Fabricante de chaussures de sécurité, la PME bâtit un projet d'économie circulaire en fil conducteur de ses projets, portant sur l'incorporation de matière recyclée dans le produit d'origine puis la revalorisation maximale de ses composants. Elle souhaite ainsi marquer une nouvelle étape de développement, après s'être affirmée au sein de son groupe d'appartenance indien depuis 2009.
Au sein de son groupe indien d’appartenance, le fabricant de chaussures de sécurité Lemaitre prend la pole position sur un thème propice à placer l’Europe à l’avant-garde : l’environnement. En l’occurrence, l’écoconception du produit et la maximisation de la valorisation de la matière, en alternative à l’incinération ou, pire encore pour la planète, à l’enfouissement en décharge.
Filiale depuis 2009 du tanneur de cuir Rahman, l’entreprise établie à Uberach (Bas-Rhin) a mis au point une chaussure intégrant de la matière recyclée sur 25 % de son poids, « soit 5 points au-dessus des exigences normatives qui nous incombent », souligne Pierre Mischel, directeur des opérateurs de Lemaitre Sécurité et de sa maison-mère. « Nous y parvenons en restant compétitifs sur le prix, ce qui constituait l’impératif », ajoute-t-il. Cet exemple d’économie circulaire concerne surtout le polyol, la catégorie de matière plastique issue du polyuréthane des semelles injectées à Uberach.
Pour que sa vertu soit complète, la chaussure de sécurité doit aussi pouvoir se recycler autant que possible. Là se situe l’autre cheval de bataille environnemental de Lemaitre. Il le met en œuvre par un projet « Lemaitre Circular » de création d’une filière de récupération de chaussures usagées, de tri de ses composants et de leur revalorisation. Elle s’est rapprochée du réseau alsacien Cocci qui développe de tels circuits pour les équipements de protection individuelle.

« Nous aménageons une zone de retour des chaussures. L’enjeu consiste ensuite à séparer les matières : polyuréthane, cuir, ou encore la fibre de verre et l’acier contenus dans l’embout. Nous avons engagé la phase prototype », décrit Pierre Mischel. Dans ce process, le polyuréthane peut par exemple être regranulé pour former des dalles, des éléments de présentoirs et d’autres mobiliers, tandis que le fil de PET peut se retisser.
La PME n’en est pas à son coup d’essai en matière d’innovation ces dernières années. Elle a ainsi mis au point un produit breveté, déposé à l’INPI (Institut national de la propriété industrielle), « LTC » pour Lemaitre Torsion Control, par lequel une rigidification placée entre la doublure et la « matière à dessus » (la tige) vient en quelque sorte prolonger celle naturelle de la marche, de sorte à limiter la torsion du pied.
Un début de pression réglementaire

Quant au contexte réglementaire, il pousse également dans le sens du recyclage, avec la déclinaison du principe de responsabilité élargie du producteur (REP) au domaine de production de la PME, sous la houlette de l’éco-organisme Re-Fashion des textiles d’habillement, dans le cadre de la loi Agec (anti-gaspillage pour une économie circulaire) de 2020. « Nous participons aussi, comme seul fabricant français, à la création d’une dynamique internationale sur ces sujets entre confrères, en nous stimulant les uns les autres, au sein de la Fondation CFA (Circular Footwear Alliance) », complète Pierre Mischel.
Ce faisceau d’éléments, ajouté à la maîtrise des coûts, rend le responsable optimiste quant aux chances de réussite économique. Mais il reste prudent. « Le marché bouge tout doucement, nous pouvons heureusement compter sur des entreprises prêtes à jouer le jeu », indique Pierre Mischel, citant l’usine d'appareils de mesures industrielles Endress + Hauser de Cernay (Haut-Rhin) pour la revalorisation des chaussures de sécurité de ses salariés.
Le fabricant structure son projet autour d’un label interne « Lemaîire Safety Green » qui vise, outre les 25 % d’incorporation de recyclés, un minimum de cinq composants recyclés et 80 % de matières ou composants d'origine en provenance d’Europe ou du bassin méditerranéen.
Le chemin est encore long : sur ce dernier point, le taux de 80 % est bien en vigueur aujourd’hui…mais pour exprimer la part d’approvisionnement depuis l’Inde, le solde étant fourni par la France et la Tunisie. Mais là se situait l’un des intérêts de la reprise par Rahman au groupe allemand Heckel. « Rahman a trouvé un débouché en Europe pour son cuir, et nous, une sécurité d’approvisionnement auprès de lui », rappelle Pierre Mischel. Mais à présent, donc, la filiale entend à son tour « booster » son propriétaire, sur les questions environnementales et de RSE, dont Pierre Mischel convient qu’elles ne sont pas encore au premier rang des priorités de l’économie indienne.
Hausse des cadences d'injection

© Mathieu Noyer
L’intégration à cette maison-mère plus éloignée géographiquement a été synonyme de rebond pour Lemaitre, nonobstant des conjonctures compliquées comme la hausse des coûts avec la crise énergétique en 2021-22. La société à l’effectif de 130 salariés (dont 92 en Alsace liés à la production) a réalisé un chiffre d’affaires de 42,5 millions d’euros l’an dernier, destiné à 70 % au marché français et à 30 % à l’export en Europe à partir des entités commerciales en Espagne, Allemagne, Belgique et en République tchèque comme tête de pont vers l’Est du continent. Si l’industrie constitue un débouché majeur, les circuits passent d’abord par une grande variété de distributeurs, réseaux professionnels (Descours & Cabaud, Mabex…) et pour les particuliers : Gamm Vert, Point P…
Signe d’un contexte plutôt porteur, le troisième carroussel d’injection de semelles longtemps en suspens a été remis en service il y a quelques mois, portant la capacité quotidienne à 4.500 paires. Lemaitre Sécurité vend près d’1,5 million de paires chaque année.
La prochaine évolution consistera à regrouper les services administratifs et commerciaux locaux sur le site d’Uberach. Cette opération est planifiée comme troisième et dernière étape de la concentration sur ce lieu, plus approprié pour l’activité industrielle que l’usine historique de La Walck dans la même commune fusionnée de Val de Moder, où se trouvent encore des effectifs de support. La logistique en 2016 puis la fabrication en 2020 ont, quant à elles déménagé, dans 2.200 m2 de surfaces chacune, moyennant un investissement cumulé de 6 millions d’euros.




























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