L’entreprise mosellane Selfbéton, acquise officiellement cet été par Alexandre Mathis, un ancien dirigeant du groupe Soprema, déploie son modèle de distributeur automatisé de béton prêt à l’emploi. Elle annonce pour cet automne son implantation au Bénélux et en Amérique du nord.


Qui a déjà dosé et gâché du béton à la main comprendra en quoi l’innovation de Selfbéton est bénéfique. L’entreprise basée à Silly-sur-Nied, en Moselle, déploie partout en France et bientôt à l’international, un système de distribution de béton prêt à l’emploi, l’équivalent d’un self-service pour les particuliers et artisans du bâtiment.

Devenu propriétaire de la société cet été, après en avoir assuré la direction générale pendant un an, Alexandre Mathis compare son concept à celui du lavage haute-pression démocratisé par l’Alsacien Hypromat France et sa marque Eléphant bleu. « Laver sa voiture soi-même est rédhibitoire, de même faire son béton à la main ou à la bétonnière de chantier représente une énorme contrainte physique », résume le dirigeant.

 

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Ancien directeur général adjoint de Soprema Entreprises, la société de travaux du groupe de produits de couverture, étanchéité et isolation du bâtiment (lire ci-dessous), cet entrepreneur de 44 ans aime savoir où il met les pieds. Avant de reprendre la société mosellane de 10 salariés, l'ingénieur de formation avait investi en 2020 dans deux distributeurs Selfbéton. Installé sur une emprise au sol de 100 m², cet équipement 100% automatique est composé d’un malaxeur, d’un silo à ciment, d’une trémie et d’un convoyeur à bande. Les machines sont fabriquées par un partenaire de l’entreprise, l’Allemand Massfeller, puis assemblées par les salariés de Selfbéton.

Une fois en place, il est capable de délivrer sans aucune recharge jusqu’à 12 m3 de béton aux clients. Ceux-ci se présentent munis d’une simple carte bleue et, bien évidemment, d’un véhicule plateau pour recueillir le précieux mélange. Depuis un an, la plateforme chronobeton.fr développée par l’entreprise permet de payer sa commande en ligne auprès du distributeur le plus proche du chantier. « Le volume unitaire moyen sur nos distributeurs installés en France métropolitaine et en outre-mer se situe à un demi-mètre cube », calcule Alexandre Mathis.

 

Le nouveau Deliveroo ?

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Le distributeur (ici en version maquette) est composé d’un malaxeur, d’un silo à ciment, d’une trémie et d’un convoyeur à bande. © Philippe Bohlinger


Ne parlez pas de « centrale à béton » mais bien de « distributeur à béton. » En effet, le concept ne se positionne pas en concurrence des centrales organisées pour une délivrance de matière en volumes importants, dans des camions toupies. En revanche, son marché de niche intéresse d’autres acteurs comme Rapid’béton.

Alexandre Mathis veut aller vite. En 2023, la société a commercialisé 70 machines à des investisseurs, entreprises du BTP, paysagistes ou encore à des négociants en matériaux, ce qui a généré un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros. Cet automne, la société attaque une phase d’internationalisation en créant Selfbéton Bénélux et en jetant les bases de son déploiement outre-Atlantique. « Nous avons déjà positionné 200 distributeurs en France, sur un potentiel de 1.000 unités. L'implantation sur le marché en Amérique du nord va prendre du temps, c’est pourquoi nous anticipons en nous intéressant d'abord au Canada, un pays plus familier car en partie francophone », analyse le dirigeant.

 

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Pour se démarquer, le dirigeant a également lancé le concept « Selftoupie », une mini-toupie installée sur une remorque de 3,5 tonnes. Récompensée par un prix du salon Intermat dans sa version électrique, cette innovation permet de livrer jusqu’à 1 m3 directement sur le chantier. Lancée il y a quelques mois, elle pourrait former le point de départ d’un vaste système de distribution en petite quantité sur toute la France. Un futur Deliveroo du béton ?

 

Qui est Alexandre Mathis ? 

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Alexandre Mathis, PDG de Selfbéton, a effectué une partie de carrière dans le groupe Soprema. © Philippe Bohlinger

Ingénieur mécanique de formation, diplômé de l’Insa Strasbourg (Institut national des sciences appliquées), le gérant de Selfbéton a démarré sa carrière dans la pharmaceutique (Merck Millipore) puis le traitement des eaux (Nalco Water, groupe Ecolab). Mais c’est chez Soprema que ce Mosellan a passé la plus grande partie de sa carrière. Avant de quitter le géant alsacien, Alexandre Mathis occupait la fonction de directeur général adjoint de Soprema Entreprises, l’entité travaux du groupe. « Ma carte de visite était très belle, cependant j’ai voulu saisir l’opportunité de reprendre une entreprise florissante. Il y avait une grosse part de risque, mais c’est ce qui rendait le projet excitant », commente l’intéressé.

Un entrepreneur de sa connaissance, François Behr, ancien dirigeant de Silix TP et Environnement à Hagondange (Moselle) souhaitait se séparer de Selfbéton, qu’il avait créée en 2020. « Nous étions d’accord sur les conditions de cession, mais les banques n’étaient pas prêtes à débloquer les fonds au regard des conditions de marché fin 2022. Nous avons signé une promesse synallagmatique, une sorte de compromis de vente, qui a permis de patienter jusqu’à ce que le contexte devienne plus favorable. ». Et c'est ainsi que l’acquisition est devenue officielle le 28 juin dernier.

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