Le temps de la pause de fin d'année est venu. Nous vous souhaitons de passer de belles fêtes avant de se projeter en 2025. Bonne année 2025 à toutes et tous ! Nous reprendrons nos éditions quotidiennes le 6 janvier et dans l'intervalle, nous vous proposons ce retour sur des actualités des dernières semaines de 2024 en Bourgogne-Franche-Comté et dans le Grand Est. Aujourd'hui : Firalis. La biotech alsacienne réputée dans la conception et la fabrication de tests et diagnostics de détection de maladies est devenue une PME de 70 salariés. Pour 7 millions d’euros, elle va regrouper l’an prochain sa production pour l’industrie pharmaceutique en mode CRO (contrats de recherche) dans un bâtiment à côté de son siège d’Huningue.


ARTICLE PARU LE 10 DÉCEMBRE. La déception du Covid est bien passée pour Firalis. La société de Huningue (Haut-Rhin), experte en biomarqueurs, avait subi un coup de frein, par le fait que son test salivaire de détection du Covid-19, bien que prometteur et validé par les autorités sanitaires, avait été « doublé » par les versions antigéniques plus rapides et moins coûteuses.

Mais elle repart de l’avant. La crise sanitaire n’avait fait qu’apporter, de manière imprévue, une opportunité de plus à la biotech créée en 2008 aux portes de Bâle par le chercheur Hüseyin Firat. Depuis, Firalis s’est reconcentrée sur les cibles phares de ses tests et diagnostics : l’insuffisance cardiaque et les maladies neurodégénératives.

Forte à présent de 70 salariés pour un chiffre d’affaires annuel « proche » de 10 millions d’euros, l’entreprise devenue un groupe de 4 sociétés se trouve à l’aube d’un changement de dimension qui fait tracer à son dirigeant-fondateur « la perspective d’une centaine de recrutements sur trois ans » et qui enclenche des investissements.

Le plus immédiat mobilise 7,2 millions d’euros pour l’implantation de la principale filiale, Firalis Molecular Precision (FMP), dans 4.100 m2 vacants de l’ex-usine plasturgique Carpenter à Huningue, pour la production de biomarqueurs. L’emménagement est prévu au second semestre 2025. FMP, qui concentre l’activité de CRO (contract research organization) et CDMO (Diagnostic and Manufacturing) de Firalis, « va ainsi renforcer ses positions dans les diagnostics in vitro », souligne Hüseyin Firat.

 

expo mulhouse

 

Le projet est sécurisé depuis fin novembre par la confirmation d’une aide de près d'1,3 million d’euros de Bpifrance, au titre de l’appel à projets national « Industrialisation et capacités santé 2030 » dont Firalis est lauréate. Mobilisant une multitude de techniques comme la spectrométrie de masse, il devrait pouvoir générer une centaine d’emplois « à l’horizon 2029 » et ainsi apporter une contribution majeure au plan de développement du groupe. Ceci en rapport avec le poids de Firalis Molecular Precision, qu’Hüseyin Firat évalue à quelque 80 % du chiffre d’affaires total.

Sur le plan de la recherche, Firalis avance en particulier sur l’insuffisance cardiaque dans l'une de ses versions dite « à fraction d’éjection préservée. » Le sujet a mobilisé un programme « Pacific » de 14 millions d’euros autour d’hôpitaux parisiens (AP-HP) et de Sanofi notamment, il boucle ses travaux cette fin 2024.

 

En accompagnement des premiers médicaments contre Alzheimer

firalis dirigeant
Le chercheur Hüseyin Firat a fondé Firalis en 2008 et continue à la présider depuis Huningue (Haut-Rhin). La PME vient d'installer une partie de ses surfaces, dont son centre pour les essais cliniques, dans l'un des bâtiments du programme immobilier "Les Jetées" au pied de la passerelle piétonne et cycliste qui enjambe le Rhin pour déboucher à Bâle (Suisse) et Weil-am-Rhein (Allemagne). © Mathieu Noyer


Les autres perspectives se concentrent sur la filiale Amoneta Diagnostics de biomarqueurs pour les diagnostics de détection relatifs aux maladies neurodégénératives. S'il fallait une preuve de son caractère prometteur, elle viendrait de l'intérêt que lui témoigne la puissante fondation américaine ADDF (Alzheimer's Drug Discovery Foundation) qui compte parmi ses donateurs Bill Gates ou encore Jeff Bezos (Amazon). ADDF a participé en 2020 à un programme de recherche d'Amoneta, avant de prendre 20 % de son capital deux ans plus tard.

Un nouvel outil de cette filiale, « Neurodegen », a été mis en production pour la détection précoce de 19 maladies neurodégénératives, avec pour enjeu principal Alzheimer. Une étape-clé a été franchie en août dernier avec la certification européenne (le marquage CE) du kit génotypique « Apo-Easy. »

Celui-ci offre de nouvelles perspectives quant à la détection des personnes porteuses du gène « APOE4 » (*), pour lesquelles les dernières recherches tendent à identifier un risque spécifique d’être atteintes de la maladie d’Alzheimer, plus particulièrement chez les personnes homozygotes (**). « A 60 ans, 60 % des homozygotes E4 présentent des signes d’Alzheimer, et plus de 90 % à 80 ans et plus. L’enjeu consiste à réaliser alors la détection la plus précoce possible, vers 40-45 ans. Notre kit fait la preuve de son efficacité. Sur environ 2.000 prélèvements effectués, nous en sommes à zéro erreur », souligne Hüseyin Firat. Le dirigeant de Firalis verrait bien l’Alsace constituer le territoire de test à grandeur nature – « pourquoi pas l’ensemble de la population  ? » dans le but de « repérer » de telles personnes exposées. « Un prélèvement buccal suffit », ajoute-t-il.

 

Implantation aux Etats-Unis

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Après l'épisode fortuit de test du Covid-19, Firalis s'est recentré sur ses cibles phares, l'insuffisance cardiaque et les maladies neurodégénératives. © Shutterstock


Les perspectives de marché apparaissent donc prometteuses sur ces points pour Firalis, dans le contexte d’une frénésie certaine des grands laboratoires pharmaceutiques à sortir les premiers médicaments contre Alzheimer. Le « Leqembi » de Biogen se situe en pole position, il a obtenu son autorisation sous conditions (les effets secondaires ne manquent pas) aux Etats-Unis et sur différents marchés dans le monde (Japon, Chine) et il semble en mesure de la décrocher aussi en Europe après avoir été recalé une première fois. Eli Lilly avec son « Kisunla » commence à emboîter le pas, avec par exemple un feu vert américain en juin dernier.

Pour la biotech sud-alsacienne, son nouvel outil de diagnostic Apo-Easy doit pouvoir appuyer ses positions de déjà amorcées avec son étude clinique « Addia ».

En outre, Firalis prend une dimension plus internationale. Déjà implantée à Lisbonne et Athènes, la société alsacienne a ouvert en 2023 une antenne à Boston, l’un des phares américains des biotechnologies. Les résultats ne se font pas attendre : la petite équipe de deux personnes sur place se trouve « à l’origine d’ores et déjà de près de 20 % de notre chiffre d’affaires », souligne Hüseyin Firat.

Le dirigeant garde encore quelques atouts dans la main. Avec Firalis, Firalis Molecular Precision et Amoneta Diagnostics, la société Lodiag compose le « carré d’as » du groupe. Elle évolue dans la détection de micropolluants et Hüseyin Firat en est convaincu : « Ce sera la star des années prochaines. »

(*) en référence à la protéine APOE transporteuse du cholestérol, objet de recherches sur son impact sur la maladie d’Alzheimer

(**) personnes possédant deux copies identiques du variant d'un gène, APOE4 en l’occurrence

 

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