De Modules Associés société liquidée à Vendenesse-sur-Arroux à côté de Gueugnon, à Modules Intégration, à Montceau-les-Mines, il n’y a que quelques kilomètres, mais la mutation est profonde. Quel lien avec Avionéo Robotics ? Le dénominateur commun est Yves Charles. Cet ingénieur atypique du futur a racheté la première et fondé la seconde pour porter des projets innovants, jusqu'à un taxi volant. Une aventure qui débute... dans les sous-sols, pour le test de la version géologique d'un drone. Récit d'un itinéraire singulier, de la terre au ciel.
« Lancement du développement commercial d'Avionéo Robotics ! », tel était l’objet d’un mail au contenu très interpellant, qui a été adressé à tous les contacts d’Yves Charles courant décembre. Ce dernier, accompagné de son équipe, et notamment de Romain Pellet son directeur opérationnel diplômé d’ingénieur de l’INSA (Institut National des Sciences Appliqués) de Lyon, travaille depuis plusieurs années sur un projet d’avenir : la fabrication de taxis aériens hybrides hydrogène. Pour cela, le duo recherche des actionnaires avec l'ambition de viser un « chiffre d'affaires cumulé dépassant 5 millions d'ici 2028. »
« Notre innovation promet de transformer le secteur de la mobilité aérienne avec une approche respectueuse de l'environnement, traduite par une réduction drastique de l’impact carbone. Après la confection de notre maquette 1/3 et des essais opérationnels réussis dans une mine de kaolin, la prochaine étape sera la commercialisation d’une version géologique de notre drone, afin de caractériser à moindre coût les sous-sols à grande profondeur sur de vastes étendues », explique Romain Pellet dans son mail. Cette maquette est justement visible dans la salle de réunion de cette entreprise flambant neuve de 2.000 m2 située sur la zone industrielle de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire).
« Moins c’est mieux »

C'est aussi une entreprise pas comme les autres, dans la mesure où Yves Charles porte en lui ce projet de véhicule volant autonome et qu’il en rêve depuis 30 ans. L'entrepreneur se singularise également par le fait d'avoir orchestré pendant la crise du Covid, étonnamment, le rachat de Modules Associés à Vendenesse-sur-Arroux, à côté de Gueugnon. De cette entreprise alors en danger, il a perçu le savoir-faire précieux des 12 soudeurs et il l'a déménagée à Montceau-les-Mines « afin d'attirer des talents et leur donner envie de venir travailler avec nous. »
Pas comme les autres aussi parce que pour rentrer dans l’entreprise, les salariés s’identifient avec leur empreinte digitale. Anecdotique me direz-vous ? Pas tant que ça. Leur slogan résume sa pensée : « Moins c’est mieux (économique, écologique, évolutif). Ce qui nous anime, c’est la réduction des gaspillages, l’inclusion et l’altruisme, la responsabilité et l’affinité avec la nature. L’efficience est promue pour être plus rapide et plus efficace. Or poser son doigt pour ouvrir une porte va plus vite que de sortir des clés ! », s’amuse-t-il à résumer.
« L’articulation entre bureau d’études et l’atelier est primordiale pour gagner en compétences, autonomie et en efficience », indique Yves Charles qui en profite pour présenter une partie de son équipe : « Ici nous avons cinq personnes dont un ingénieur docteur en turbo-machines, un ingénieur calcul et une femme électricienne. Actuellement nous recherchons d’autres profils : un dessinateur projeteur pour renforcer notre bureau d’études et un chef de projets pour notre atelier. Mais une chose est sûre, je dis toujours à mes équipes, on ne conçoit bien que ce qu’on fabrique bien et réciproquement. Ici il n’y a ni col bleu, ni col blanc ! »
Besoin de moyens financiers supplémentaires

Et de montrer dans l’atelier de Montceau-les-Mines un pont roulant qui peut soulever 10 tonnes conçu et fabriqué par les salariés eux-mêmes, ainsi qu'une cellule robot laser 8kW rachetée à Framatome qu’ils transforment en poste de découpe et soudure hybride 3D, ou encore plusieurs robots collaboratifs adaptés à la demande des clients. En tant que sous-traitante, Modules Intégration change actuellement des portes d'écluses de VNF (Voies Navigables de France). La PME travaille en parallèle au développement d’un robot de manutention de bouteilles pour les caves des vignerons ainsi qu'à la fabrication des châssis pour les déneigeuses électriques. Que ce soit des engins mobiles spéciaux, de la manutention, du levage ou tout ou partie de machines de production robotisées, elle répond au cahier des charges des clients et va au-delà en proposant de l’aide à l’industrialisation efficiente grâce à ses robots collaboratifs notamment.
C’est donc pour préserver, développer et consolider ces savoir-faire industriels que l'entrepreneur a investi 2 millions chez Modules Intégration. La société a doublé son chiffre d’affaires pour atteindre 1 million d’euros. Yves Charles lance en parallèle une nouvelle phase d’accélération pour Avionéo Robotics qui aura besoin d’un partenaire tel que Modules quand elle rentrera en phase industrielle. « Nos progrès technologiques nous ont permis de conclure des partenariats industriels importants et de valider leur efficacité sur le terrain. C'est le moment de commercialiser la déclinaison drone géologique d’Avionéo. Pour continuer notre travail de long terme sur nos taxis aériens hybrides hydrogène, il nous faut beaucoup plus de moyens et gagner en autonomie ! », résume Yves Charles.
Actuellement, l'innovation d'Avionéo est déclinée à la même échelle pour embarquer un radar GPR (Ground Penetrating Radar) et fournir une cartographie 3D précise et rentable du sous-sol jusqu'à 120 mètres de profondeur, avec une réduction des coûts par dix. « Nous offrons une large autonomie de 2.000 km avec une consommation minime de carburant (1,5 litre/100 km) », souligne l’inventeur. « Je cherche à produire une machine avec pilote qui soit quatre fois moins chère qu’une voiture. Notre prototype est très aérodynamique : il décolle comme un hélicoptère, vole comme un avion et se pose n’importe où. Nous avons besoin de 350.000 euros pour avancer dans le projet Géo-Drone radar, puis il nous faudra 2,5 millions d’euros pour démontrer la réduction de la consommation à 1l/100km qui est « Game-changer », expose-t-il.
Et de conclure dans un message voulu fort : « Tous les investisseurs misent surtout sur la rentabilité à court terme. L’humain est paradoxal : il préfère souvent un bénéfice immédiat à un bénéfice futur, c’est pour cela que « notre maison brûle et que nous regardons ailleurs ». Nous devons néanmoins anticiper la raréfaction des ressources et de l’énergie tout en réduisant les externalités et notre impact pour préserver un avenir vivable pour nos enfants ! »
A 50 ans, Yves Charles présente un profil pour le moins atypique. « A douze ans, je dessinais des avions de chasse et rêvais de les piloter. A 23 ans j’ai monté ma première entreprise parce que même si je voulais être ingénieur, mon profil HPI (haut potentiel intellectuel) m’a handicapé dans mes études ». Il a alors passé un IUT génie mécanique avant de fonder en 1995 un studio de création graphique et de concevoir des sites Internet. Il a ensuite travaillé dans une filiale d’IBM à Paris puis avec son papa chez Plazur, à Dijon, une entreprise de plasturgie. Celle-ci a finalement été revendue, ce qu'Yves Charles a vécu comme « une expérience douloureuse », qui l'a incité à « réfléchir au coup d’après. »
Suite à un très grave accident de moto en 2006 et son amitié meurtrie avec Caroline Aigle, la première femme pilote de chasse qui décède très jeune d’un cancer, Yves Charles repense à son rêve de devenir pilote d’avion, lui dont le MBA à l’EM Lyon en 2016-2017 a été distingué par un Early Maker Award pour son projet de taxi volant. Il passe son brevet et construit son propre avion. Il fonde alors en juin 2018 Avionéo. « J’ai mis dix ans à réfléchir à ce projet pour passer de l’économie de la possession et de l’image de soi à l’économie du partage. En rachetant Modules Intégration, je vise la réindustrialusation et construit une équipe performante ! »






















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