La filière progresse en direction de l’indication géographique de ses produits, attendue en 2026 ou 2027. La démarche donne l’occasion de redonner une dimension collective à la profession disséminée entre une quarantaine de petites structures.
La Pierre de Bourgogne ne devrait plus rester la seule IG (indication géographique) de Bourgogne-Franche-Comté. Dans le massif du Jura, la filière de la tournerie et tabletterie (*) en bois avance en direction de l’obtention de l’appellation, ayant vocation à la fois à protéger un produit – l’IG s’ adresse à lui et non à son entreprise – de la concurrence déloyale et à améliorer sa notoriété.
Grâce à l’accompagnement de Fibois BFC, la structure d’interprofession de la forêt et du bois de la région, elle a finalisé une première version du cahier des charges qui devra être déposé auprès de l’INPI (Institut national de la propriété industrielle), l’organisme d’attribution de l’IG. Le document va être ajusté, peaufiné, enrichi par la phase de concertation en cours, qui a été marquée par une réunion d’entreprises en octobre à Moirans-en-Montagne (Jura), fief du jouet, l'application emblématique de la filière.
Le dossier devrait parvenir à l’INPI au milieu de l’année prochaine, « dans l’objectif d’une mise en place de l'indication géographique encore courant 2026, ou sinon en 2027 », indique Fibois. Entre temps, le processus sera passé par une phase d’enquête publique qui vise à faire connaître à tout intéressé son existence, et qui n’est pas qu’une formalité : dans le cas du savon de Marseille, elle a abouti à l’échec.
L’indication géographique prendra le nom de « Tournerie et Tabletterie du Jura ». Une telle appellation est obligatoirement associée à un territoire donné. En l’occurrence, le Jura se comprend comme le massif, avec la réunion potentielle de fabricants du département éponyme et de ses voisins le Doubs et l’Ain. « Le lien entre cette activité et ce territoire ne fait pas de doute », souligne Tony Bonnard, chargé de mission développement économique et territorial à Fibois BFC.

L’imaginaire collectif le relie notamment à Saint-Claude, (Jura) dont un vitrail de la cathédrale atteste de la longévité de l’activité, qui formait l'occupation d’hiver du monde paysan comme l’était l’horlogerie dans le haut-Doubs. L’âge d’or du XIXè siècle a encore perduré au suivant. Sauge, le fabricant d’ustensiles à Pontarlier (Doubs) évoque encore « 200 fabricants il y a 30 ans, contre une soixantaine aujourd’hui. »
Dans la définition retenue par Fibois, le nombre d’adhérents potentiel est situé à 41 entreprises, employant de 1 à une cinquantaine de salariés. Cet automne, 12 d'entre elles ont manifesté leur intérêt, ce qui laisse une marge de progression indéniable. « Il est possible d’adhérer même une fois l’IG en vigueur », rappelle le représentant de Fibois.
Sans doute faut-il voir dans la prudence prélable un héritage du trait de caractère jurassien et d’une certaine tendance à rester pour soi. Le syndicat professionnel, un temps dynamique jusqu’au début des années 2000 (il monta un laboratoire collectif d’essais, des missions à l’étranger, des réunions d’échange, des séances d’initiation à l’Internet alors émergent…) s’était mis en sommeil, l’arrêt de subventions ayant fait disparaître son effectif permanent d’animation.
L’IG fournit l’occasion de lui redonner vigueur, sous le nouveau nom de Creativewood. L’association ainsi baptisée et présidée par Dominique Retord devient en parallèle l’ « organisme de défense et de gestion », figure imposée de la démarche d’IG pour la porter à l’échelle locale. Jouer collectif est une perspective exprimée par les artisans et petites entreprises engagés dans la démarche.
Des coopérations ancestrales, en partie perpétuées

L’attitude ne rompt pas avec leur pratique quotidienne. « Je fais appel aux collègues voisins pour les techniques et étapes de procédé pour lesquelles je ne dispose pas moi-même des équipements. Par exemple le laquage, que je confie alors en sous-traitance à des collègues », témoigne Olivier Goydadin, le dirigeant de la Tabletterie des Lacs à Pont-de-Poitte (Jura) dont les 9 salariés produisent notamment des robinets, les petites boîtes de dents de lait et des ustensiles de cuisine (spatules à moutarde, roulettes de pâte, ronds de serviette…).
Pour cet artisan qui vend aussi dans son magasin des articles de confrères, il s’agit de fortifier des coopérations informelles anciennes. « Nos grands-pères travaillaient déjà ensemble », rappelle-t-il. La question de la sous-traitance devra cependant être clarifiée : l’IG imposera-t-elle à un produit que les éléments en amont de sa confection bénéficient aussi de l’appellation ? « La tendance est à répondre oui, mais ce point fait partie de ceux restant à préciser », relève Tony Bonnard.
De telles collaborations se pratiquent également chez Sauge, fabricant d’objets domestiques du quotidien (planches à pain, plateaux de service, articles de bureaux…) qui emploie 9 équivalents temps plein pour un chiffre d’affaires annuel de 900.000 euros. « Je ne suis moi-même pas équipé pour le décolletage par exemple, que je sous-traite localement », souligne le dirigeant Olivier Sauge. Depuis sa localisation en « limite nord » du périmètre, il voit dans l’IG une belle occasion de resserrer les liens avec les confrères situés dans le cœur de la future indication, dans le haut-Jura. « Les réunions de préparation permettent un tel échange informel, toujours précieux, et préférable au dialogue à distance. Elles confortent les relations de travail que j’ai tissées, par exemple pour le vernissage des pièces ».
A l’instar des autres « pionniers » de l’IG, Olivier Sauge y perçoit l’enjeu d’accroître la notoriété des produits de la tournerie et tabletterie franc-comtoise, d’améliorer la veille technologique et de se doter d’un outil efficace de lutte contre la contrefaçon. Une certaine urgence commande, selon lui : « Si on ne réagit pas maintenant, il y a un risque pour la pérennité même de la profession. »
(*) la tournerie permet de confectionner les produits creux et la tabletterie ceux de forme plate.















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