Une centaine de personnes des communautés médicale, universitaire, numérique et de l’ingénierie de Besançon planche sur les problématiques des soignants, des malades ou des personnes confinées. Cette édition exceptionnelle et en ligne du Hacking Health, rebaptisé pour la circonstance, Collaborathon Covid-19, a déjà débouché sur une application dédiée aux professionnels de santé à la recherche d’un lit de réanimation, qui vient d’être retenue par le ministère de la Santé.


Le 23 mars, les équipes du Hacking Health de Besançon ont réactivé leur collaboration pour se pencher sur les problématiques des soignants, des malades ou des personnes confinées et ont déjà fait aboutir, ou bien avancer, trois projets et démarré trois autres. Parmi les projets nés de ce « Collaborathon Covid-19 », Covid-moi-un-lit, la première application dédiée aux professionnels de santé à la recherche d’un lit de réanimation pour leurs malades du coronavirus.
Une petite carte permet de visualiser rapidement les lits de réanimation disponibles à proximité grâce à la géolocalisation. « C’est une appli en open source, une solution collaborative pour aider les collègues et les patients », explique Vincent Bailly, chirurgien urologue à la clinique Saint-Vincent à Besançon, qui a imaginé cet outil gratuit et sécurisé avec son confrère Romain Léger, urgentiste à Pontarlier et développeur web à ses heures.

 

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Une vingtaine de participants au Collaborathon sont venus leur prêter main forte et l’appli est passée de l’ébauche à la réalisation en six jours. Mise en ligne le 1er avril, elle était présentée deux jours plus tard au ministère de la Santé (via la DGOS, la direction générale de l’offre de soins) qui propose de mettre à disposition les données nationales qu’elle détient sur les lits disponibles à travers son logiciel administratif ROR.
« C’est une très bonne nouvelle, nous allons rapidement nous déployer sur tout le territoire et toutes les ARS (agences régionales de santé) qui le souhaiteront pourront travailler avec cet outil », indiquait Vincent Bailly après-coup. L'appel à projet du ministère des Armées auquel l'équipe est occupée à répondre ces jours-ci, accélèrerait aussi le déploiement. Parallèlement, les établissements hospitaliers des autres régions sont invités à signaler leur intérêt directement sur le site de Covid-moi-un-lit. « Nous avons déjà des inscriptions de médecins de toutes les régions », précise Vincent Bailly.


Un porte-clé poussoir pour le bouton des ascenseurs

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Vincent Bailly, chirurgien urologue à la clinique Saint-Vincent à Besançon (à gauche) et Romain Léger, urgentiste à Pontarlier, les deux "pères" de l'application Covid-moi-un-lit. 

Autres projets bien avancés : la mise au point d’un système sécurisé pour la production de visières de protection pour soignants, avec la collaboration de l’ENSMM (Ecole Nationale Supérieure de Mécanique et des Microtechniques) à Besançon, et une solution pour presser le bouton des ascenseurs sans se contaminer les uns les autres. « C’est comme un porte-clé poussoir avec un embout en cuivre, le matériau sur lequel le virus tient le moins longtemps », explique Christophe Dollet. « Il est parti en prototype au FabLab de Planoise, en collaboration avec l’ENSMM qui pourra assurer pré-séries et petites séries. »
Les projets en gestation sont tout aussi prometteurs : à partir de la proposition de connexion d’étudiants français en médecine avec des médecins chinois, formulée par une interne chinoise ayant travaillé au CHU de Besançon, une plateforme Internet vise à faciliter les échanges d’expérience entre les soignants de Chine et du reste du monde. Une coopération est également en cours avec l’hôpital de Belfort-Montbéliard et l’UTBM, l’école d’ingénieurs de Sévenans, pour des pièces permettant aux soignants – puis aux soignés dans un second temps – d’utiliser les masques de Décathlon (Lire à ce sujet le fil d’actualité 6). Enfin, deux solutions de process de décontamination de pièces sont à l’étude.

 

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« La première semaine, nous avons travaillé parallèlement aux soignants, et la deuxième, nous avons gagné en crédibilité et en confiance et sommes entrés au CHU », schématise Christophe Dollet, chargé de mission « smart city » de Grand Besançon Métropole et cheville ouvrière du Hacking Health. Cette semaine, la troisième, a consisté à faire avancer les projets en cours, plutôt que d’en lancer de nouveaux, et à détecter les besoins.
« Nous ne sommes pas là pour innover comme nous le faisons avec notre Hacking Health annuel, mais pour trouver des réponses efficaces et sûres. Avec tous les participants, nous avons une belle expertise qui nous permet de creuser les sujets quand les soignants n’ont pas le temps. » Et d’abandonner, si besoin, des pistes trop complexes ou de fausses bonnes idées. Ce fut le cas du système de pousse-seringue déporté destiné à limiter les allées et venues dans les chambres de réanimation. Il aurait remis toute l’organisation hospitalière en question. Il y a plus urgent.

 De la matière grise en ligne

Ils étaient plus de 100 inscrits, début avril. Des enseignants, ingénieurs, étudiants, spécialistes des dispositifs médicaux, médecins « et beaucoup de développeurs », indique Christophe Dollet, chargé de mission « smart city » de Grand Besançon Métropole et cheville ouvrière du Hacking Health qui se tient chaque automne, depuis 2017, dans la ville microtechnique, sur le modèle du premier marathon en santé du genre, en 2012, au Canada.
Ce Hacking Health, initié par le Grand Besançon, le CHU Jean-Minjoz et le Pôle des Microtechniques, a été exceptionnellement réactivé le 23 mars pour tenter d’apporter des solutions concrètes et rapides aux problèmes liés à l’épidémie de coronavirus. « On compte notamment une dizaine de dirigeants ou développeurs d’entreprises numériques qui se mettent à disposition, avec leur matériel, et interviennent en tant que coaches des équipes mises en place par projets. » Parmi elles Flexio, OneFit Medical, Scalia, Livdeo … La CCI du Doubs et l'association Silicon Comté ont relayé l'initiative auprès de leurs adhérents.
Particularité de cette édition spéciale : chacun des « innovateurs » travaille de chez lui, en ligne, quelques heures par jour en fonction de ses disponibilités et souvent le soir, avec force utilisation d’outils numériques et applications de communication.

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