreprise avait investi 4 millions d’€ en ce sens dès 2019 à Dieulouard. « Les volumes sont plus importants, mais les tonnages ont baissé de 11 à 9,5 tonnes traitées par heure, sous l’effet surtout d’une réduction des quantités de papiers accueillies depuis l’an dernier », conclut le responsable d’agence.

 

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Clément Gauvain a aménagé des espaces pédagogiques dans une ancienne halle industrielle. © Philippe Bohlinger

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