Horlogerie, Comté, salaisons, jouets … ces savoir-faire emblématiques du haut-Doubs ouvrent volontiers leurs portes aux touristes en toute saison. Ils offrent une alternative à la randonnée, gros atout de cette zone frontalière avec la Suisse s'étirant du nord de Pontarlier jusqu’aux portes de Montbéliard, grâce à l’alternance de vallées et de plateaux d’une déclivité de 800 à 1000 mètres. Morteau, Villers-le-Lac, Maîche et Saint-Hippolyte forment les principaux bourgs de ce territoire du Pays horloger situé dans le périmètre du tout jeune Parc naturel régional du Doubs Horloger.
• Le Pays horloger tire son nom de la tradition de l’horlogerie, remontant à l’époque (vers 1750) où les horlogers, avant de devenir des industriels à la fin du 19e siècle, étaient des paysans. Ils occupaient leurs longues journées d’hiver - six mois de l’année - à fabriquer les minuscules pièces pour des manufactures qui les assemblaient, faisant même de certains d’entre eux des forgerons. Le musée de l’horlogerie installé à Morteau dans le château Pertusier, d'époque Renaissance, raconte chaque année à pas moins de 13.000 visiteurs cette longue page de l’histoire locale, très imbriquée avec les voisins suisses.

Des « merveilles », dixit notre guide Christiane Baudoin de l’association Traditions Horlogères du haut-Doubs qui a les accumulées grâce à des dons, mais aussi des achats. Comme cette grande layette de l’emblématique manufacture Lip acquise aux enchères, un meuble enfermant dans ses tiroirs tous les outils et pièces pour fabriquer une montre. Le rez-de-chaussée présente les machines d’antan : une presse à emboutir de 1914 qui a fonctionné jusqu’en 1990, un tour américain multibroches pour réaliser les ébauches (composants d’un mouvement) ayant servi jusqu’en 1980 chez Moyse, fabricant d’outillages aux Gras, une guillocheuse qui reproduisait des motifs décoratifs sur les boîtiers de montres.

L’étage renferme une impressionnante collection d’horloges, cartels, pendules, montres, la plupart encore en fonctionnement. Le plus petit mouvement au monde trouve sa place dans une vitrine : l’un des exemplaires de ce calibre de Jaeger-Lecoultre a été offert dans une bague à la reine d’Angleterre Elisabeth II pour son sacre. A l’autre bout de l’échelle des dimensions, le « clou du musée » est une horloge astronomique de 1855 (photo ci-dessous), réalisée par Séraphin Cart-Grandjean, paysan-meunier-charpentier-horloger de Mouthe (Doubs), retrouvée chez un antiquaire du Var et acquise grâce à une souscription. Autre pièce unique : une horloge planétaire réalisée dans le Jura en 1887 et comportant la représentation de la terre, du soleil et de la lune, le tout agrémenté d’automates.

Dans quelques années, toutes ces collections trouveront place dans une nouvelle scénographie, dans le château Pertuisier rénové et agrandi par la Communauté de communes du Val de Morteau pour y accueillir également le musée de la montre de Villers-le-Lac, tout proche, ainsi qu'une collection d'automates. Le choix de l’architecte de cette « cité des horlogers » est en cours.
Musée de l’horlogerie à Morteau, 17 rue de la Glapiney. Tél.: 03 81 67 40 88 ou Grégory Maugain, conservateur, 06 74 41 84 93. Ouvert toute l'année les après-midis de 14h à 18h. Visites guidées pour les groupes sur réservation toute l'année. www.musee-horlogerie.com

François Boinay est un orlogeur (sans H) : l’orthographe remonte à Charles Quint qui recruta des réparateurs d’horloges pour régler les canons. A la retraite, ce spécialiste de l’environnement et grand connaisseur de l’histoire de l’horlogerie a repris l’activité familiale de réparation d'horloges qui avait bercé sa jeunesse. Grâce à lui, pièces cassées ou pannes ne restent pas longtemps un problème insoluble.
Sans plan de démontage, François Bonay est capable de remonter le mécanisme le plus complexe si tant est qu’il déniche la pièce de rechange, chez un brocanteur le plus souvent. Sinon, il la fabrique. « J’ai fait des études de mécanique puis l’école d’horlogerie de Besançon et ai appris sur le tas avec mon père », explique t-il.

Son minuscule atelier où résonnent des « tic-tac » dont il dit être capable de détecter le dysfonctionnement à l’oreille, est une vraie caverne d’Ali Baba : pendules de voyage, de notaires, carillons, réveils, horloges… en attente d’une nouvelle jeunesse ou formant sa collection personnelle. Certains objets sont une véritable curiosité : un réveil qui marche à l’envers, une horloge avec une seule aiguille, une autre dotée d’une tirelire pour la souscription à une assurance vie.
Le label Répar’Acteurs de la chambre de Métiers authentifie le fait qu’il participe à redonner vie à des objets. La vaste ferme comtoise aux Ecorces où il s’est installé abrite aussi l’atelier de ferronnerie et ébénisterie de son fils Paul.
L’orlogeur, 101 Les Maisons Dessous, 25140 Les Ecorces - 06 32 96 13 09

• Chaque bourg ou presque a sa fruitière à Comté. C’est le nom local d’une coopérative née il y a huit siècles de la volonté des éleveurs de fabriquer eux-mêmes leur fromage, bien avant qu’une Appellation d’Origine Protégée (AOP) ne fasse du Comté une réussite commerciale dans le monde entier. 72.000 tonnes ont été produites en 2021, dans le respect d'un cahier des charges strict : des vaches de race Montbéliarde nourries au pré et l’hiver, avec du foin complété de farine dans une quantité limitée par bête et par an, pas d’ensilage, une production de lait limitée à 40 litres par bête, robot de traite proscrit et caillette de veau comme présure.

Il faut se lever dès potron-minet, vers 5 heures du matin, pour voir la fabrication du fromage, terminée aux premières heures de la matinée. « 400 litres de lait sont nécessaires pour faire une meule de Comté qui pèsera environ 40 kg ! Et 34 kg, une fois celle-ci affinée », explique Christophe Briquez, membre de la fruitière de Bonnétage, l’une des 18 du Pays horloger. Les 16 exploitants coopérateurs fabriquent 6.600 meules par an dont 1.500 sont vendues dans la boutique de la fruitière, à côté de la fromagerie. Ils n’ont pas choisi d’affiner eux-mêmes les meules, mais confient cette compétence à un affineur à Nantua (Ain), la fromagerie Seignemartin qui se charge aussi des débouchés commerciaux.

Trois durées d’affinage donnent un fromage doux (6 mois), fruité (12 mois) et vieux (18 à 24 mois). « Il faut également prendre en compte la période de collecte du lait : l’herbe fraîche du printemps n’apporte pas le même goût que le foin à l’étable l’hiver », précise l’exploitant. Le succès commercial aidant, la fruitière de Bonnétage va s’agrandir pour se mettre aux dernières normes d’hygiène, étendre le stockage et créer un atelier de découpe. Cet investissement de 800.000 € se concrétisera en 2023.
La fruitière de Bonnétage, 4 route de Besançon, 25210 Bonnétage. Visite commentée par les producteurs sur demande : tél.: 03 81 68 90 03 - Magasin ouvert tous les jours sauf le dimanche après-midi. www.lafruitieredebonnetage-comte.com
• Ces cheminées qui surgissent des vastes toitures des fermes du haut-Doubs sont des tuyés que l’on peut également nommer tués ou tuhés. Elles semblent modestes et pourtant, il suffit d’entrer dans l’un de ces bâtiments – une fortune sur le marché immobilier, même à rénover –, pour en appréhender le gigantisme : une pièce entière. Le visiteur prend toute la dimension de l’ouvrage à la ferme-musée de Grand’Combe-Châteleu, commune de 1.500 habitants qui compte le plus grand nombre de tuyés, pas moins de 69 (!). Cette ferme traditionnelle de 1796, entretenue et exploitée depuis les années 1990, par une poignée de bénévoles de l’association Arts et Traditions Populaires du Beugnon, a remarquablement conservé les pièces et leur mobilier d’époque.

« Son tuyé de 15 mètres de hauteur était énorme pour une maison d’habitation, généralement il atteint 9 à 10 mètres ; chaque famille avait son tuyé, elle tuait le cochon en début d’hiver et fumait tous les morceaux pour les conserver, en jambons, lard, saucisses… », raconte Marie Bruchon, seule employée permanente du musée. Deux semaines sont nécessaires pour fumer une saucisse et deux mois pour un jambon, avec de la fumée issue du bois de sapin brûlé dans les autres cheminées de la maison que crachent autant de tuyaux. L’odeur de fumée même après des dizaines d’années de non utilisation est prégnante. Au sommet du tuyé, des volets amovibles appelés tourne-vent assurent le bon tirage de la cheminée.


Ferme-musée de Grand’Combe-Châteleu, 5 Les Cordiers, 25570 Grand'Combe-Châteleu. Ouvert du 1er juin au 30 septembre, et ponctuellement pendant les petites vacances scolaires. Sur visites guidées uniquement, 6 € par adulte. Hors saison, groupes sur rendez-vous. Ou tout public à l’occasion d’événements, comme le marché de Noël ces 26 et 27 novembre 2022 avec une quarantaine d’exposants. www.atp-beugnon.fr

« Je travaille le goût et évite les fioritures qui dénaturent la dégustation de produits naturels, faits maison », argumente t-il en faisant visiter son tuyé (sur demande). Le service en salle offre une ambiance décontractée faite de sourires et d’attentions et le restaurant propose aussi de la vente à emporter. Plus d’informations : https://legey.business.site/
• Olivier Sauge fait ce que l’on appelle de la tabletterie, que le Larousse définit ainsi : « la fabrication de petits objets soignés, par découpage, assemblage, formage, moulage, marqueterie, incrustation, sculpture. » Le dirigeant de Sauge Artisans du bois à Montlebon travaille le bois à plat, contrairement à la tournerie qui, comme son nom l’indique, utilise un tour pour confectionner des objets ronds.


L’entreprise familiale qui fêtera ses 100 ans en 2023 s’est fait une spécialité des jeux géants. Le rachat en 2005 de la marque Bec et Croc de jeux de société de grande taille lui a assuré une jolie diversification qui assure désormais près des deux tiers d’un chiffre d’affaires proche du million d’€, auprès d’une clientèle de collectivités (centres de loisirs, maisons de retraite, campings, périscolaires). Historiquement fabricant de jouets et objets de décoration, il tire encore bien son épingle du jeu dans ce domaine fort concurrentiel, grâce au cheval à bascule. « Mon grand-père le faisait déjà, en frêne et chêne », précise le dirigeant de la petite entreprise d’une douzaine de salariés.

Membre du réseau Made in Chez Nous animé par Doubs Tourisme, Sauge Artisans du bois fait volontiers visiter ses ateliers que jouxte une boutique. Ce week-end des 26 et 27 novembre revêt un caractère particulier à l’approche de Noël avec son marché. Que les visiteurs s’amusent ! « Il y a aura une grande salle aménagée avec les jeux de société et de kermesse du catalogue, et des animations à l’extérieur comme la réalisation de sculptures à la tronçonneuse. »

Sauge Artisans du bois, Hameau Derrière le Mont, 27 rue des Coquillarts, 25500 Montlebon. Visite de l’atelier sur réservation au 03 81 67 11 41 pendant les vacances scolaires sauf celles de Noël, les mardi, mercredi et jeudi à 15h et toute l’année pour les groupes. Boutique ouverte toute la semaine. www.sauge-artisans-du-bois.com


Les Ateliers du feu, 7 Pré Rondot, 25570 Grand’Combe-Chateleu - 09 62 58 03 02 -
www.lesateliersdufeu.org

Jasmine Schroeter a complètement changé de vie en venant s’installer il y a trois ans dans cet ancien moulin à Bief, entre Maîche et Montbéliard. Toues les conditions étaient réunies pour que cette infirmière de Lucerne (Suisse) concrétise une reconversion au métier de potier : la rivière Bief, affluent du Doubs, et une dépendance de l’habitation pour installer son atelier Les mains et la Terre. Son activité, démarrée fin mars 2022, fonctionne bien, « à ma grande surprise », dit-elle.
Elle façonne des objets de décoration et de la vaisselle en faïence et en grès. Avec une singularité : certaines pièces ne sont pas tournées mais faites d’une plaque d’argile moulée autour d’une pièce qui sert de modèle. Jasmine aime aussi insérer des plantes médicinales dans le matériau, qui forment un décor original. Cette autodidacte partage volontiers son nouveau savoir-faire lors de cours pour débutants. Un panorama de ses créations sera visible le 16 décembre (16h-21h) sur place, au petit marché de Noël organisé avec d’autres artisans.

Deux bons plans pour le gîte et le couvert
• L’Arbre à Chapeaux, à Grand’Combe-Châteleux
Dès le seuil, Isabelle Béliard accueille d’un retentissant et chaleureux : « Bienvenue à l’Arbre à Chapeaux », en référence au double tuyé de cette ferme typiquement comtoise au sein desquels on devisait pour la veillée, comme en Afrique sous l’arbre à palabres du village. Et chapeaux avec le pluriel, car jadis, ces couvre-chefs distinguaient les classes sociales. Isabelle et Christophe, alias Bazille, son mari, les accueillent toutes quant à eux, sans distinction.
L’endroit se veut tout à la fois une galerie d’art, une maison d’hôtes avec trois chambres doubles et une suite pour cinq à l’étage. Le couple, qui a longtemps oeuvré pour l’horlogerie suisse, prépare aussi à la table commune de succulents et copieux repas familiaux aux couleurs locales, comme ce délicieux poulet au vin jaune. « Nous avons beaucoup investi dans la qualité des matériaux et plus globalement dans le confort », souligne Isabelle. L’ensemble apporte une touche de modernité dans une immense bâtisse du 17ème siècle qui en environne beaucoup d’autres. D.H.
18 Les Bois du Fourg, 25570, tél.: 06 79 16 14 66 et www.larbre-a-chapeaux.com
• Le Bistrot des Horlogers, à Morteau
Depuis son ouverture toute récente fin octobre, l’établissement ne désemplit pas. Ce succès naissant tient tout à la fois à la cuisine, à la carte des vins et à l’ambiance du lieu. Pour la première, Xavier Annette travaille une carte courte avec à chaque fois trois choix pour entrée, plat et dessert. A base de produits frais locaux et de saison, il sait marier senteurs et saveurs comme ce potage au chou fleur avec des morceaux de saucisse de Morteau et une émulsion de foin. Puis suit un cabillaud, agrémenté d’un risotto d’épeautre, de potimarron, de carottes, judicieusement mariés d’une écume de baies de Cuméo. « La carte changera tous les mois », assure le chef cuisinier.
La nouvelle équipe est également formée d' Alexandra Tattu, au service et à la promotion et de Lionel Neyraud qui assure le volet viticole, avec également de la vente à emporter. Cet ancien caviste de Pontarlier propose des vins de petits producteurs, en provenance de toutes les régions et de quelques pays étrangers, qui savent agréablement surprendre. Emmanuel Stortz, le propriétaire de l’établissement, va de table en table saluer les convives. Les trois-quarts sont déjà des habitués car cet enfant de Maîche n’est pas un novice en matière de restauration. Il a tenu pendant douze ans le Bistrot de la Poste à Pontarlier. D.H.
34 Grande Rue, 25500 Morteau, fermé dimanche et lundi, tél.: 03 81 64 51 35.
D'autres lieux à visiter sur www.montagnes-du-jura.fr











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