Le temps de la pause de fin d'année est venu. Nous vous souhaitons de passer de belles fêtes avant de se projeter en 2025. Bonne année 2025 à toutes et tous ! Nous reprendrons nos éditions quotidiennes le 6 janvier et dans l'intervalle, nous vous proposons ce retour sur des actualités des dernières semaines de 2024 en Bourgogne-Franche-Comté et dans le Grand Est. Aujourd'hui : Mersen. Longtemps connu sous le patronyme de Carbone Lorraine, le groupe français investit sur son site historique de Pagny-sur-Moselle (Meurthe-et-Moselle). Les 169 salariés y assemblent des échangeurs thermiques en graphite, un matériau qui les rend capables de résister à des environnements corrosifs et à des températures supérieures à 2.500°C.


ARTICLE PARU LE 21 NOVEMBRE. Une croix de Lorraine enserrée dans la lettre C. Le logo gravé sur les tubes en graphite extrudés du site Mersen de Pagny-sur-Moselle (Meurthe-et-Moselle) fait écho à la longue histoire de l’entreprise connue jusqu’en 2010 sous le nom de « Carbone Lorraine », produit de la fusion il y a près de 90 ans, en 1937, entre la société francilienne Le Carbone et La Compagnie lorraine de charbons. Au fil du temps, cette alchimie a donné naissance à un géant français qui, en 2023, employait 7.300 salariés pour un chiffre d’affaires d'1,2 milliard d’euros.

Sur les 6,6 hectares de son site meurthe-et-mosellan, le groupe coté, dont la banque publique d’investissement Bpifrance est le principal actionnaire avec 10,8% du capital, planifie 2,2 millions d’euros d’investissement. Ce projet poursuit le but d’optimiser la production d’échangeurs thermiques fabriqués à partir de graphite, une forme cristalline du carbone, à l'instar du diamant. Autour de ce matériau, Mersen a construit ses applications dans les matériaux avancés et les spécialités électriques.

 

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A Pagny-sur-Moselle, les 169 salariés et 21 alternants de l’usine (chiffre d’affaires de 39,7 millions d’euros en 2023) fabriquent leurs équipements de A à Z. Environ 120 échangeurs neufs sortent chaque année de leurs ateliers pour des applications dans la chimie de spécialité, l'industrie pharmaceutique, le décapage, etc. Ils sont capables de résister à de très hautes températures (2.500 à 3.000°C) par exemple pour la production de silicium, le composé de base des panneaux solaires photovoltaïques, mais aussi de faire face à la corrosion, une qualité indispensable dans la chimie des acides.

« Notre business unit évolue sur un marché de niche, ce qui nous conduit à exporter 85 % de notre production. Dès lors qu’un process implique des risques de corrosion ou des températures élevées, les échangeurs de chaleur en graphite trouvent leur raison d'être », expose Vincent Thomas, directeur du site lorrain de Mersen.

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Le site assemble les éléments qui forment de spectaculaires équipements pour des applications dans la chimie de spécialité, l'industrie pharmaceutique, le décapage, etc. © Philippe Bohlinger


Au sein du nouveau programme d’investissement, une enveloppe de 900.000 euros va ainsi permettre, ces prochains mois, d’améliorer les procédés de production de la « pâte » destinée à l’extrusion des tubes en graphite. Le contrôle de leur étanchéité, après passage dans un bain de résine, mobilise également 300.000 euros, avec l’acquisition d’un nouveau bac de contrôle. Avant de se voir appliquer les fameux logo et marquage, gages de traçabilité, tous les tubes sont contrôlés en résistance et en étanchéité, à raison de 45.000 à 50.000 unités par an. Les longs cylindres noirs sont ensuite assemblés pour former les échangeurs thermiques. Enfin, l’atelier de chaudronnerie fournit la tuyauterie en acier destinée à accueillir l’échangeur de chaleur.

« Nous sommes les seuls au monde à assembler des tubes de 6 m de long sans joints, sans collage, ce qui améliore grandement la fiabilité des échangeurs », poursuit le directeur. Le site produit également des échangeurs thermiques à blocs, ceux-ci étant usinés dans d’immenses parallélépipèdes de graphite.

Mersen s’apprête également à dépenser 500.000 euros dans l'acquisition de deux nouvelles machines de forages, auxquels s’ajoutent 300.000 euros dans l’automatisation des procédés et 200.000 euros dans un tour à commande numérique.

 

L’ex-Carbone Lorraine se décarbone

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Le logo représente une croix de Lorraine enserrée dans la lettre C rappelant les origines du groupe. © Philippe Bohlinger


En parallèle, et en partenariat avec l’agence de développement économique Nancy Sud Lorraine Lorr’Up, Pagny-sur-Moselle lance une étude préliminaire visant à décarboner davantage sa production. L’objectif consiste à récupérer la chaleur fatale des procédés et à explorer les technologies de substitution du gaz. En terme d’économie circulaire, l’usine valorise déjà dans sa fabrication de tubes les résidus des opérations d’usinage de gros blocs de graphite réalisées sur un site italien du groupe.

La dégradation de la conjoncture économique en Europe pourrait-elle freiner l’activité ? Sophie Bach, responsable marketing, anticipe un léger ralentissement au premier trimestre 2025, mais rappelle que les ateliers « conservent un fort volant d’activité en réparation/maintenance sur le Vieux continent. » La responsable évoque également la bonne santé des exportations d’échangeurs vers l’Asie du sud-est, le Moyen-Orient et l’Amérique du nord. Le site lorrain semble a priori à l’abri d’éventuelles mesures protectionnistes attendues avec l’arrivée de l’administration Trump au pouvoir, son principal concurrent étant allemand.

 

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Qui est Vincent Thomas ?

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Vincent Thomas, Vosgien d'origine, dirige depuis près de deux ans le site Mersen de Pagny-sur-Moselle (Meurthe-et-Moselle). © Philippe Bohlinger

Originaire des Vosges, le directeur du site Mersen de Pagny-sur-Moselle est revenu exercer en Lorraine après des études d’ingénieur à l’Insa Lyon. Au terme de neuf années passées chez l’aciériste Ascometal à Hagondange (Moselle), Vincent Thomas a rejoint Mersen en 2014 comme ingénieur de production. Aux manettes du site depuis bientôt deux ans, il apprécie l’engagement de sa maison-mère qui investit entre 2 et 2,5 millions d’euros par an sur place, ainsi que le fonctionnement du site en mode production totalement intégrée  : « Notre équipe de 20 personnes en recherche-et-développement dessine les équipements que nous fabriquons ensuite, puis assemblons pour aboutir à un échangeur final prêt à livraison », souligne-t-il.

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