L’entreprise d'Erstein (Bas-Rhin) spécialisée dans la production de luminaires pour l’éclairage public a opéré en 2024 un rapprochement stratégique avec Lenzi, une PME de l’Indre. Elle continue à miser sur l’innovation et le made in France en rapatriant ses productions dans son usine alsacienne. Mais, inquiète des coupes budgétaires des collectivités locales sa principale clientèle, Rohl souhaiterait sortir davantage des frontières hexagonales.


L’année 2024 a été dynamique pour l'entreprise Rohl, fabricante de luminaires contemporains en 100 % Led. En un an, son chiffre d’affaires a progressé de 30 % pour atteindre 16 millions d’euros. Pour la PME alsacienne de 50 salariés installée à Erstein (Bas-Rhin), l’exercice passé a été aussi celui du rapprochement avec Lenzi. Cette société basée à Argenton-sur-Creuse (Indre) est spécialisée dans le luminaire patrimonial.

Connue pour avoir rénové les éclairages de la capitale dans les années 1950 et pour avoir déposé le nom de « lanternes de Paris », Lenzi détient le label « Entreprise du Patrimoine Vivant ». « Nous avions le même réseau de vente et nous ne sommes pas concurrents, donc nous avons décidé de nous allier afin de maîtriser certains postes de coûts », explique Yves Fanack, le dirigeant de Rohl.

Le deal consiste en un contrat de partenariat et ne porte pas sur l’actionnariat. A ce stade de leur collaboration, les deux sociétés mutualisent leurs achats et l’organisation de vente sous la houlette de quatre responsables commerciaux pour la France et d’un responsable export. « Nous étudions aussi des mutualisations industrielles en lien avec nos savoir-faire. Mais nous avons une vraie volonté de garder nos deux sites de production et nos deux entités de marques », précise Yves Fanack.

 

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Lenzi emploie 35 salariés et a réalisé l’an dernier un chiffre d’affaires de 6 millions d’euros. Ainsi, l’alliance des deux sociétés pèse 22 millions d’euros. L’objectif d’ici 2027 consiste à atteindre la barre des 30 millions d’euros.

Dans les deux ans à venir, Rohl va investir 1,8 million d’euros afin de transformer ses bâtiments à Erstein (création d’une cantine, d’un vestiaire femmes), concevoir de nouveaux luminaires et rapatrier des productions de la Chine vers la France. L'exemplaire le plus vendu de la gamme a déjà été relocalisé en Europe et d’ici cet été, un autre modèle lui emboîtera le pas. « Nous voulons être une entreprise éco-responsable, dès lors, nous essayons d’avoir la chaîne de valeur la plus proche possible de notre usine », indique le dirigeant.

Celui-ci mise aussi sur les technologies innovantes dans le but de proposer un éclairage « intelligent. » A cette fin, il a racheté en décembre 2024 Inspira City, une TPE de trois salariés basée près de Rennes, spécialisée dans les solutions de pilotage de l’éclairage.

 

Concurrence déloyale

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Rohl ne fabrique que des éclairages en leds, le mode basse consommation qui représente aujourd'hui environ 40% du parc de luminaires installé en France. © Julie Giorgi


Fort de ces nombreux atouts, Rohl souhaiterait poursuivre sa croissance sur le marché français qui accuse un retard par rapport à ses voisins (notamment l’Allemagne et l’Italie) dans la mesure où seulement 40 % du parc d’éclairage public est en Led et que quatre luminaires en service affichent plus de 25 ans d’âge.

Mais par ce fait, ce marché attire les convoitises de nombreuses entreprises qui ne sont pas soumises aux mêmes contraintes règlementaires et coûts de fabrication que les françaises. « Nous sommes pris en étau entre ces normes sociales et environnementales nationales et la culture prix de l’appel d’offres car ce facteur pèse toujours pour 50 % du critère d’attribution. Or, on sait très bien qu’acheter moins cher, ce n’est pas acheter français. Les collectivités locales nous taxent, pour ensuite commander du matériel polonais ou espagnol », déplore Yves Fanack.

 

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Le chef d’entreprise manifeste son inquiétude surtout en cette période de restriction dans les budgets publics. En décembre dernier, il a vu son carnet de commandes baisser de 20 %. Actuellement, la tendance va plutôt à la stabilité, mais la visibilité manque sur le long terme. « En France, les politiques changent tous les six mois. Le Fonds vert qui avait été mis en place en 2023 pour financer des projets de transition écologique dans les territoires a finalement été stoppé cet été pour les rénovations énergétiques concernant l’éclairage public », regrette Yves Fanack.

Afin de limiter les risques, le dirigeant souhaiterait davantage s’affranchir du marché français. L’export représente aujourd’hui 10 % du chiffre d’affaires de Rohl. « L’idéal serait d’atteindre les 50 % », atteste-t-il. Déjà présente en Belgique, l’entreprise vise désormais le marché canadien.

 

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Yves Fanack, le dirigeant de la PME de 50 salariés, s'inquiète de la propension des acheteurs français à commander moins cher à l'étranger et de la diminution prévue de l'investissement public. Il espère contrecarrer ces tendances par une forte hausse de la part de l'export, qu'il souhaiterait voir passer de 10 à 50 % du chiffre d'affaires. © Julie Giorgi

 

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