La start-up belge Maash, filiale du groupe Galactic, détaille ses ambitions pour la bioraffinerie de Carling-Saint-Avold (Moselle) reprise à son ancien propriétaire, Metabolic Explorer, au début de l’été, à la barre du tribunal. La société ambitionne de produire des protéines de champignons destinées à décarboner l’alimentation humaine.


Les inconditionnels de fast-foods se régaleront-ils demain de steaks ou de nuggets composés pour moitié de viande et pour l'autre de protéines de champignons ? Tel est, en tout cas, le vœu formulé par Maash pour sa bioraffinerie de Carling-Saint-Avold, en Moselle. La start-up belge a repris, le 25 juin dernier à la barre du tribunal de Paris, la société MetEx Nøøvista, la filiale du Clermontois Metabolic Explorer (MetEx) chargée d’exploiter l’unité de biochimie lorraine. Le plan de cession arrêté par la justice commerciale pour un montant de 2 millions d’euros prévoit de conserver 10 des 46 emplois du site.

Maash et sa maison-mère, le groupe belge Galactic, étaient à la recherche d’un site ouvrant l’opportunité d’industrialiser leur technologie destinée à décarboner l’alimentation humaine : la production de protéines également appelées « mycoprotéines » par des champignons filamenteux.

 

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« La fermentation de ces champignons en milieu liquide permet d’obtenir des protéines d’intérêt alimentaire affichant un bilan carbone inférieur de 95% aux protéines animales pour une consommation d’eau 90% moindre », détaille Gaspard Gilbert, cofondateur de Maash en 2021. Le dirigeant de la jeune société de 15 salariés considère que les mycoprotéines répondent également aux nouvelles préoccupations de bien-être animal. De plus, leur combinaison avec les protéines animales conduirait à obtenir un substitut de viande « de même texture et de même goût, mais avec un impact environnemental bien moins important et pour un prix quasi identique », argumente l'entrepreneur. 

Le produit n’est certes pas totalement nouveau. Des aliments à base de mycoprotéines sont commercialisés depuis les années 1980 en Europe sous la marque britannique Quorn. En revanche, l’expiration des brevets et les enjeux de réchauffement climatique ouvriraient de nouveaux horizons à ces protéines alternatives.

 

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Les équipes de Maash ont pris possession des installations de la bioraffinerie lorraine. © Maash

 
Frédéric van Gansberghe, président de Galactic, explique avoir trouvé en France « un écosystème industriel désireux de basculer dans la chimie verte » ainsi qu’une « disponibilité des matières premières indispensables aux procédés de fermentation :  la biomasse et le sucre. »  Ce biochimiste belge de 350 salariés (chiffre d’affaires de 120 millions d’euros en 2023) n’est pas un total inconnu dans l’Hexagone. Son autre filiale Futerro porte en effet un projet d’usine de bioplastiques à Port-Jérôme (Seine-Maritime) ; un dossier à 500 millions d’euros d’investissement dont la mise en service est attendue en 2027.

 

Budget de 10 millions d’euros pour transformer l’usine

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La plateforme de Carling-Saint-Avold a entamé sa mue dans la chimie verte.


A Carling-Saint-Avold, Maash table sur une production annuelle de 10.000 tonnes de mycoprotéines à l’horizon 2026. Son objectif implique cependant une transformation préalable de l’usine qui devrait mobiliser environ 10 millions d’euros. L’unité de biochimie industrielle a en effet été conçue par MetEx pour produire du 1,3 propanediol (PDO), un substitut naturel aux composants pétrochimiques orienté vers marchés de la cosmétique et des polymères biosourcés.

L’unité de fermentation existante va donc être adaptée. « Nous allons lui adosser les équipements indispensables au traitement de la protéine de champignon, ainsi que des installations de conditionnement et de stockage », poursuit Gaspard Gilbert. L’unité de distillation et de purification du PDO devrait, quant à elle, être conservée en vue de futures applications.

 (1) SALON BE 5.0 2024

 

En rythme de croisière, le nouveau propriétaire de la bioraffinerie compte employer 40 personnes. Le foncier disponible lui ouvre par ailleurs la possibilité d’ajouter deux lignes supplémentaires, ce qui porterait la capacité du site à 70.000 tonnes par an à l’horizon 2035 pour un effectif de 150 personnes.

 

Clap de fin pour MetEx

La bioraffinerie a été mise en service en 2021 à Carling-Saint-Avold par le Clermontois MetEx, un groupe qui comptait 400 salariés pour un chiffre d’affaires de 132,4 millions d’euros en 2023. L’investissement de 48 millions d’euros soutenu par Bpifrance, associé au capital de la filiale MetEx Nøøvista, concrétisait alors une double ambition : porter à l’échelle industrielle une technologie issue d’une dizaine d’années de recherche-et-développement, mais aussi entamer la reconversion d’une plateforme pétrochimique à bout de souffle.

Selon Rudolph Hidalgo, directeurgénéral adjoint de MetEx,« la production de PDO devait atteindre le seuil de la rentabilité avec la construction d’une seconde tranche »  Cette hausse des capacités n’aura pas eu le temps de se concrétiser, en raison des multiples difficultés conjoncturelles rencontrées par l’usine principale du groupe à Amiens (Somme) : son exploitante, la filiale MetEx Nøøvistago, a été placée en redressement judiciaire cinq jours avant sa société sœur.

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