A l'occasion de la pause liée aux congés d'hiver, nous revenons sur des actualités et informations marquantes du début de cette année 2025. Aujourd'hui : John Deere. Le géant machiniste agricole américain actionne tous les leviers permettant de réduire l’empreinte environnementale de son site de production d’Arc-lès-Gray. Dernier exemple en date : une centrale photovoltaïque assure désormais 15 % de ses besoins en électricité.
Article paru la 21 janvier 2025.
Depuis fin novembre, sept grandes ombrières tapissent deux des parkings de l’usine John Deere d’Arc-lès-Gray, en Haute-Saône. Cette centrale solaire de 4.300 m2 qui pourra produire près de 1.000 MWh par an (*) a été installée par l’entreprise de services énergétiques Idex. L’infrastructure permettra au célèbre constructeur de machines agricoles de couleur verte de couvrir en autoconsommation 15 % de ses besoins locaux annuels en électricité, indique le groupe américain. Sans s’étendre sur le coût de l’opération qui a pris la forme d’un contrat de location avec option d’achat.
Ces 2.158 panneaux photovoltaïques représentent l’une des nombreuses briques du plan de sobriété énergétique et de décarbonation mis en œuvre depuis une décennie par le site John Deere de 424 salariés. La « chasse aux gaspi » et au CO2 s’est accélérée depuis quatre ans sous la houlette de Philippe Lucand, le responsable travaux, désigné « Monsieur transition » en 2021.
Passionné par le sujet, l’ingénieur s’est attaqué à un sacré défi au regard de la taille de l’usine - 44.000 m2 couverts sur 14 hectares - et de la diversité de ses process industriels. De la découpe de la tôle à l’assemblage, en passant par la soudure et la peinture, la fabrication des presses à balles rondes et des chargeurs frontaux est en effet complètement intégrée et, pour partie, automatisée.

L’unité d’Arc-lès-Gray a pourtant réussi à réduire significativement ses consommations de gaz et d’électricité, respectivement de 30 % et 20 % depuis 2021. Plusieurs actions ont ainsi permis d’alléger la facture de chauffage au gaz : l’acquisition de radiants plus performants, l’isolation de la toiture ou encore la récupération de la chaleur des compresseurs. Afin d’économiser l’électricité, six engins de découpe laser (sur huit) ont été remplacés par deux appareils qui débitent la tôle « trois fois plus vite en consommant trois fois moins », décrit Philippe Lucand qui reste lui aussi discret sur le montant des investissements engagés en conséquence.
Le fonctionnement de l’atelier peinture a également été revu, avec la suppression d’un four électrique d’1 mégawatt. Par ailleurs, l’industriel annonce avoir diminué de 40 % sa consommation d’eau grâce à l’achat d’un second osmoseur (système de filtration) pour la ligne de peinture et…tout simplement, par la mise en place de mousseurs sur les robinets.
Prochaine étape : le talon de consommation

Constamment « challengé » sur la réduction des émissions de CO2 par la maison-mère de la marque au cerf bondissant, le responsable travaux demeure à l’affût de toutes les bonnes idées. Il partage son expérience avec la trentaine d’entreprises membres du club énergie ISO 50001 (**) de la CCI Bourgogne-Franche-Comté : « Nous y échangeons beaucoup, nous nous entraidons, c’est hyper constructif ! », s’enthousiasme l’ancien élève de l’Ecole nationale d’arts et métiers (Ensam) de Cluny, en Saône-et-Loire.
Lors d’une prochaine rencontre, Philippe Lucand pourra évoquer son nouveau cheval de bataille : la compression du talon de consommation, autrement dit l’électricité utilisée hors des périodes de production, la nuit, le week-end et pendant les congés. Ce qu’on appelle aussi le bruit de fond électrique concentre en effet pas moins de « 45 % de la consommation annuelle de l’usine », a calculé l’ingénieur qui lance des réunions de travail avec ses collègues afin d'étudier des pistes d’économie supplémentaires.


Propriété depuis 1968 de John Deere, le site industriel d’Arc-lès-Gray forme l’une des trois implantations françaises du géant mondial du machinisme agricole qui compte 83.000 salariés dans le monde et a réalisé un chiffre d’affaires de 51 milliards d’euros en 2024. Spécialisé dans la conception et la production de presses à balles rondes et de chargeurs frontaux pour le marché mondial (hors Etats-Unis), il a récemment élargi son activité aux composants mécano-soudés - les relevages avant et les pots d’échappement - afin de répondre à des besoins internes au groupe. Les systèmes fabriqués en Haute-Saône sont en effet destinés à l’usine de tracteurs de Mannheim, en Allemagne.
Cette diversification s’avère bienvenue au moment où le marché des agroéquipements accuse un net recul, sur fond de crise agricole en France et en Europe. Si l’usine franc-comtoise ne communique pas son chiffre d’affaires, celui déclaré par John Deere France (1.200 salariés) s’est établi à 1,25 milliard d’euros en 2023, en baisse de 34 % par rapport à 2022.
(*) pour une puissance installée de 960 kilowatts-crête
(**) la norme internationale de certification du management de l’énergie

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