Une étude vient tordre le cou à l’idée que les revêtements en pierre français seraient hors de prix par rapport aux dalles et autres pavés venus d’Europe du sud, de Turquie ou de Chine. Du moins si l’on met bout à bout toutes les sources de coût. Les professionnels régionaux comptent emporter ces conclusions sous le bras pour convaincre les donneurs d’ordre locaux.


Dans sa lutte perpétuelle pour le « juste prix » face aux pavés portugais, chinois,  ou d'autres provenances lointaines, la pierre française peut dégainer désormais son arme : l’étude comparative très poussée que sa fédération représentative, le Syndicat national des industries de roches ornementales et de construction (SNROC), a fait mener, à la Cellule économique régionale de la construction de Bretagne. Ses conclusions sont favorables à la solution « nationale » pour les revêtements de voirie.

La Bourgogne-Franche-Comté se retrouve en première ligne des producteurs concernés, compte tenu de son poids à l’échelle de l’Hexagone. La région, principalement la Bourgogne, se situe en tête de l’extraction pour les pierres calcaires, avec 19 % du volume national recensé (en 2020) et elle en abrite le leader en matière d’utilisation en voirie, SETP à Comblanchien (Côte-d’Or) pour l’exploitation de la prisée pierre locale.
 

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Or selon cette étude, « dans tous les cas de figure et pour tout type de pierre - granit, grès ou calcaire - nous sommes moins chers que nos concurrents étrangers, au cumul de l'ensemble des critères », rapporte Fabrice Descombes, président de l’entreprise Les Ateliers de Bourgogne à Baigneux-les-Juifs (Côte-d’Or) et de l’association Pierre de Bourgogne rassemblant 32 de ses confrères et se trouvant à l'origine de l'IGP (indication géographique protégér) Pierre de Bourgogne. « Nous n’imaginions pas un résultat si univoque, et avec une telle ampleur », confie le dirigeant. 

Les écarts sont conséquents : - 28 % pour la France par rapport au Portugal, - 35 % vis-à-vis de la Turquie et de la Chine, - 27 à - 49 % en comparaison de l’Espagne. Tout dépend de ce que l’on prend en compte, et ce travail d'analyse vient confirmer l’intuition qu’une fois dépassée l’approche « primaire » du coût financier, les conclusions peuvent s’inverser. Pour cela, il faut quand même aller loin. Le calcul de l’impact du transport puis des émissions de C02 réduit le différentiel, mais il ne suffit pas à faire basculer la comparaison en faveur de la France.

 

Le social fait la bascule

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SETP, l'extracteur de la pierre de Comblanchien, a habillé avec celle-ci le parvis de la Cité internationale de la gastronomie et du vin à Dijon.
© SETP


Ce sont les « coûts sociaux » pour la collectivité qui la provoquent : ils cumulent la perte de TVA liée au non-achat de produits français, les allocations chômage à verser du fait de la non-création d’emplois sur le territoire national et, à l’inverse, le produit des charges salariales et patronales ainsi que des taxes sur les consommations intermédiaires pour le choix d’une offre nationale.

Ainsi, pour 2.000 m2 de dalles en pierre calcaire posées sur un chantier en région parisienne, le prix d’achat s’élève à 200.000 euros TTC pour la matière française, bourguignonne par exemple, contre 176.000 euros pour l’espagnole et 132.000 euros pour la turque. Avec les frais de transports et environnementaux (la conversion en euros des émissions de C02), l’offre française grimpe à 243.700 euros et demeure respectivement 24 % et 27 % plus onéreuse. En revanche, comme elle reste inchangée après calcul des coûts sociaux à l’inverse des deux autres, elle devient au final plus économique de 49 % par rapport à l’Espagne et 35 % vis-à-vis de la Turquie.
 

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De quoi apporter à Fabrice Descombes et ses collègues de solides arguments vis-à-vis des collectivités locales. Même si, assure le porte-parole de la filière régionale, « dans la région, elles jouent plutôt le jeu ». Il cite en particulier la mairie et la métropole de Dijon, avec notamment l’habillage par SETP en pierre de Comblanchien du parvis et du hall d’entrée de la Cité internationale de la gastronomie et du vin.

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