Nous observons la toujours bienvenue pause d'été. Nous vous la souhaitons reposante, ressourçante et plus particulièrement cette année, propice à garder ou retrouver une forme olympique ! En attendant de nous retrouver fin août, nous vous proposons un retour sur des actualités marquantes des trois derniers mois. Aujourd'hui : Gaussin. Le constructeur de Haute-Saône de véhicules pour la logistique a acté la prise de pouvoir de son actionnaire de référence Czechoslovak Group qui doit régler ses problèmes de gouvernance. Il concrétise son désengagement de ses filiales, dont Métalliance, et attend à présent la stratégie que lui réserve CSG.


ARTICLE PUBLIE LE 20 JUIN 2024. On y voit un peu plus clair sur l’avenir de Gaussin depuis ce 18 juin. L’assemblée générale des actionnaires du constructeur de véhicules pour la logistique d’Héricourt (Haute-Saône) a débouché sur plusieurs décisions qui esquissent une ligne conductrice pour sortir l’entreprise de ses difficultés. L’origine principale s’y trouve dans le retard de ses livraisons des 355 véhicules logistiques électriques décrochés aux Etats-Unis, notamment pour Amazon.

Il en est résulté un chiffre d’affaires 2023 nettement inférieur aux prévisions (35,7 millions d’euros au lieu de 100 millions d’euros visés, et marquant un recul de 37,5 % par rapport à 2022) qui a, au final, abouti à l’ouverture d’une procédure de sauvegarde le 3 avril dernier pour le groupe de 400 salariés.
 

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Ainsi, ce 18 juin marque la prise de pouvoir par le groupe tchèque CSG (Czechoslovak Group). L’assemblée générale a en effet approuvé la nomination de quatre nouveaux administrateurs représentant ce conglomérat d’une centaine d’entreprises de l’industrie et de la défense. CSG détient ainsi quatre des cinq postes du conseil d’administration, complété par Christophe Gaussin, l’héritier de l’entreprise familiale créée à la fin du XIXè siècle.

Actionnaire de référence de Gaussin, CSG a pu, ces dernières semaines, porter sa participation à un peu plus de 20 % du capital. Compte tenu de sa nationalité étrangère, et en particulier de son profil - un « vestige » de la guerre froide comme le suggère son nom faisant référence à la Tchécoslovaquie communiste, orienté notamment vers la défense en témoigne son affichage clair et net sur son site Internet de sa participation au salon de l’armement Eurosatory à Paris - il lui fallait obtenir l’accord du ministère de l’Economie et des Finances. Bercy a donné ce feu vert qui lève les barrières à une prise de contrôle capitalistique.

 

Une montée programmée à plus de 50 % du capital

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Christophe Gaussin (à droite) garde la direction du groupe qui porte son nom mais en perd la présidence transmise à un représentant de l'actionnaire de référence CSG. © Traces Ecrites


« CSG a la possibilité de devenir majoritaire à tout moment »
, souligne la direction de Gaussin. Il lui suffira de décider, le moment voulu, de convertir en actions son prêt de 15 millions d’euros octroyé au groupe franc-comtois l’an dernier, qui s’est ajouté à l’injection au capital de 15 autres millions d’euros. Avec quelques autres aménagements, l’opération lui ferait franchir la barre des 50 %.

Le conflit de gouvernance paraît devoir se lever lui aussi. Christophe Gaussin a rencontré des contestations de diverses origines - pas celle des salariés si l’on en croît la lettre de soutien qui avait été adressée par le comité social et économique (CSE) en mai  - mais principalement des deux membres du conseil d’administration Martial Perniceni et Volker Berl. Or « ceux-ci ont été révoqués » par l’AG de ce 18 juin, annonce la direction, et ceci à la demande express de CSG. La bataille juridique n’est sans doute pas terminée, mais les bases de contestation paraissent fragiles. Martial Perniceni et Volker Berl avaient convoqué, début mai, un conseil d’administration démettant de ses fonctions dirigeantes Christophe Gaussin, le troisième administrateur, sans l’aviser de cette réunion selon le récit de la direction du constructeur.

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Le dirigeant reste en place, mais dans un périmètre revu à la baisse : jusqu’alors président-directeur général, il conserve la seconde fonction mais cède la première à l’un des administrateurs de CSG, Jakub Sip. La « fronde » avait abouti à le débarquer au profit de Steve Filipov, que Gaussin avait recruté comme directeur général délégué chargé d'épauler son patron. Ambiance… Le conseil d’administration express du 6 mai et réduit à Martial Perniceni et Volker Berl avait nommé Steve Filipov directeur général. Bien que le cadre juridique ne soit pas clair, l’assemblée générale a également abordé ce point, « pour décider la révocation de M. Filipov »« Il appartiendra à présent à CSG de déterminer la stratégie qu’il souhaite mettre en place pour la société », poursuit un porte-parole de Gaussin.

 

Pas candidat à poursuivre avec Metalliance

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Les salariés ont exprimé leur soutien à Christophe Gaussin. © Gaussin


L’une de ses dimensions se dessine d’ores et déjà, celle d’un Gaussin amaigri, « recentré sur ses activités rentables à court terme », selon les mots d’un communiqué du groupe haut-saônois de ce 18 juin. D’une part, sa sortie est actée de la société de véhicules autonomes créée en avril 2023 avec le Japonais Macnica pour reprendre le constructeur lyonnais Navya alors en redressement judiciaire. Gaussin a obtenu, le 14 juin, l’autorisation de céder à son partenaire sa participation de 51 % dans la joint-venture Gama (Gaussin-Macnica-Mobility), « par décision du juge-commissaire du tribunal de commerce de Vesoul en raison de la procédure de sauvegarde de Gaussin SA », précise le communiqué de l’entreprise haut-saônoise.

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Cette réduction de voilure devrait aussi s’appliquer à Metalliance, sauf rebondissement dans un dossier qui n’en manque pas. La filiale à Saint-Vallier (Saône-et-Loire) de fabrication de matériels pour travaux souterrains est en redressement judiciaire depuis fin janvier malgré un carnet de commandes bien rempli, les difficultés de sa maison-mère n’étant pas là pour l’aider. Or celle-ci « ne se positionne pas » pour déposer une offre à l’administrateur judiciaire qui attendait les dossiers jusqu’à ce 17 juin, annonce son porte-parole.

Ainsi délesté des 130 salariés chacun de Gama et Metalliance, le « nouveau Gaussin » compte repartir de l’avant avec un effectif allégé d’une bonne moitié.

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