Le fabricant de carbonate et bicarbonate de soude, près de Nancy, engage l’ultime volet de sa stratégie de transition énergétique. Ce 22 septembre démarre la concertation publique préalable à son projet de chaudière alimentée par des Combustibles Solides de Récupération, des déchets non recyclables à haut pouvoir calorifique. Porté par Novacarb en partenariat avec Engie Solutions et Suez, le projet mobilise 100 millions d’€ d’investissement.

 
« Nous visons une sortie définitive du charbon à l’horizon 2024 », pointe Frédéric Louis, directeur de Novacarb à Laneuveville-devant-Nancy (Meurthe-et-Moselle). Cette filiale de Seqens, leader français de la chimie fine pharmaceutique, engage le 22 septembre la concertation publique préalable à l’ultime volet de sa stratégie de transition énergétique, qu’il a présenté hier 7 septembre à la presse : la construction d’une chaudière de 55 mégawatts (MW) approvisionnée par des déchets non recyclables à haut pouvoir calorifique, également appelés « CSR » (Combustibles Solides de Récupération).
Le fabricant lorrain de carbonate et bicarbonate de soude porte ce projet baptisé « Novasteam » en partenariat avec Engie Solutions et Suez. Au total, il mobilise 100 millions d’€ dans la construction d’une unité de préparation des Combustibles Solides de Récupération, d’une chaudière dédiée et d’une autre d’appoint au gaz.

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Novasteam prolongera un autre chantier, celui de la centrale de cogénération biomasse « Novawood » dont les travaux démarrent ce mois d’octobre – un projet qui fut long à émerger (
Lire ici l’article de Traces Ecrites News) – et qui a bouclé son financement cet été, auprès du Crédit Agricole Unifergie, du Crédit Agricole de Lorraine et Bpifrance Financement. Également porté avec Engie Solutions rejoint au sein du capital de la société de projet par la Banque des Territoires, l'équipement de taille similaire (85 millions d’€ d’investissement) repose pour sa part sur des déchets de bois.


Le budget nécessaire à la concrétisation du complexe Combustibles Solides de Récupération apparait spectaculaire dans une période marquée par l’impact économique de crise sanitaire. Pour soutenir son dossier, l’industriel devrait bénéficier de subventions de l’Ademe et d’aides à l’investissement et/ou l’exploitation dans le cadre du volet « décarbonation de l’industrie » du Plan de relance.
L’enjeu est vital pour la compétitivité du chimiste soumis à la règlementation sur les quotas de CO2. Adrien Beligné, responsable énergie et projets de Seqens résume : « Novacarb émet 600.000 tonnes de CO2 par an, dans un contexte où le cours du carbone est passé en trois ans de 5 € à plus de 25 € la tonne. Cela se chiffre en millions d’euros pour nous ! ».


Diviser par deux les émissions de CO2 d’ici 2024

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Le site de Laneuville-devant-Nancy produit du carbonate et bicarbonate de soude à partir de saumure ( un bassin en photo) et de pierre calcaire. © Philippe Bohlinger


Le choix des combustibles solides de récupération répond également aux attentes de la loi de transition énergétique qui planifie une baisse de moitié des déchets stockés dans les centres d’enfouissement à l’horizon 2025. « Nous nous appuierons principalement sur les trois centres de stockage des déchets que nous exploitons en Lorraine, en vue de produire les 140.000 tonnes de CSR par an nécessaires, avec la possibilité d’élargir notre plan d’approvisionnement au Grand Est », éclaire Morgan Moriceau, chef de projet Valorisation énergétique CSR de Suez.

Si l’usage des CSR apparait plus vertueux que celui du charbon pour la fabrication de la vapeur, son bilan carbone n’est pas complètement neutre, contrairement au bois. En raison de leur composition (fraction non recyclable de déchets de textiles, de cartons, de plastiques, etc.), les CSR sont considérés pour moitié d’origine fossile.

 

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Les CSR devraient néanmoins permettre à l’industriel de diviser par deux ses émissions de CO2 d’ici 2024 en association avec les efforts d’efficacité énergétique et la cogénération biomasse. Ils couvriront un tiers des besoins énergétiques de l’usine, l’autre tiers sera fourni par la biomasse, le tiers restant par les chaudières gaz et cogénération gaz qui offrent également « une plus grande souplesse », précise l’industriel.

« A l’origine, l’usine était alimentée en charbon par les houillères de Lorraine. Aujourd’hui, ce combustible est importé d’Afrique du sud. Les projets Novawood et Novasteam relocaliseront l’approvisionnement énergétique sur le territoire, sécurisant ainsi la ressource tout en apportant un service à la collectivité », analyse Rémy Hermouet, directeur de projets industriels Grand Est d’Engie Solutions. Au total, les deux unités devraient créer 70 emplois directs sur le site qui emploie 300 salariés.

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Les six chaudières au charbon devraient être arrêtées à l’horizon 2024. © Philippe Bohlinger
Pourquoi une concertation publique ?


L’organisation d’une concertation publique du 22 septembre au 30 octobre 2020 sur le périmètre de neuf communes riveraines du site industriel ne constitue nullement une obligation règlementaire. Et n’exonère pas non plus Novacarb de l’organisation d’une enquête publique. « Cette concertation est une manière de sécuriser notre projet tout en gagnant du temps en identifiant, en amont de l’enquête publique, les problématiques susceptibles de se poser en termes d’émission de fumées, de gestion des déchets, de transport, etc. », éclaire Rémy Hermouet, d’Engie Solutions. Un garant a été nommé par la Commission nationale du débat public en vue de veiller au bon déroulement des débats.
Le dépôt du permis de construire et de la demande d’autorisation environnementale sont prévus en janvier 2021, en vue d’un démarrage des travaux en janvier 2022.
Le dossier de concertation est accessible sur www.novasteam.fr

 

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